on vous présente Jean-Pascal Zadi, qui explose à l’affiche du film « Tout simplement noir »

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on vous présente Jean-Pascal Zadi, qui explose à l'affiche du film "Tout simplement noir"

L’acteur-réalisateur-scénariste de 39 ans, qui a commencé avec le rap avant de toucher à la caméra, sortune comédie sur le racisme et la place des Noirs dans la société française. Unfilm forcément d’actualité qui tombe à pic pour la réouverture des cinémas.

Jean-Pascal Zadi ne porte jamais de chaussettes. « Mais il ne pue pas des pieds », remarque son ami John Wax, qui réalise avec luiTout simplement noir, en sallesce mercredi 8 juillet. Il a même été « affiché »sur les réseaux sociaux par le rappeur Booba pour cette petite originalité. « Un soir alors qu’il rentrait de la radio à vélo, Booba le voit à travers la vitre de sa voiture et lui crie, sans savoir qui c’est : ‘Alors Mamadou, tu ne portes pas de chaussettes.’ Et poste la vidéo dans sa story. Il a commencé à recevoir plein de textos qui lui disaient que Booba l’avait clashé », se marre Amelle Zaïd, animatrice sur la radio Le Mouv’, où travaille aussi Jean-Pascal Zadi. De son véhicule, le rappeur n’a pas pu voir l’autre particularité de l’acteur-scénariste-réalisateur: son physique.Un grand Noir d’1m93 et des dents « qui ressemblent à des morceaux de sucre, qui sortent tellement qu’il n’arrive pas à les rentrer », comme lesdécrit l’actriceClaudia Tagbo dans une des premières scènes de Tout simplement noir.

Les événements récents aux Etats-Unis avec la mort de George Floyd et les manifestations en hommage à Adama Traoréfont écho à cettecomédie. Un malheureuxhasard. « Au départ, le film devait sortir le 15 avril, raconte John Wax, mais le coronavirus et le confinement sont arrivés et dès le mois de mars, on a fixé la nouvelle date de sortie au 8 juillet.Jean-Pascal a pensé ce film dès 2015.L‘actualité nous donne raison, ce film était nécessaire. »Tout simplement noir est un « mockumentaire », un faux documentaire,dans lequelon suit Jean-Pascal Zadi, bien décidé à organiser une marche des Noirsdans les rues de Paris.

Pour y parvenir, il va démarcher les grands noms de la communauté noire en France, les humoristes Eric Judor, Fary, Claudia Tagbo, Fabrice Eboué, l’acteur-réalisateur Lucien Jean-Baptiste ou encore JoeyStarr pour les rallier à sa cause. Et la comédie d’aborder frontalement,au second degré, le racisme, ses clichés, la conscience d’être noir et la place des Noirs dans la société. L’acteur y promène sa grande carcasse et sa bonne humeurparmi des guest-stars prestigieuses dansleur propre rôle, de Lilian Thuram au rappeur Soprano en passant par Mathieu Kassovitz.

Avant d’être à l’affiche d’un des films les plus attendus pour la réouverture des cinémas, Jean-Pascal Zadi est issue « d’une famille de pauvres, noirs, africains », comme il le déclare dans une interview à la radio Mouv’. Né à Bondy, en Seine-Saint-Denis, il grandit dans un pavillon de la ville d’Ifs, dans le Calvados, en banlieue de Caen. « J’étais vraiment le petit qu’on voit dans les quartiers avec les tee-shirts sales et la morve au nez. C’était carrément moi ça », rembobine-t-il. Avec ses neuf frères et sœurs, il expérimente le fait d’être la seule famille noire « dans une ville de Blancs ». Il y découvre le racisme en primaire, quand une de ses camarades refuse de lui tenirla main « parce qu’il est noir », mais aussi le foot, le rap et « les films du dimanche soir »à la télévision, première porte sur le cinéma, un milieu à mille lieux de ses préoccupations. « Sa maison a servi de lieu d’accueil pour la communauté ivoirienne, car c’est sa famille qui avait le plus d’espace. Il y avait tout le temps du monde, parfois plusieurs familles en même temps, avec beaucoup de joie et de jeux, c’était une sorte d’auberge espagnole incroyable », raconte Camille Moulonguet, avec laquelle il a fondé 12 Doigts Productions en 2009. Pourquoi ce nom ? « Il est né avec 12 doigts, comme son père et sa fille, éclaire-t-elle. C’était marrant de reprendre la génétique familiale. »

