on vous résume la bataille diplomatique qui se joue à Bruxelles, en cinq actes

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on vous résume la bataille diplomatique qui se joue à Bruxelles, en cinq actes

Les27 leaders européens ne sont toujours pas parvenus à un accord, lundi,malgré trois jours de discussions intenses. Les tensions sont palpables entre le couple franco-allemand d’un côté et les pays dit « frugaux » de l’autre.

Suspense àBruxelles. Réunis depuis vendredi matin, les dirigeants des 27 pays de l’Union européenne tentent de trouver un accord sur un plan massif de relance européen post-coronavirus. Le sommet devait durer deux jours, mais il joue les prolongations, lundi 20 juillet, après une nouvelle nuit de négociations tendues.

>> Sommet européen : suivez en direct les dernières informations sur les négociations pour le plan de relance

Le principal point d’achoppement se situe entre le couple franco-allemand et les pays dits « frugaux », c’est-à-dire les pays partisans d’une stricte orthodoxie budgétaire, un groupe constitué par les Pays-Bas, l’Autriche, le Danemark et la Suède, rejoint par la Finlande. Avant la reprise des discussions prévue lundi à 16 heures, franceinfo récapitule les principaux moments de ce week-end intense entre discussions nocturnes, attaques personnelles et tensions entre leaders européens.

Acte 1 : les Pays-Bas posent des conditions « difficiles à avaler »

Vendredi, pour la première fois depuis près de cinq moisen raison de l’épidémie, les 27 dirigeants de l’UE se retrouvent en chair et en os à Bruxelles. Au menu des discussions, un plan de relance proposé par la Commission européennede 750 milliards d’euros, composé de 250 milliards d’euros de prêts, et surtout de subventions à hauteur de 500 milliards d’euros, qui n’auront pas à être remboursées par les Etats bénéficiaires.Il est adossé au budget de l’UE à long terme (pour la période 2021-2027), de 1 074 milliards d’euros.

Mais cette proposition neconvient pas aux Pays-Bas et à leur Premier ministre Mark Rutte, quise pose en chef de file des Etats dits « frugaux ».« Solidarité, oui (…) Mais dans le même temps, on peut aussi demander à ces pays de faire tout ce qui est possible pour qu’ils résolvent [leurs problèmes] par eux-mêmes, la prochaine fois. Et cela vous le faites via des réformes du marché du travail, du système de retraite… », lance-t-il. Les Pays-Bas, comme l’Autriche, le Danemark, la Suède, puis la Finlande sont partisans d’une réduction des subventions, leur préférant les prêts remboursables.

Cette alliance des « radins », comme on les surnomme, voulait »réduire drastiquement le montant des subventions, à 150milliards, voire les amener à zéro », raconte une source au Monde.Leur volontéest de réduire l’ambition du plan de relance « et de monétiser au mieux leur ralliement », ajoute un diplomate auquotidien.

Cettepremière journée s’achève sur des dissensions en raison de la position jugée trop dure des Pays-Bas sur le contrôle des fonds qui pourraient être distribués.Le projet prévoit que l’argent soit versé en contrepartie de réformes menées par les pays bénéficiaires.Or, le Premier ministre néerlandais réclame que les plans de réforme de chaque Etat soient validés à l’unanimité des 27, et non à la majorité qualifiée. En résumé, un droit de veto de facto, qu’il est le seul, selon plusieurs sources, à formuler.« Ce que demandent les Pays-Bas est légalement impossible et politiquement difficile à avaler », regrette une source diplomatique, résumant la position d’une majorité d’Etats membres.

Acte 2 : l’Italie, l’Allemagne et la France haussent le ton

Après la premièrejournée de négociations et l’impasse dans laquelle se trouvent les Vingt-Sept, plusieurs dirigeants européenscontre-attaquent dès le samedi. Dans un message vidéo sur Facebookpublié samedi en fin d’après-midi, le Premier ministre italien Giuseppe Conte décrit les négociations comme « beaucoup plus difficiles que prévu », évoquant même une « situation d’impasse ».« Les Pays-Bas et autres frugaux (Autriche, Danemark, Suède) ne comprennent pas la nécessité d’une réponse forte », déplore-t-il. De son côté, le chancelier autrichien Sebastian Kurz confirme ce que tout le monde craignait en arrivant à Bruxelles :« C’est, comme on pouvait s’y attendre, une bataille difficile, une négociation dure, mais on va dans la bonne direction et c’est le plus important. »

Angela Merkel, elle, reconnaît qu’il ya« beaucoup de bonne volonté (…) mais il est aussi possible qu’aucun résultat ne soit obtenu aujourd’hui (dimanche) ».« Je ne peux toujours pas dire si une solution sera trouvée », insiste-t-elle.Le président français Emmanuel Macron, qui défend ce plan aux côtés de l’Allemande, prévient, lui,que les « compromis » nepeuventse faire « au prix de l’ambition européenne ». « Nous avons des dissensions, des sensibilités différentes sont apparues », martèle-t-illors d’une brève intervention face aux médias dimanche matin.

Toujours au centre des discussions, la question de la répartition des prêts et des subventions dans l’aide de 750 milliards d’euros. La part initiale des dons prévue était de 500 milliards, mais il a été proposé de les réduire à 400 milliards, soitla limite de ce que Paris et Berlin sont prêts à accepter. Les prêts passeraient alors de 250 milliards à 350 milliards d’euros.Ce geste en faveur des pays dits « frugaux », est cependant rejeté par les intéressés: hors de question pour eux que les subventions dépassent la barre des 350 milliards d’euros.

