pendant la crise, le «Barçagate» continue à Barcelone

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pendant la crise, le «Barçagate» continue à Barcelone

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Si la saison en cours semble interminable en raison de l’arrêt des compétitions dû à la pandémie de coronavirus, elle l’est encore plus pour le FC Barcelone, empêtré dans une interminable crise institutionnelle. Dernier épisode, la démission avec fracas de six membres de la direction du club sur fond de bataille rangée dans les médias locaux.

Le FC Barcelone a bâti une partie de son prestige et de sa renommé autour de l’idée que c’est bien plus qu’un club. « Mes que un club », dit-on en catalan. Cette saison, la formule prend un sens bien moins flatteur avec une série d’affaires qui nourrissent un feuilleton sans fin.

Parmi les épisodes les plus marquants de cette série inhabituelle dans un club cultivant la discrétion, le clash en janvier entre Lionel Messi et le directeur sportif Éric Abidal, sèchement rappelé à l’ordre par la star argentine via les réseaux sociaux pour avoir laissé entendre qu’une partie du vestiaire avait agi pour le départ de l’entraîneur Ernesto Valverde. Auparavant, le même Abidal avait été pointé du doigt pour sa gestion de la succession de Valverde, avec la recherche chaotique du bon candidat (de Xavi Hernandez à Ronald Koeman) pour finalement s’arrêter sur Quique Setien, un entraîneur certes respecté en Espagne mais retiré dans sa campagne depuis plusieurs mois et ne possédant pas le renom espéré dans un tel club.

Le Barça avait connu également un été de feu avec l’interminable « novela » du faux-vrai retour de Neymar. Sans parler de l’avant-saison mal calibrée, avec des déplacements au Japon et aux États-Unis qui ont pesé sur la qualité de la préparation physique des joueurs. Certains y voient la cause des innombrables blessures de joueurs majeurs de l’effectif, d’Ousmane Dembélé à Luis Suarez en passant par Jordi Alba ou Samuel Umtiti. Et pour finir, un mercato d’hiver décousu, avec plusieurs joueurs poussés au départ (Carles Alena, Jean-Clair Todibo, Garcia) avec pour résultat un effectif extrêmement limité pour la fin de la saison et le recrutement précipité de l’attaquant danois Martin Braithwaite…

L’aventure I3 Ventures

Toutes ces affaires ont pourtant été éclipsées ces dernières semaines par une nouvelle série, connue sous le nom de « Barçagate ». À l’origine, la révélation, il y a deux mois, de l’existence d’un contrat resté secret avec la société I3 Ventures. À première vue, rien de bien méchant. Cette société avait pour mission de surveiller les contenus sur les réseaux sociaux pouvant concerner le club, et à travers différents comptes œuvrer à la bonne image du Barça et surtout de son président Josep Maria Bartomeu. Des fuites provenant de la direction du club pointaient pourtant que la société en question avait dérapé dans certaines de ses publications sur les réseaux sociaux en s’attaquant à certains poids lourds du vestiaire, dont Lionel Messi et Gerard Piqué, au patron du groupe télé Mediapro, Jaume Roures, ou encore à l’une des figures de l’opposition au président Bartomeu…

Malgré les explications laborieuses de ce dernier, cette affaire a érodé son image à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur du club, créant des fractures au sein de l’équipe dirigeante et suscitant une méfiance croissante parmi les joueurs. Il y a quelques jours, le président Bartomeu, qui dénonçait le manque de loyauté de certains dirigeants, demandait le départ de quatre d’entre eux, dont le vice-président Emili Rousaud, dont il avait fait pourtant, l’année dernière, son candidat à la prochaine élection à la présidence du club, prévue au plus tard en juin 2021 et à laquelle Bartomeu ne peut pas se présenter.