Adolescent, Jean-Pascal Zadi tâte du ballon rond, et plutôt bien à l’en croire. « Je le soupçonne de mentir un peu, rigole John Wax. Je l’ai déjà vu jouer, on les connaît ces mecs-là qui racontent qu’ils se sont fait les croisés et qu’ils ont été stoppés. »« JP », comme ses amis l’appellent, se vante surtout, avec sonéquipe des U17 nationaux deMondeville,d’avoir« été champion de France du fair-play », raconte-t-il à So Foot. C’est plutôt l’envie qui l’a lâché, plutôt que son corps. A 17 ans, il se lance dans le rap. Avec ses potes Al1 et Drama, il crée le groupe La Cellule. Suivront deux albums Nos âmes et nos actes en 1999 et Jeune Thug en 2008. « On est des rappeurs ratés, mais cet échec musical nous rapproche », sourit Jérôme Guesdon alias Le Foulala dans le groupe Les Sales Blancs, son acolyte depuis le début des années 2000, avec qui il a fait ses premiers pas derrière une caméra. Car si sa carrière de rappeur n’a pas décollé, elle lui a ouvert des perspectives.

Grâce au rap, j’ai pu m’intéresser à d’autres métiers. S’il n’y avait pas eu le rap, je n’aurais pas su ce que c’était un réalisateur. Le rap m’a tout appris de A à Z.Jean-Pascal Zadiau Mouv’

C’est en réalisant un documentaire (Des halls aux bacs en 2005) sur le rap indépendant, dans lequel il filme des rappeurs qui exploseront plus tard (Youssoupha, Sefyu, Seth Gueko…), à une époque où « il chômait dur »,que cet amoureux du rappeur californien 2Pac ou du collectif français Time Bomb (Booba, Oxmo Puccino, Pit Baccardi, X-Men) se frotte à la caméra. « A l’époque, j’étais rappeur dans le groupe 421, je traînais à Pierrefitte, précise Jérôme Guesdon. Il est venu me voir pour son documentaire. Ilétait venu à l’arrache, sans jamais avoir manié de caméra, mais c’était bon esprit. »

C’est dans ce même esprit qu’il réalise ses trois films suivants: Cramé (en 2008), African gangster(en 2010) et Sans pudeur ni morale (en 2011). De la débrouille, des rappeurs et de l’énergie. Des galères aussi. « Un jour, sur le tournage de Sans pudeur ni morale, film réalisé sans rien, il a oubliéun sac dans lequel il y avait du matériel de son qu’on avait loué. Pour moi, c’était la fin du monde, mais lui, il est reparti en sens inverse et a retrouvé le sac sur le quai du RER au fin fond du 95″, se rappelle Camille Moulonguet.« C’est un autodidacte complet dans tous les domaines, mais c’est une locomotive, analyse encore la productrice.Ces trois films autoproduits et indépendants étaient marginaux. Ils n’étaient même pas vendus dans les rayons cinéma des magasins, mais dans les bacs de CD de hip-hop. »

C’est justement ce qui attire l’œil du producteur EricHannezo, quiprépare l’émission « Le Before » sur Canal+. « Thomas N’Gijol me l’a présenté, on cherchait une rubrique dans laquelle faire parler des bandes de potes en banlieue, j’ai tout de suite pensé à lui », se souvient-il.

‘JP’, c’est un physique, une gueule et c’est très difficile de l’oublier et de ne pas l’aimer. Il a une énergie contagieuse qui t’emporte.Eric Hannezoà franceinfo

Ainsi naît « C koi quoi les bayes ? », qu’on peut traduire par « C’est quoi cette histoire? », sur Canal+. « Il n’a aucune formation de journalisme, mais il ne fallait surtout pas le formater, c’était à lui de créer les conditions d’une conversation. Avec lui, on peut aborder tous les sujets sans crainte et, dès le premier tournage, on avait eu quelque chose d’iconoclaste, on savait qu’on tenait quelque chose », retrace le producteur.