Acte 3 : des tensions éclatent autour du respect de l’Etat de droit

La part des prêts et des subventions dans l’aide de 750 milliards d’euros proposée n’est pas le seul sujet brûlant.Une autre question déclenche un début d’incendie dans la nuit de samedi à dimanche.La Commission européenne a proposé de créer un lien direct entre le versement des aides prévues dans le fonds de relance et le respect de l’Etat de droit. Une condition rejetée parla Hongrie, la Pologne et la Slovénie.

Le président français, lui, reste ferme : »C’est simple, leur a répondu Macron, pas d’Etat de droit, zéro euro », relate un participant au Monde. Cette fois-ci, le Premier ministre néerlandais est sur la même longueur d’ondes, tout comme son homologuefinlandaise, Sanna Marin.Dans la matinée de dimanche, le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, dénonce alors la position de Mark Rutte.

Je ne sais pas pour quelle raison personnelle le Premier ministre néerlandais me déteste moi ou la Hongrie. Mais il attaque durement. Et il dit très clairement que, parce que la Hongrie ne respecte pas selon lui l’Etat de droit, elle doit être punie financièrementViktor Orban

La Hongrie est sous le coup d’une procédure dite « de l’article7 », une procédure exceptionnelle pour risque de « violation grave »des valeurs de l’UEdéclenchée par le Parlement européen.Pour Viktor Orban, la position de Mark Rutte n’est « pas acceptable »carcette procédure n’a pas encore livré ses conclusions.D’après le dirigeant hongrois,la demande des Pays-Bas exigerait « des semaines de négociations », car il faudrait modifier les traités.

Une source diplomatique glisse au Monde que les « frugaux » instrumentalisent en réalité cette notiond’Etat de droit « pour bloquer le débat sur les subventions ». L’heuretourne et les discussions s’enlisent. Dans la soirée, le président du Conseil européen, Charles Michel, presse les dirigeants de l’UE à trouver un accord. Il en va, selon lui, de l’image de l’Europe.

La question est la suivante : les 27 leaders, responsables devant les peuples européens sont-ils capables de bâtir de l’unité européenne, de la confiance ? Ou bien, à travers une déchirure, présenterons-nous le visage d’une Europe faible, minée par la défiance?Charles Michel

Selon des propos rapportés par une source proche des discussions à l’AFP,Charles Michel a formulé le « souhait » que les Européens parviennent « à un accord et que les journaux européens titrent demain sur le fait que l’UE a réussi une mission impossible ». Un souhait non exaucé.

Acte 4: Emmanuel Macron « tapedu poing sur la table »

Les tensions entre les pays se matérialisent au cours de la soiréede dimanche. Emmanuel Macron « a tapé du poing sur la table », affirme une source diplomatique à l’AFPpour dénoncer la mauvaise volonté des Etats dits « frugaux ».Il s’en prend notamment au Premier ministre néerlandais Mark Rutte et au chancelier autrichien Sebastian Kurz, considérés comme les plus inflexibles après trois jours de négociations stériles.

Face à ce blocage, le chef de l’Etat tance« leurs incohérences », selon un membre de la délégation française. Il affirme que c’était la France et l’Allemagne qui allaient « payer ce plan »et « qu’ils se battent pour l’intérêt de l’UE quand les frugaux sont égoïstes et ne font aucune concession ». « Il a ajouté qu’il était prêt à s’en aller plutôt que d’avoir un mauvais accord », précise cette même source. Samedi après-midi, il avait déjà demandéque son avion soit prêt pour rejoindre Paris.

Le président françaisa fustigé également le comportement du chancelier autrichien, lorsque ce dernier a subitement quitté la table pour prendre un appel téléphonique. Une remarque qui aurait« offensé » l’Autrichien, selon une source européenne.Ila aussi comparé le positionnement du Néerlandais Mark Rutte a celui de l’ex-Premier ministre britannique David Cameron, qui a souvent adopté une ligne dure lors des sommets européens, mais a fini par perdre le référendum sur le Brexit. Les discussions s’achèvent dans la nuit.

Acte 5 : l’espoir reste de mise

Après l’échec de la veille, les Vingt-Sept décident de se réunir à nouveau le lundi, à partir de 16 heures. Pour la première fois depuis le début du sommet, une éclaircie sembleapprocher.Les discussions reprennent « avec les espoirs possibles d’un compromis. Rien n’est encore acté, je resterai donc extrêmement prudent »,déclare Emmanuel Macron à son arrivée au Conseil européen.

« La nuit dernière, à l’issue de longues négociations, nous avons trouvé un cadre pour un possible accord. C’est un pas en avant et cela donne l’espoir qu’un accord puisse être atteint aujourd’hui, du moins qu’un accord est possible »,affirme de son côté Angela Merkel.

Selon Le Monde, l’accord se dessinerait sur cette base : 390milliards d’euros de subventions, un peu moins de prêts, pour une enveloppe globale comprise entre 700 et 750milliards d’euros. Pour contrôler les sommes distribuées, un dispositif, permettrait à « unEtat membre de soumettre la question aux Vingt-Sept s’il juge que les aides sont utilisées à mauvais escient ». Enfin, le versement des fonds européens pourrait être bloquée par les Vingt-Sept si la majorité qualifiée estime « que le pays bénéficiaire ne respecte pas l’Etat de droit. »« Nous n’y sommes pas encore, tout peut encore échouer. Mais il y a un peu plus d’espoir que la nuit dernière quand je pensais que c’était terminé », estime Mark Rutte.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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