Immobilier : « Plus longue sera la crise, plus les prix baisseront »

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Télétravail, visioconférences, signatures électroniques… Les notaires œuvrent à distance et à marche forcée. Mais leur activité n’est que le maillon final de la chaîne immobilière stoppée net par le Covid-19, s’inquiète Me Bertrand Savouré, président de la Chambre des notaires de Paris/Île-de-France. Avec, à la clé, une chute des ventes et sans doute des prix.

Le Point : Les études de notaires franciliennes sont-elles en cure de sommeil forcée ?

Maître Bertrand Savouré : Non. Fermés au public en raison de l’épidémie, tous nos bureaux franciliens poursuivent leur activité, mais autrement. Faute d’autre solution, deux semaines après le début du confinement, 80 % des offices sont « virtuellement ouverts » à travers le travail à distance. Les notaires peuvent œuvrer au sein de leur étude, mais la présence physique des clients y étant proscrite, la plupart des actes notariés sont désormais rédigés depuis le domicile de ces agents ministériels. On apprend à s’organiser différemment. Mettre du jour au lendemain une trentaine de collaborateurs en télétravail n’est pas évident, c’est un véritable défi technique. Bon gré, mal gré, cette digitalisation s’accélère, mais n’est pas une nouveauté dans notre profession qui peut se targuer d’une certaine avance en la matière. Hélas, toutes les études de notaires n’ont pas pris aussi vite le train en marche et sont équipées de façon inégale sur le plan technologique.

Comment cela se passe-t-il concrètement ?

Depuis dix ans, nous avons développé les signatures électroniques sur tablettes numériques. Et depuis trois ans, les notaires peuvent le faire à partir d’une procuration numérique signée à distance, à condition cependant que les clients soient physiquement présents dans une étude. Ce système avait été engagé pour faciliter notre travail avec les personnes résidant à l’étranger. Nous avons bon espoir qu’un décret du ministère de la Justice autorise dans les tout prochains jours un système de visioconférence sécurisé sans avoir besoin de donner de procuration. Seul impératif, le mandat donné par les clients à leur notaire sera ensuite transmis à un de ses confrères ou consœurs (non partie prenante dans la transaction), qui validera le processus. Nul doute que ce système de comparution à distance facilitera la signature des actes authentiques de l’immobilier.

Sans visites, ni diagnostics et déménagements, le marché va se tarir

Cela sera-t-il suffisant, quels sont les autres freins ?

Ces éléments high-tech de la chaîne notariale s’inscrivent dans une chaîne de l’immobilier plus globale. Elle agit en interdépendance avec beaucoup d’autres professionnels. Ce sont les agents immobiliers, les syndics de copropriété, les services de l’État, le bureau des hypothèques, le bureau de l’enregistrement, la délivrance des états civils, le traitement de la déclaration d’intention qui purge le droit de préemption des villes sur les ventes immobilières, etc. Ajoutez-y les diagnostics techniques, et vous avez entre trente et quarante pièces différentes à réunir pour chaque dossier ! Cette collecte a beaucoup augmenté depuis la loi Alur, qui a renforcé les informations environnementales et relatives au syndic de copropriété. En temps normal, les dossiers où tous ces documents sont rassemblés et où le financement de l’acheteur est calé (délivrance des prêts) aboutissent en deux mois environ. Le même processus effectué à distance nécessite sensiblement les mêmes délais. Mais avec les différentes répercussions de cette crise sanitaire et économique, cela va être beaucoup plus compliqué.

Volume de ventes, évolution des prix, quel scénario envisagez-vous pour la suite ?

Sans visites ni diagnostics et déménagements, le marché va se tarir. Si le confinement dure un mois et demi, le gel du marché va entraîner une baisse mécanique des ventes. Au minimum 10 % de transactions annuelles en moins partout dans notre pays. À Paris et en Île-de-France, si les taux d’emprunt restent faibles et l’accès au crédit toujours aussi facile, il n’y a pas de raison que la demande faiblisse beaucoup. Les prix qui étaient sur un rythme de hausse annuelle de 5 à 7 % vont baisser un peu, mais cela devrait rester marginal, entre 0 et 5 % à la sortie du confinement. Tout dépend ensuite de la nature de la reprise de l’activité économique, dans un scénario en L, V ou W ? On attend, on repart, tout est envisageable. Pour l’heure, disons que plus l’épidémie durera, plus les prix devraient baisser.

Source : Lepoint.fr

Pascal Guy
Pascal Guy
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