Notre-Dame-des-Landes: «Oui, on a parfoisdoutéde la victoire», reconnaît Sylvain Fresneau, figure de la lutte anti-aéroport

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Sylvain Fresneau, figure de la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. — L.Venance/AFP
    • «On ne sera jamais assez redevables des personnes qui sont venues nous soutenir», déclare Sylvain Fresneau à 20 Minutes.

 

    • « On ne regrette pas d’avoir résistémais c’était des moments pénibles. »

 

    • « Je pense qu’on ne pourra plus jamais construire un aéroport de cette taille en France. »

 

Il y a trois ans, jour pour jour, l’Etat annonçait l’abandon du projet d’aéroport de
Notre-Dame-des-Landes. La fin de
10 ans de lutte intense dans cette communebocagèreau nord de Nantes. Sylvain Fresneau était l’une des figures des anti-aéroport. Cet agriculteur aux faux airs de José Bové avait perdu la propriété de ses terres et vivait, avec sa femme Brigitte, dans l’angoisse de l’expulsion jusqu’à ce fameux 17janvier 2018. Agé aujourd’huide 60 ans, il réside toujours dans l’ancienne zone aéroportuaire. Entretien.

Ce troisième anniversaire, vous aller le fêter?

Bien sûr!Cette date, on l’a tousà l’esprit. C’est une victoire qui ne s’oublie pas. Je vaisfêter ça, en petit comité, avec une bonne bouteille.

Qu’est-ce qui a changé depuis trois ans?

Déjà, il n’y a plus de forces de l’ordre au carrefour des Ardillères juste à côté. On s’était habitué à leur présence. On ne se sent plus en état de siège, on n’a plus à passer par des contrôles. Ensuite, on peutenvisager l’avenir, avoir des projets comme tout le monde. C’est important pour une ferme.On a pu construire quelques bâtiments, on est passé bio. Tout cela était impossible avant.Notre fils s’est aussi installépour prendrela relève. Il va conserver ces terres nourricières pour lesquelles on s’est tant battu. C’est très bien. La retraite, pour moi, ce sera l’année prochaine.

Le stress est-il retombé?

Oui je crois. On estplus serein, on respire mieux.Le stress, c’était les forces de l’ordre. Mais c’était aussi le juge de l’expropriation, l’absence de visibilité, les sollicitations en permanence… Ça a été une tensionénorme pendant quelques années, surtout sur la fin. On ne regrette pas d’avoir résistémais c’était des moments pénibles pour la famille. Aujourd’hui ça va, on a du temps pour nous, le téléphone chauffe beaucoup moins. Le travail sur la ferme est beaucoup plus performant.

Connait-on une période d’euphorie après une telle victoire?

Malheureusement j’ai eu des problèmes avec des anti spécistesqui voulaient reprendre le pouvoir surle secteur. Les forces de l’ordre n’étaient plus là et ils ont cru qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient. Ça a étédes soucis, ils ont fait sortir nos animaux… La victoire nous a été volée par ces extrémistes. Ça va mieux maintenant. Mais on a préféré annuler les fêtes prévues pour la victoire car on savait qu’ils allaient tout perturber.

 

«Trois ans, c’est beaucoup trop long. On se moque de nous.»

 

Et sur le plan administratif, êtes-vous enfin régularisé?

Non!On a récupéré la propriété de notremaison et de la stabulation des vaches mais pas celle des autres bâtiments. Pour le moment, ils appartiennentencore à l’Etat. Après l’annulation de la déclaration d’utilité publique (DUP) en février2018, le juge avait confirmé qu’on avait le droit de récupérer nos biens. Ça neparaissait pas compliqué:l’argent était bloqué à la Caisse des dépôts, il n’y avait qu’à taper dedans, aller chez le notaire et c’était réglé. Mais, non, on nous a dit « c’est plus compliqué, il faut réestimer les biens, tout recommencer à zéro, y compris le diagnostic amiante dans les bâtiments ». Il y a des administratifs qui fontdurer la chose.Trois ans, c’est beaucoup trop long. On se moque de nous.