Face à un trio de jeunes, son bagout met à l’aise et il peut passer sans problème d’un sujet à l’autre, du rappeur Jul au réchauffement climatique. « Il reconnecte les gens à ce qu’ils sont. Si on adopte une posture, il le voit tout de suite, mais il n’est jamais blessant, ni cassant », témoigne l’animatrice Amelle Zaïd qui le pratique tous les jours dans l’émission « Debattle » sur les ondesdu Mouv’. « Il faut que ce soit ‘good vibes’, une expression qu’il répète souvent, mais il peut saouler aussi, surtout quand tu travailles, il prend tout l’espace », rigole-t-elle.

Il est solaire, il peut réchauffer, mais il peut faire mal à la tête aussi.Amelle Zaïdà franceinfo

Rap, cinéma, télévision, radio et même un livre Bastos à crédit (paru en 2014),Jean-Pascal Zaditouche à tout. « Il est un peu ‘chelou’, il a des dents un peu bizarre, on a l’impression que c’est un rigolo, mais c’est un gros bosseur », assure l’animatrice. Ce physique a pu le desservir notamment lorsqu’il a fallu convaincre les producteurs de monter Tout simplement noir. Certains ne l’ont pas pris au sérieux et « doivent s’en mordre les doigts, estime John Wax, mais ça ne l’a pas arrêté, au contraire, ça l’a motivé ».

Tout simplement noir n’est pas né d’un fait divers, comme La Haine, un des films qui l’ont marqué, mais plutôt de sa réflexion. « Il y a un hommage au groupe de rap Tout simplement noir qu’on appréciait tous les deux, c’est vrai, mais c’est surtout pour expliquer aux gens qu’il faut arrêter de dire ‘black’, on peut dire ‘noir’« , résume John Wax. « C’est un sujet très important pour lui, il a toujours problématisé le rapport entre les Noirs et les Blancs, et comme les Noirs ne prenaient pas la parole et que ça ne servait à rien de quémander, il a voulu mettre en valeur la culture noire française », ajoute Camille Moulonguet.

C’est un manifeste son film. Il a envie de fédérer les gens et de montrer que la personnalité humaine ne peut pas se résumer à la couleur de peau.Amelle Zaïdà franceinfo

Pour ce sujet et avec un format « très casse-gueule », selon Eric Hannezo, il n’a pourtant pas eu de mal à convaincre les guest-stars. « On a eu un ou deux refus, note John Wax, mais ‘JP’a fait de la politique, il les a tous appelés et tous ont répondu présents et avaient envie de se moquer de leur image. »

« Ce sont ses dents qui m’ont convaincu », charrie Mathieu Kassovitz qui fait passer un casting à Jean-Pascal Zadi dans le film. Une scène dans laquelle le réalisateur de La Haine passe pour uncinéaste tyranniqueet trop engagé. « J’avais repéré Jean-Pascal Zadi avec lepersonnage de Pink Kalash dans le film Coexister de Fabrice Eboué, ça m’avait fait beaucoup rire. Il m’a appelé et m’a parlé de son projet. Les trucs décalés, ça m’attire. C’est quelqu’un de très attachant », assurel’acteur.

Avec Tout simplement noir et le battage qui l’accompagne,Camille Moulonguet n’hésite pas à parlerd’une « success-story à la française ». « Un autodidacte qui part de rien, qui vient de province, issue d’une famille nombreuse, noire, c’est une réussite miraculeuse », justifie-t-elle. Une réussite profitable aussi puisqu’un ancienprojet, la série Craignos, qu’il a écrite et réalisée en 2017 et dans laquelle il joue avec ses acolytes Jérôme Guesdon etLofti Labidi, qui n’avait pu trouver sa place à la télévision, sera disponible sur le site france.tv le 9 juillet. « On l’a vendu plus facilement grâce à ‘Tout simplement noir’ et on va attaquer le tournage de la saison 2 durant le mois de juillet », précise la productrice.« Sa gueule, il en a fait son atout principal, il s’est pleinement assumé, il a su que c’était une qualité alors que beaucoup l’aurait pris comme un handicap, conclut Jérôme Guesdon. Et ça, c’est très fort. »

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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