Pâques à Bergame où l’«on sent le poids de la mort»

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Pâques à Bergame où l'«on sent le poids de la mort»

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Les fêtes de Pessah pour les juifs et de Pâques pour les chrétiens se déroulent cette année dans des circonstances exceptionnelles. C’est le cas notamment à Bergame, dans le nord de l’Italie, une ville particulièrement meurtrie par le Covid-19. Témoignage de Monseigneur Giulio Dellavite, secrétaire général de la curie diocésaine de Bergame. 

RFI : Comment est organisée Pâques cette année à Bergame ? Souhaitiez-vous l’ouverture des églises ? 

Mgr Giulio Dellavite : Non, car l’ouverture des églises ne serait pas bénéfique pour les gens en ce moment. A Bergame, chaque paroisse célèbrera les offices de Pâques à huis clos. Seuls les prêtres sont dans les églises et les fidèles suivent à la maison. Presque toutes les églises du diocèse se sont organisées pour diffuser la célébration en streaming sur YouTube, Facebook ou autre. De cette manière, les fidèles à la maison peuvent suivre leur prêtre. L’évêque officie, lui, en direct à la télévision. 

Cette année, les fêtes de Pâques ont-elles une signification particulière ? 

Lors de toutes les fêtes de Pâques jusqu’à présent, un croyant a parlé, prié et s’est saisi du symbole du désert parce que le concept de Pâques est un concept juif du passage de l’esclavage à la liberté, du passage du désert à la Terre promise. Ce qu’ensuite Jésus, à l’occasion de la Pâque juive, a réalisé avec le passage de la mort à la vie. Et toutes les années, on a dit symboliquement que nous étions dans le désert. La particularité de cette Pâque 2020, c’est que nous sommes réellement dans le désert, on est en train de le traverser. Nous sommes en train de vivre ce que les années passées nous évoquions de manière symbolique. Donc c’est une expérience vivante, concrète de Pâques. 

Les églises sont fermées, les habitudes de vie perturbées. Remarquez-vous davantage ou moins de besoin de pratique religieuse ? 

Là encore, c’est une Pâque particulière. Il y a un réel besoin de spiritualité. Chez nous, on sent énormément le poids de la mort. Ici, la mort a fauché tellement de personnes. Et en plus, cette mort a une dimension de disparition. Les gens ont disparu dans le sens où un être cher était emporté à l’hôpital et s’il mourait, vous ne le revoyiez plus. A l’hôpital, il était immédiatement mis dans un cercueil. Si vous étiez en quarantaine, vous ne pouviez même pas participer à son enterrement. Le fait qu’il n’y ait plus de funérailles, c’est encore pire. Donc la mort a eu un impact très important dans la vie des gens et dans tellement de familles. Beaucoup de personnes ont perdu des amis, des parents, des connaissances ces jours-ci. Ce poids de la mort amène encore davantage à rechercher une signification, un espoir… et donc une résurrection. 

Qu’est-il encore permis au moment de la mort ? L’extrême onction est-elle encore autorisée ? 

Non, plus rien n’est autorisé. La seule chose que peut faire un prêtre, c’est au moment de l’inhumation. Lorsqu’un cercueil est inhumé ou des cendres qui reviennent sont mises dans un monument funéraire, le prêtre peut donner une bénédiction avec la famille. Si elle est là ! Parce que très souvent, même les enfants, les parents, le mari ou la femme ne peuvent pas être présents parce qu’ils sont enfermés chez eux pour la quarantaine. Et donc, il peut n’y avoir vraiment que le prêtre et un membre de la famille, quand c’est possible, qui donne la bénédiction au défunt quand il est inhumé. 

Comment vivez-vous cette période ? 

Cela a été une période intense. Une période où tellement de choses, de valeurs, de structures sont remises en cause, repensées. Une période d’un dialogue très intense avec les gens. Paradoxalement, l’isolement a créé davantage de proximité, plus de lien entre les gens, plus de dialogue, plus d’attention aux autres. Combien de personnes ont dépassé des années de silence, des disputes, simplement en appelant pour savoir comment allait un proche ? Au début, il y eu un élan de solidarité et ensuite s’est développée la solidité des rapports humains parce que chacun étant enfermé chez soi sans avoir rien à faire, a fait son introspection et a cherché ce qui était le plus importants, le plus vrai, le plus essentiel et a cherché à récupérer certaines relations. 

Source: RFI

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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