Pendant le confinement, souriez, vos voisins vous filment

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Ils vous observent quand vous sortez acheter faire vos courses plus d’une fois par semaine, que vous faites votre jogging sans masque et, surtout, quand vous restez chez vous. Alors que les associations de défense des libertés s’inquiètent du recours à une application mobile pour surveiller l’évolution de l’épidémie de coronavirus, notre vie privée est déjà mise en péril par un tout autre danger : le smartphone de nos voisins.

Depuis plusieurs semaines, les autorités du monde entier constatent une tendance à la délation citoyenne. Des personnes appellent les services d’urgence, la police ou le standard de leur mairie pour dénoncer le comportement de leurs voisins, allant supposément à l’encontre des règles de confinement en période d’épidémie. Dans certains pays et villes, ce comportement est encouragée (la police néo-zélandaise a par exemple créé un site dédié à la dénonciation de violations des consignes de confinement). Ailleurs, le phénomène embarrasse plus les autorités qu’autre chose, noyées dans des signalements qui sont souvent liés à des conflits de voisinage antérieurs à la crise.

Pour celles et ceux qui ne décrochent pas leur téléphone, il reste Internet. Sur Twitter, Instagram, les groupes WhatsApp ou Facebook de voisins, on parle beaucoup des autres. Les contenus sont souvent positifs. Les vidéos d’applaudissements, de voisins animant leur quartier en jouant de la musique – ou une fausse partie de Questions pour un Champion – sont très populaires en ligne.

Résilience ou inconscience

Mais de la même manière que n’importe qui peut diffuser une scène touchante depuis son balcon ou sa fenêtre, surtout en zone très urbaine, d’autres dégainent leur téléphone pour critiquer leur prochain. Des internautes filment des gens qui semblent se balader au soleil (alors qu’on peut supposer que les auteurs de ces contenus se trouvaient eux-mêmes… dehors). Ils décortiquent les photos d’influenceurs et d’influenceuses en ligne, cherchant des preuves d’entorses au confinement. D’autres médisent sur leurs voisins et détaillent leur quotidien agaçant, des barbecues dans la cour de l’immeuble à leur vie sexuelle en passant par leurs courses «non-essentielles». Les médias participent aussi au phénomène, en publiant des articles censément drôles sur des manquements au confinement, ou des vidéos de personnes marchant dans les rues sans contexte particulier. Un même contenu (par exemple des personnes qui dansent dans la rue dans un bal improvisé) pourra être tour à tour célébré ou vilipendé, symbole de notre résilience ou au contraire de notre inconscience.

Derrière ces posts, il y a parfois des bonnes intentions, des inquiétudes et des critiques légitimes. On s’insurge contre les discriminations dans les contrôles de police entre les quartiers populaires et les quartiers plus riches, ou on interroge les privilèges des plus aisés, partis s’exiler dans de coquettes maisons de vacances. Ces photos et ces vidéos se nourrissent aussi de mécanismes classiques des réseaux sociaux, dont les algorithmes mettent plus facilement en avant les contenus provoquant une émotion forte (hilarité, colère, tristesse). L’intimité d’autrui devient un contenu à exploiter pour faire réagir. Peu importe le contexte personnel du protagoniste jeté en pâture aux internautes. Peu importe qu’on puisse faire dire ce qu’on veut à une image ou une vidéo. Peu importe que notre conception d’une denrée essentielle ou non provienne de nos préjugés de classe. Et surtout, peu importe le poids de la responsabilité politique dans cette crise, par rapport à celui de nos actions individuelles. Souriez, vos voisins vous filment !

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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