Pourquoi le vol habité de la capsule de SpaceX vers la Station internationale ouvre une nouvelle ère dans la conquête spatiale

Share on email
Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Pourquoi le vol habité de la capsule de SpaceX vers la Station internationale ouvre une nouvelle ère dans la conquête spatiale

Pour la première fois depuis l’arrêt de la navette spatiale américaine en 2011, deux astronautes s’élancent mercredi depuis la Floride pour rejoindre la Station spatiale internationale, en orbite terrestre. Leur vaisseau a été conçu par la société d’Elon Musk.

Il en faudra plus pour décourager les passionnés. Alors que l’épidémie de Covid-19 frappe les États-Unis, la Nasa a décidé de fermer par précaution leCentre spatial Kennedy (Floride) aux visiteurs. Jim Bridenstine, l’administrateur de l’agence, a même demandé au public de rester à la maison. Mais le shérif du comté de Brevard, où est situé le Centre, prévient le magazine Time: « Je ne vais pasinterdire aux Américains d’assister àun grand moment d’histoire. »

Car distanciationphysique ou non, ilsdevraient être nombreux à lever la tête depuis les plages de la côte floridienne, mercredi 27 mai après-midi (22h33 dans l’Hexagone) : pour la première fois depuis neuf ans, des astronautes américains décolleront depuis leur propre sol, direction la Station spatiale internationale. Et pour la première fois, l’agence spatiale américaine achoisi de misersurle vaisseau d’une société privée : SpaceX.

La capsule Crew Dragon, développée par l’entreprise dufantasqueElon Musk, sera le nouveau moyen d’accès àl’ISS pour les astronautes américains. Un vaisseau au design futuriste, bourré d’équipements dernier cri.Les traditionnelles combinaisons pressurisées orange ont même été troquéespour des tenues au design épuré dessinées par un costumier d’Hollywood,habitué des blockbusters.

Pourconduirece premier vol de la capsule vers l’orbite terrestre, la Nasa a choisi deux vétérans des vols spatiaux :Douglas G. Hurley et Robert L. Behnken, 53 et 49 ans, auteurs de deux missions chacun à bord de l’ancienne navette spatiale américaine. Des pointures dans le domaine.

Les astronautesDouglas G. Hurley (à g.) et Robert L. Behnken (à dr.), vêtus de leurs combinaisons spatiales créées par SpaceX, au Centre spatial Kennedy (Floride, Etats-Unis), le 23 mai 2020. (BILL INGALLS / NASA / AFP)

L’objectif ? Effectuer le premier test grandeur nature du vaisseau de SpaceX avec un équipage avantde lancer des vols réguliers vers l’orbite terrestre basse. Tous les capteurs de la fusée serontminutieusement observés depuis lesol pour ne rien laisser au hasard.

Pour ce qui est du plan de vol, les astronautes Hurley et Behnken s’amarreront automatiquement à la Station spatiale internationale (ISS) environ dix-neuf heures après le décollagedepuis l’ancien pas de tir des missions lunaires. Ils y épauleront les trois membres de l’équipage russo-américaindansleurs expériences scientifiques –la mission première de l’ISS–, avant de repartir vers la Terre dans leur capsule Crew Dragon, qui amerrira dans l’océan Atlantiqueavant la fin de l’été. Et si tous les voyants sont au vert, après cette mission test, une autre mission, la première dite « de routine », sera lancée avant la fin de l’année vers la station.

Cet appel ausecteur privé n’est pas une première pour l’agence spatiale des Etats-Unis : jusqu’à son arrêt en 2011, la navette spatiale américaine faisait, par exemple, intervenir de grands noms du secteur aérospatial tels que Lockheed Martin ou Boeing. Et au total, la Nasa est aujourd’hui épaulée dans toutes ses activités par au moins 130 prestataires.

Maiscette mission marque une nouvelle étape.Pour la première fois,la Nasa lance une capsule habitée conçue et opérée pour elle par une société privée. Le but :économiserde l’argent public en déléguant aux entreprises l’accès à l’orbite terrestre pour se concentrer sur l’exploration spatiale, avec la Lune et Mars en ligne de mire.

Tout comme le géant de l’aéronautiqueBoeing, SpaceX avaitsigné en 2014 uncontrat de développement d’une capsule habitée souhaitée par l’agence américaine au sein duCrew Commercial Program(Programmecommercial d’équipage), lancé en 2010 à la veille de la retraite de lanavette spatiale américaine. Le cahier des charges ?Au moins quatre places à bord, une sécuritétotale pourl’équipage, de l’espace attribué au fret, ou encore la possibilité de garder la capsule arrimée durant 210 jours à la Station spatiale internationale. Mais pour les détails techniques,la Nasa n’intervient pas. Space X a le champ libre.