Quelles sont vos relations avec vos voisins de la ZAD?

Elles sont apaisées, on discute. Ceuxqui étaient là pour se payer du flic sont partis. D’autres sont restés avec des projets agricoles, on se côtoie tous les jours, notamment à laCuma.Ils ont accepté de s’installerdans un cadre légal, c’est très bien. Il faudra voir à la longue la pérennité de leurs projets mais ils ont la volonté d’avancer, je les respecte. Après, ily a des gens avec qui on s’entend et d’autres pas, comme dans n’importe quel voisinage.

Le projet d’aéroport vous y pensez souvent?

Oui, forcément, même si on a tourné la page. Ça a marqué notre vie quand même. Et puis il y a toujours quelqu’un quivous le rappelle. Dès qu’on discute avec des gens à l’extérieur on nous dit « ah vous êtes de Notre-Dame-des-Landes, qu’est-ce que ça devient?Comment ça se passe avec les zadistes? ». On est définitivement marqué par ça.

 

«On ne sera jamais assez redevables des gens qui nous ont soutenus.»

 

Quels souvenirs gardez-vous de la lutte?

Ce qui me marque le plus c’est la disponibilité des personnes qui sont venues nous soutenir, qui se sont battues pour nous aider, pour organiser des cortèges, des actions… Ça me surprend encore. S’il y avait un autre combat dans le secteur qui ne me concernepas directement est-ce que moi j’y consacrerai autant de temps?On ne sera jamais assez redevables deces gens-là.C’est grâce à eux que les choses ont bougé, qu’on a pu faire comprendre aux politiques que c’était un projet obsolète.Merci encore.

Avez-vous douté du succès?

A partir du moment où on est devenuexproprié, on ne pouvait plus revenir en arrière. Il fallait se battre jusqu’au bout. Mais, oui, on a parfoisdoutéde la victoire. Quand on perdaitdes procès alors qu’on avait des arguments impeccables, c’était dur. J’ai le sentimentque beaucoup de décisions étaient pipées contre nous.

A quel moment le dossier a-t-il basculé en votre faveur?

Quand les experts-médiateurs sont arrivés [nommés par Emmanuel Macronen juin2017]. Tout aété remis sur la table, de A à Z. On a compris qu’on serait cette fois vraiment écoutés, qu’on ne balaierait pas nos arguments d’un revers demain.

 

A Notre-Dame-des-Landes, tout le monde n’était pas opposé à l’aéroport. Quelle est l’ambiance trois ans après sur la commune?

Il y a toujours des clivages entrepro aéroport etanti. Ça mettra du temps à cicatriser. Moi je dis bonjour à tout le monde mais je vois bien que certains me tendent la main mollement. J’étais l’une des têtes de turc de ces gens-là. A l’inverse, il y a beaucoup d’habitants qui sont reconnaissants. On a créé des liens forts avec ceux qui se sont battus à nos côtés.

Vous vous revoyez pour parler de la lutte?

On a créé une association pour entretenir cette mémoire et la transmettre. On voulait organiserune journée d’exposition au printemps dernier mais ellea été reporté à cause du Covid. Ça n’empêche pas de garder le contact. Pour les vœux de bonne année, j’ai eu des appels dans toute la France.

Quelle trace globale va laisserNotre-Dame-des-Landes?

Je pense qu’on ne pourra plus jamais construire un aéroport de cette taille en France. Il n’ en a d’ailleurs pas besoin, surtout en ce moment. On voit que certaines de nos idées, comme privilégier le train, beaucoup moins polluant, pour les déplacements nationaux, ont été reprises. Il ya d’autres projets qui s’arrêtent, comme le Center parcs à Roybonou la
ferme des Mille vaches. Je suis très content parce que c’était un non-sens écologique. On peut espérerque la parole des citoyens est mieux écoutée. Notre-Dame-des-Landes aura au moins servi à ça.

La source officielle de cet article : 20minutes.fr

Roberta Flores
Roberta Flores
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