Rousaud, l’homme de confiance d’hier, s’est mué aussitôt en accusateur. Sa démission avec fracas le 9 avril 2020, avec cinq autres dirigeants (dont tous ceux dont Bartomeu avait exigé le départ) s’accompagne d’attaques en règle dans les médias. Emili Rousaud dénonce sans détours le contrat avec I3 Ventures, qui selon lui ne s’est pas fait dans les règles. À l’en croire, ce contrat d’environ un million d’euros est notoirement surévalué, le travail demandé à cette société ne valant pas plus du dixième de cette somme. Plus grave, il aurait été caché à la commission de contrôle dont il faisait partie, par le biais de cinq contrats différents de moins de 200 000 euros émanant de différents services du club. Et Rousaud de laisser entendre que quelqu’un a probablement mis la main dans le sac…

Les démissionnaires critiquent aussi l’ensemble de la gestion du FC Barcelone, qui a abouti à une situation économique extrêmement délicate, surtout dans le contexte de crise provoqué par la pandémie de coronavirus.

Bartomeu et la fuite en avant

Des accusations rapidement réfutées par la direction du club, ou ce qu’il en reste. Elle rappelle que l’affaire dite « Barçagate » fait l’objet d’un audit confié à la société PricewaterhouseCoopers. Avec désormais 12 membres encore présents autour de lui, rien n’empêche légalement Josep Maria Bartomeu de poursuivre son mandat. Même si les démissionnaires affirment que trois autres membres s’apprêtent à les rejoindre, on serait encore loin de la limite de cinq dirigeants en dessous de laquelle une élection anticipée deviendrait inéluctable. D’autant que Bartomeu pourrait désigner de nouveaux membres pour remplacer certains des partants.

Mais il ne fait pas de doute que la fin de son dernier mandat est pour l’instant loin de ce qu’il espérait. Il avait été élu en 2015, dans l’euphorie du dernier succès du Barça en Ligue des champions, après avoir remplacé en tant que vice-président son prédécesseur Sandro Rosell, rattrapé par des irrégularités dans le recrutement du Brésilien Neymar. Depuis, Josep Maria Bartomeu a progressivement entraîné le club dans un politique très dispendieuse, avec des recrutements trop coûteux et des contrats de plus en plus élevés pour conserver les stars, dont Lionel Messi. Mais également en lançant le club dans un très ambitieux projet immobilier connu sous le nom d’Espai Barça, qui vise à devenir le plus grand complexe sportif au monde avec notamment un nouveau Camp Nou, le célèbre stade barcelonais.

Certains reprochent à Bartomeu une sorte de fuite en avant qui place aujourd’hui le club dans une situation délicate. Le président paie aussi sans doute les divisions politiques autour du Barça, entre ceux qui voudraient qu’il s’engage davantage derrière les secteurs plus favorables à la sécession de la Catalogne de l’Espagne et ceux qui, comme lui, prônent une attitude plus neutre.

Tout à ses rêves de quitter le Barça par la grande porte, si possible avec une nouvelle Ligue des champions qui se fait trop attendre, Bartomeu s’active à resserrer la garde autour de lui et accuse ses anciens compagnons d’aventure d’avoir sapé son autorité, notamment en faisant fuiter dans la presse les tensions internes. Dernier exemple en date, les discussions qui ont abouti à une baisse du salaire des joueurs de 70% pendant la durée de la crise sanitaire. En présentant cet accord, Lionel Messi, encore lui, s’en était pris à ceux qui dans la présidence du club avaient laissé entendre dans les médias que les joueurs ne voulaient pas de cet effort financier…

Alors que l’Espagne, et en particulier la Catalogne, se débattent dans une situation très délicate avec une épidémie de coronavirus qui les frappe extrêmement fort, avec des morts par milliers et des hôpitaux saturés, le spectacle offert par les dirigeants barcelonais a quelque chose de pathétique. Au point que pour une fois, sa célèbre devise pourrait se décliner autrement : moins qu’un club…

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Maria Rodriguez
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