pourquoi les autorités de santé parlent désormais de « plateau »

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pourquoi les autorités de santé parlent désormais de "plateau" et non plus de "pic" épidémique

Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a évoqué ces derniers jours cette notion. Si la formation d’un plateau est théoriquement peu probable, les données empiriques donnent cet effet aux courbes de l’épidémie.

« Un très haut plateau épidémique semble se dessiner. Nous devons absolument continuer à rester vigilants », a mis en garde Jérôme Salomon, samedi 11 avril, lors de son point quotidien sur l’évolution de l’épidémie de coronavirus en France. La pression reste forte sur les hôpitaux, qui ont recensé samedi 2 000 nouvelles admissions liées au Covid-19 en 24 heures, a rappelé le directeur général de la santé.

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Ces derniers jours, quelques indicateurs ont toutefois traduit des signes encourageants. Jeudi, la France a enregistré un recul du solde des personnes admises en réanimation, une première depuis le début de la pandémie. Une tendance qui semble se confirmer. Samedi, les services hospitaliers comptaient 121 patients de moins en réanimation par rapport à la veille. Face à cette légère amélioration, les autorités sanitaires et plusieurs experts ont troqué la notion de « pic épidémique » pour celle de « plateau ». Pourquoi utiliser ce terme ? Elements de réponse.

Le pic existe mais les données sont imparfaites

Depuis quelques jours, les courbes d’évolution de l’épidémie en France permettent d’observer un plateau qui se dessine. Pourtant, cette hypothèse est en théorie peu vraisemblable. Lorsque les chercheurs scrutent l’incidence, c’est-à-dire la courbe du nombre de nouveaux cas, d’hospitalisations ou de décès enregistrés chaque jour, il est rare de voir apparaître un plateau. Pour cela, il faudrait que le nombre moyen de personnes infectées par un malade, autrement dit la contagiosité, appelée R0, reste très proche de 1 pendant plusieurs jours.

« Cela signifierait qu’une personne en contamine exactement une seule autre », explique Samuel Alizon, spécialiste de l’évolution des maladies infectieuses au CNRS, à franceinfo. Une configuration « peu probable », dans le cas de l’épidémie de Covid-19, selon le chercheur. Il n’existe à l’heure actuelle pas de données précises sur la contagiosité du nouveau coronavirus, mais elle est estimée aux alentours de 2,5. Autrement dit, un malade contaminerait en moyenne 2,5 autres personnes.

Dans la réalité, il peut y avoir des imprécisions ou des retards dans les comptages réalisés sur le terrain. C’est ce que Samuel Alizon appelle le « bruit statistique ». Celui-ci « peut provenir des délais à faire remonter les données ou de l’agglomération des données locales », détaille, dans un rapport daté du 7 avril, le groupe de modélisation dont fait partie Samuel Alizon. Les chiffres fournis en début de semaine ont ainsi tendance à être plus élevés que les jours précédents car ils intègrent le rattrapage des déclarations du week-end, explique Checknews. Ces variations statistiques expliquent en partie l’impossibilité de dessiner une parfaite courbe en cloche, avec un pic clairement identifiable.

Le confinement a permis d’aplatir le pic

L’autre explication dans l’apparition d’un plateau réside dans l’application des mesures de confinement. « Un peu partout en Europe, on voit qu’on a tout fait pour raboter ce pic épidémique donc [il] est un peu en plateau. Ce n’est pas le pic très pointu où hier ça montait et demain ça descendra », expliquait la semaine passée sur France 2 l’épidémiologiste Antoine Flahault, professeur de santé publique à l’université de Genève (Suisse).

Les mesures de confinement qui visent à réduire les interactions sociales ont tendance à lisser la courbe de l’épidémie. Le virus continue de se répandre au sein des familles ou lors des quelques sorties autorisées, mais moins vite que dans une situation classique.

« Le confinement, associé aux deux autres mesures fondamentales que sont la distanciation sociale et les gestes barrières, semble avoir un effet sur la croissance de l’épidémie [en Espagne, en France et en Italie]« , analyse Arnaud Banos, chercheur au CNRS, spécialiste des modélisations, à l’AFP.

La décrue sera de toute façon lente et longue

Enfin, en avançant la formation d’un « plateau épidémique », Jérôme Salomon tord le cou à l’idée d’une sortie rapide de l’épidémie. Le terme de « pic » sous-entend une décroissance rapide pourtant peu probable. Cette lente décrue, qui peut donc prendre la forme d’un plateau, est particulièrement visible lorsqu’on observe l’incidence cumulée, c’est-à-dire le nombre total de cas, d’hospitalisations ou de décès recensés, depuis le début de l’épidémie.

« Si le nombre de nouvelles hospitalisations tombe à zéro, l’incidence cumulée stagnera », interprète Samuel Alizon. Les hôpitaux n’enregistront plus de nouveaux entrants, mais beaucoup de patients seront maintenus en réanimation pendant plusieurs semaines. De plus, même guéris, les patients restent en observation plusieurs jours, contribuant à lisser la courbe des hospitalisations.

Pour que cet effet de plateau signe réellement le recul de l’épidémie, il faut que la légère baisse se confirme sur plusieurs jours, sans que la courbe ne reparte à la hausse. Et même si la descente est longue à s’amorcer, l’apparition d’une nouvelle vague reste possible. « Les modélisations nous montrent qu’une fois que vous avez atteint le plateau et que vous relâchez la pression, vous avez un rebond de l’épidémie car vous libérez dans la nature des personnes jusqu’ici protégées, et qui vont se retrouver en contact avec le virus », prévient Arnaud Banos à l’AFP. Pour l’heure, en l’absence de vaccin, il faudra s’assurer que la population a développé une immunité de groupe, seul moyen pour que l’épidémie disparaisse complètement.

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Maria Rodriguez
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