«Pour le moment, rien n’a été fait pour nous préparer au grand oral»

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L’effet papillon ou le conte de la pyrale

Après la chronique «Bulletin des secondes» l’an dernier, Libération suit cette année trois élèves désormais en classe de première. Cobayes de la réforme du lycée à la sauce Jean-Michel Blanquer, ils nous racontent tous les mois – chacun à leur tour – cette réforme du lycée entre inquiétudes, bonnes et mauvaises surprises. Ce mois-ci, Inès, élève de première au lycée Albert-Camus à Nîmes (Gard), évoque son appréhension du grand oral.

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«Je suis assez stressée à l’idée de passer l’an prochain le grand oral du bac. Les modalités ont enfin été précisées [le 13 février, ndlr] mais dans mon académie on était déjà en vacances, on n’a donc pas pu en parler avec nos professeurs. J’ai regardé de mon côté comment ça allait se dérouler et ça ne m’a pas rassurée. Cet exercice reste très nouveau pour nous et, pour le moment, on n’y a pas du tout été préparé. Les détails de l’épreuve arrivent très tard, un an et demi seulement avant le grand oral. Ça serait bien qu’on sache à quoi s’attendre au moins deux ans avant de passer une épreuve, d’autant plus quand elle est de coefficient 10. Sur toute la réforme, il y a eu un problème de timing de toute façon.

«L’oral aura un coefficient très important. Pourtant, on nous disait que les épreuves de fin de terminale seraient moins importantes qu’avant, donc que ça nous enlèverait une pression. Finalement, on a désormais la pression durant deux ans et on se retrouve avec un grand oral coefficient 10, ce qui est quand même assez énorme. Nos épreuves de spécialités auront certainement aussi un gros coefficient. Tout ça n’allège pas tellement le stress des épreuves finales à mon avis.

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«En théorie, si c’est bien préparé, si on sait à quoi s’attendre, cette épreuve peut avoir un réel intérêt pour plus tard, pour les études, la vie professionnelle. Mais on peut se demander s’il va y avoir des réelles différences avec l’oral de français, si ça va nous apporter quelque chose en plus. D’autant que, pour le moment, absolument rien n’a été fait pour nous préparer. D’après nos professeurs, on était censé commencer à s’y préparer dès le début de la première, mais rien n’est prévu dans nos emplois du temps ou nos cours. On a une heure de ce qu’on appelle « orientation » mais elle n’est pas dédiée au grand oral. En début d’année, notre prof d’histoire nous a simplement fait regarder durant ce cours A voix haute, un film sur un concours d’éloquence à la fac. Ça nous a donné une idée de la manière d’acquérir un peu d’éloquence mais le concours n’a rien à voir avec le grand oral qu’on va devoir passer.

«Cela va créer des inégalités entre les milieux sociaux»

«En cours, je ne trouve pas non plus que les profs ont plus recours à l’exercice oral que l’an dernier. En français, on a des oraux mais ça concerne spécifiquement le bac de français. En cours de spécialités, on fait parfois des petits ateliers oraux, tout comme en EMC (éducation morale et civique), en langues vivantes, mais on en a toujours fait, ce n’est pas nouveau. J’aimerais que nos enseignants nous expliquent exactement comment va se passer ce grand oral et peut-être avoir l’an prochain une heure chaque semaine réservée à cette préparation. J’ai vu qu’il fallait préparer deux questions, mais est-ce qu’elles seront très précises, générales ? Comment on devra les déterminer et y répondre ? Je ne sais pas du tout. Alors au moins une heure par semaine là-dessus ne serait pas de trop. Cela permettrait aussi d’apprendre à bien s’exprimer à l’oral, avoir la bonne posture.

«L’oral est toujours un exercice assez difficile pour tout le monde, même si on n’est pas trop réservée comme moi. Alors je n’imagine pas à quel point cela va être dur pour les personnes timides, ça va vraiment marquer une différence. Même avec du travail, quand on est timide, on ne peut pas se changer en seulement un an et demi. En plus, cela va créer des inégalités entre les milieux sociaux. Les manières de parler sont différentes selon la famille d’où l’on vient, les enfants issus de milieux favorisés sont en général avantagés. Malheureusement, ces différences vont être mises en avant par ce grand oral. Et plus on préparera tard avec nos professeurs cette épreuve, plus les inégalités entre les différents milieux sociaux seront importantes et visibles.»

Dans l’épisode précédent E3C : «Je n’ai pas vraiment l’impression d’avoir passé le bac»


Marlène Thomas

Source du post: liberation.fr

Marino Stozza
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