Elon Musk (en noir), patron de SpaceX, en conférence de presse avec Jim Bridenstine (à g.), administrateur de la Nasa, et les astronautes Douglas Hurley et Robert Behnken, le 10 octobre 2019 dans les locaux de SpaceX, à Hawthorne (Californie, Etats-Unis).
Elon Musk (en noir), patron de SpaceX, en conférence de presse avec Jim Bridenstine (à g.), administrateur de la Nasa, et les astronautes Douglas Hurley et Robert Behnken, le 10 octobre 2019 dans les locaux de SpaceX, à Hawthorne (Californie, Etats-Unis). (PHILIP PACHECO / AFP)

La société a alors mis les bouchées doubles pour développersa capsule… mais pas à partir de rien.Car la Crew Dragon d’Elon Musk s’inspire en grande partie de son vaisseau cargo Dragon, lui aussi exploité par la Nasa depuis 2012 pour ravitailler la station. Après un échec partiel, le CST-100 Starliner de Boeing, lui, devrait connaître son premier vol avec équipage en 2021, laissant à SpaceX la pole position.

D’autant que la concurrence est rude dans le domaine des vols commerciaux : d’autres milliardaires, comme l’Américain Jeff Bezos (le patron d’Amazon) ou le Britannique Richard Branson, veulent faire de l’espace un business, non seulement vis-à-vis des agences spatiales, mais aussi du grand public. Richard Branson, le patron de Virgin Galactic,souhaite par exempleenvoyer ses clients quelques minutes dans l’espace pour pas moins de 250 000 dollars.

Si la mission de ce mercredi 27 mai se déroule sans encombre, lepari d’Elon Musk, patron de Tesla et fondateur de PayPal, aura donc été une réussite. Unsuccèsamplifié par une communication d’entreprise aux accents de science-fiction, à l’image de cette voiture Tesla envoyée dans l’espace en 2018 avec un mannequin à bord, ou de cesétages de fuséesqui atterrissent, moteurs allumés, pour être réutilisés.

« Elon Musk est moderne,il a permis d’attirer des jeunes qui voulaient un peu de peps. Quand il va sur le pas de tir avec une Tesla, eh bien tant mieux, ça peut les faire vibrer », se félicite Michel Tognini, ancien astronaute français. « Le coup de ‘com’ est un plus, mais l’important c’est de partir d’un point A à un point B en toute sécurité, souligne l’ancien chef du Centre des astronautes européens. Et, avec mon regard d’astronaute opérationnel et de technicien, je constate que c’est un moyen de transport très fiable. »

Ledécollage de SpaceX est aussi un enjeu d’indépendance et de prestige national pour les Américains, contraints depuis neuf ans de volerà bord de vaisseaux russes, les seuls, avec les Chinois, à disposer de tels moyens de transport. Pour la Nasa, la capsule Crew Dragon est aussi un bon moyen de faire des économies. Car pour continuer à envoyer des astronautes en orbite, les États-Unis comptaient jusqu’ici sur les vaisseaux Soyouz russes, lancés depuis le cosmodrome historique de Baïkonour dans l’actuel Kazakhstan. Une collaboration coûteuse : le prix d’un siège de Soyouz coûtaitcette année86 millions de dollars au contribuable américain.

La capsule Crew Dragon et la fusée Falcon 9 de SpaceX en position horizontale, le 21 mai 2020, au Centre spatial Kennedy (Floride, Etats-Unis).
La capsule Crew Dragon et la fusée Falcon 9 de SpaceX en position horizontale, le 21 mai 2020, au Centre spatial Kennedy (Floride, Etats-Unis). (SPACEX / AFP)

En comparaison, une place à bord de Crew Dragon est estimée à 55 millions de dollars. Un gain considérable, quand la navette spatiale américaine, elle,revenait à450 millions de dollars par mission.

De quoi permettre à la Nasa de se concentrer sur le retour des astronautes sur le sol lunaire,foulé pour la dernière foisen1972. Car avec le programme Artemis, le président Donald Trump souhaite le retour des Américains sur la Lune en 2024. Alors l’agence poursuit le développement de son nouveau vaisseau, Orion, et de son lanceur, le plus puissant jamais construit, baptisé Space Launch System (SLS). Toujours en collaboration avec des entreprises comme Boeing.

« Mais la coopérationcontinue », tient à souligner l’ancien astronaute français Jean-François Clervoy. « Des Russes volerontà bord des vaisseaux américains, et des Américainscontinueront à prendre les Soyouz russes pour qu’il y ait toujours un équipage international en orbite. »Et le vaisseau de SpaceX arrimé à la station servirade canot de sauvetage pour tous, une tâche jusqu’ici dévolue aux seuls Soyouz.

Russeset Américains font enfinpartie du consortium international quidevrait lancer, durant cette décennie, la première station en orbite lunaire, le Lunar Orbital Platform-Gateway.Les Etats-Unisont donc de nouveau un accès indépendant à l’espace, mais la coopération ne s’arrête pas, loin de là.

Le but, c’est qu’on puisse, dans dix ans ou même avant, faire coopérer les agences spatiales et qu’on puisse aller ensemble sur la Lune pour y planter un drapeau Terre.Michel Togninià franceinfo

Côté européen, cette mission a une conséquence : Thomas Pesquet, qui avait rejoint la station orbitale grâce aux Russes, empruntera un vaisseau américain à la fin de l’année 2021. Le résultatd’accordssignés en 1998 et qui imposent aux Américains de veiller au transport des Européens vers la Station spatiale internationale. Mais entre Boeing et SpaceX, le choix de la capsule n’a pas encore été finalisé.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
Inscrivez-vous à notre newsletter

Sign In QUÉBEC 89

Account details will be confirmed via email.

Reset Your Password