Naf Naf, La Halle, Camaïeu… Pourquoi le secteur de l’habillement est si durement touché par la crise

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Naf Naf, La Halle, Camaïeu... Pourquoi le secteur de l'habillement est si durement touché par la crise

En France, plusieurs grandes enseignes de prêt-à-porter font face à des difficultés faisant craindre desplans sociaux importants. Pour elles, la crise du Covid-19 apparaît comme la dernière d’une longue série.

Des milliers d’emplois ne tiennent plus qu’à un fil. Après deux mois de fermeture en raison de l’épidémie de Covid-19, les magasins de prêt-à-porter ont bien rouvertleurs portes…mais ils pourraient bientôt les refermer pour d’autres raisons. Après Naf Naf, c’est à l’enseigne Camaïeu, qui compte quelque3900salariés en France, d’être placée en redressement judiciaire mardi 26mai. Les unes après les autres, les chaînes françaisesde prêt-à-porter tombent : enavril, Promod annonçait déjà 133 suppressions de postes sur son siège nordiste. Mardi 26 mai, c’était au tour de l’enseigne de chaussures et de vêtements La Halle d’annoncer la conversion de sa procédure de sauvegarde en redressement judiciaire.

« Camaïeu, ce n’est pas rien, c’est énormément d’emplois ! » alerteGildas Minvielle, directeur de l’Observatoire économique de l’Institut français de la mode, contacté par franceinfo.L’enseigne, qui compte plus de 600magasins dans l’Hexagone, a été lourdement frappée par la crise sanitaire et n’a pas obtenu un prêt garanti par l’Etat (PGE). « Je ne comprends pas pourquoi », souffle le chercheur.Le ministre de l’Économie chercheun repreneur pour « qu’il n’y ait pas 4 000 salariés qui se retrouvent sur le carreau », a-t-il assuréau micro deRadio Classiquemercredi 27 mai.

Mais les perspectives sont peu réjouissantes : selon une étuderéalisée par l’Institut de la mode, la conjoncture actuelle devrait entraîner un recul des ventes des articles d’habillement et de textile de 17 à 25 % sur l’ensemble de l’année 2020. Une situationinédite et grave pour le directeur de l’observatoire économique. »Ce n’est pas juste une petite paillette glamour : la mode, c’est capital pour l’économie française ! » rappelle-t-il.Dans son acception la plus large (vêtementsmais aussi produits de beauté, de maroquinerie…) le secteur de la mode et du luxepèse en effet 150 milliards d’euros de chiffre d’affaires direct, « soit davantage que l’aéronautique et la construction automobile réunis »,précise la Direction générale des entreprises. Comment les marques françaises en sont-elles arrivées là et pourquoi sont-elles aussi durement touchées ? Voici quelqueséléments d’explication.

Le secteur est en crise depuis plus de dix ans

La crise sanitaire n’explique pas tout : « Le secteur traversaitdéjà une période difficile,expliqueGildas Minvielle. En moyenne, depuis l’année 2007, l’évolution du chiffre d’affaires des distributeurs recule. Sur l’ensemble de la période, il a reculé d’un peu plus de 15%. » Pour le spécialiste de l’économie de la mode, ce recul est lié à l’évolution du pouvoir d’achat et au changement de comportements des consommateurs.

On n’était pas du tout dans un contexte de surconsommation.Gildas Minvielle, directeur de l’observatoire économique de l’Institut français de la modeà franceinfo

Les groupes de distribution français, qui sont en compétition avec de grandes enseignes internationales de prêt-à-porter comme Zara ou H&M, ont décidé de répondre à cette baisse de la consommation en ouvrant de nouveaux espaces de vente. « Le parc de magasins a eu tendance à progresser entre 2007 et 2015, alors même que le marché était en recul »,se souvient l’économiste. « On a eu une offre trop importante dans un contexte où la demande était orientée à la baisse », analyse-t-il.

Ces raisons, couplées à une augmentation des loyers professionnels, conduisent à partir de 2015 à une crise du secteur de la distribution textile.Certains acteurs s’en sortent mieux que d’autres, précise toutefois Gildas Minvielle: « Ce qui est difficile, c’est le moyenne gamme », secteur correspondant à Naf Naf et Camaïeu notamment.Le luxe est relativement épargné, de même que les vêtements de premier prix, qui correspondent à « une consommation plus rationnelle », quasi de nécessité :vêtements pour enfants, etc.

Il a subi de plein fouet le mouvement des « gilets jaunes » et les grèves

« On a subi les ‘gilets jaunes' », avec une affluence dans les magasins en baisse de 20 à 25%, « puis, en pleine période de soldes en janvier [2020], les grèves liées à la réforme des retraites », et maintenant la pandémie de Covid-19, déplorait le PDG de Spartoo, Boris Saragaglia, propriétaire de la marque André,au moment du placement en redressement judiciaire de l’entreprise.

Depuis la fin 2018, les magasins de prêt-à-porter ont été secoués par l’actualité : d’abord touchéspar le mouvement social des « gilets jaunes » notamment à causedesblocages d’entrepôts et de la fermeture de magasins lors des samedis de manifestations, ils ont subi à partir de la fin 2019 les répercussions des grèvesliées à la réforme des retraites.

La décision de fermer tous les commerces non essentiels le 14 mars 2020 a été un choc supplémentaire.« Iln’y a rien qui a été d’une aussi grande ampleur que ce qu’il se passe actuellement,prévientGildas Minvielle. Les ‘gilets jaunes’, cela a pu avoir un impact de quelques points dans l’évolution de la consommation, mais là on parle de -20 à -25%, c’est complètement inédit ».

Le secteur est lié à une production mondialisée, elle aussi à l’arrêt

La crise sanitaire a conduit à un effondrement sans précédent de la demande. Certains consommateurs se sont tournés vers le commerce en ligne, lequel « représente actuellement près de 15% des ventes dans l’habillement »précise le chercheur. Mais les ventes ainsi effectuées n’ont pas pu combler le choc provoqué par l’arrêt brutal du commerce physique.

La crise du coronavirus a également complètement bouleversé les offres de ces enseignes.Lesecteurde la mode est en effet dépendant de l’industrie trèsmondialisée du textile.« Les entreprises qui approvisionnent en tissu ne sont pas qu’asiatiques. Il y a beaucoup de fabricants de tissu en Italie, au Maghreb… » détailleGildas Minvielle. Des zones qui ont été complètement à l’arrêt elles aussi. Résultat : en plus des ventes en chute libre, c’est toute la production qui a été contrainte de s’arrêter.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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