pourquoi les footballeurs foncent-ils vers l’e-sport ?

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pourquoi les footballeurs foncent-ils vers l'e-sport ?

On les voit toujours autant sur les terrains, mais aussi de plus en plus derrière l’écran. Les footballeurs, confinement aidant mais pas seulement, s’intéressent toujours davantage au monde du jeu vidéo. Leur esprit aiguisé de compétition fait le reste. Ils sont ainsi chaque mois plus nombreux à se tourner vers l’esport, emboîtant ainsi le pas aux clubs : soit en investissant dans une structure existante, soit en la créant eux-mêmes à partir de rien.

En 2018, Christian Fuchs (Leicester), le joueur de Leicester, avait ouvert la voie, devenant le premier joueur de Premier League àcréer sa propre structure compétitive. « Je voyais mon fils jouer à des jeux en ligne et je me suis dit ‘Ok, ça c’est intéressant’, car il découvre les noms des joueurs, il en connait énormément désormais. Çam’a fait réaliser que c’est important, et que des gens gagnent de l’argent avec ça. », disait-il à l’époque.

Les frères Griezmann très impliqués

Le phénomène s’est accentué à grandes enjambées. Gerard Piqué et Zlatan Ibrahimovic s’étaient notamment jetés à l’eau. En 2020, l’anomalie est devenue fréquente : en janvier, Antoine Griezmann, accompagné de son frère Théo, a lancé sa propre structure « Grizi Esport », qui vient de remporter avec « Mino » l’Orange E-Ligue 1, tournoi virtuel sur FIFA entre les différentes équipes du championnat. « Tous les joueurs que l’on va recruter vont passer à un statut professionnel. On a de l’ambition sur la scène européenne voire même mondiale. On a vraiment envie que l’équipe se forge un nom, outre le fait que ce soit l’équipe d’Antoine Griezmann. Antoine a beaucoup d’expérience au niveau de la gestion des joueurs, je pense que ca va aider pour manager les joueurs. », expliquait Théo sur le plateau de BeIn Sports au moment du lancement. En février, Gareth Bale leur a emboîté le pas en créant Ellevens, alors que David Beckham,avec le nébuleux Guild E Sports, ou Thibaut Courtois avec Dux Gaming, ont eux investi dans des marques déjà existantes.

Investissement financier et image de marque

Pourquoi un tel attrait pour ce secteur ?« C’est une façon pour eux de se rapprocher de tous leurs fans. Si l’objectif c’est de créer une structure, c’est aussi une possibilité de faire rayonner leur image de marque notamment sur les marchés asiatiques, voire potentiellement de partager ou diffuser les bonnes pratiques, mettre à disposition auprès de l’écosystème du jeu vidéo toute la rigueur et l’ascétisme dont ils ont bénéficié tant qu’ils sont sportifs de haut niveau », estimeNicolas Besombes, maître de conférences en STAPS à l’université de Paris et vice-président de l’association France Esports.Le marché de l’esport, quoiqu’en pleine croissance, pèse aujourd’hui « environ un milliard de dollars. » Un poids plume face au monde du sport, estimé « dans une fourchette large entre 500 et 700 milliards de dollars »,continue le chercheur.

Pour certains, l’esport est une ouverture sur l’avenir à petit budget, dopé par une appétence naturelle pour le sujet, car beaucoup d’entreeux sont issus de cette génération numérique. « C’est un ticket peu onéreux pour rentrer dans l’esport avec des possibilités de retour sur investissement qui ne sont pas très bien identifiées mais qui, pour ces sportifs, peuvent valoir le coup », continue le chercheur. « Ils ne s’investissent pas forcément pour faire plus d’argent, c’est plutôt un projet, un loisir, une version moderne d’un footballeur qui investit dans un club amateur d’une certaine manière », analyse de son côté Jonathan Ervine, maître de conférences et chercheur à l’université de Bangor (Pays de Galles) et auteur de plusieurs articles sur les rapports entre football et jeux vidéos.

7,3 millions de consommateurs en 2019

Passant de 5,06 en 2018 à 7,3 millions de consommateurs en France en 2019 (personnes ayant suivi au moins une compétition), selon un rapport de l’association France Esporten lien avec Médiamétrie, l’esport intéresse de plus en plus de sphères à l’origine hermétiques à un milieu « qui n’est pas compliqué mais complexe », comme le précise Nicolas Besombes. Parmi les 2,9 millions de pratiquants de « l’esport loisir »(avec classement mais sans compétition), 5,9 % ont plus de 15 ans, un chiffre qui monte à 21,7 % pour la pratique du jeu vidéo grand public (sans classement et sans compétition). Le secteur reste néanmoins très souvent masculin, avec 90 % d’hommes parmi les esportifs amateurs (avec classement et compétition).

Un glissement progressif qui tend à faire changer certaines idées arrêtées sur l’esport. L’investissement massif de joueurs de football est à ce titre un avantage mutuel. « Ces sportifs sont les meilleurs ambassadeurs du jeu vidéo et de l’esport. Lorsqu’un footballeur ou sportif de haut niveau montre que le jeu vidéo n’est pas si mauvais que ça, que çapeut être bénéfique et créer du lien social, çachange la donne car c’est quelqu’un qui est extérieur à ce milieu-là. Ça déconstruit cette idée que le jeu vidéo soit opposé au sport. Les deux peuvent cohabiter et ils en sont la preuve », souligne Nicolas Besombes.

Un secteur attirant mais fragile

Alors, l’esport nouvel eldorado de l’investissement des athlètes ? La croissance forte du secteur crée cependant une certaine fragilité du marché. Encore très dépendant des sponsors et de l’investissement privé, l’esport est un secteur difficile à cerner. « Le modèle économique de l’esport au niveau pro est très peu diversifié, c’est principalement du sponsoring privé. Çale rend très précaire.”, prévient Nicolas Besombes, suivi par Jonathan Ervine. « C’est un marché en expansion, mais c’est un marché imprévisible car il évolue. Un investissement dans l’esport peut avoir un impact positif sur l’image du footballeur, mais ce n’est pas quelque chose qui va rapporter dans le court ou moyen terme. »

Au sein même de leur structure, les footballeurs, de par leur méconnaissance du secteur, doivent redoubler de vigilance pour ne pas voir leur projet s’effondrer rapidement, tant il est difficile de se faire une place durable sur la scène esport auprès des mastodontes pluridisciplinaires que sontG2, Team Liquid, Cloud9, Fnatic ou encore le Français Vitality. « Le risque, c’est surtout d’être mal accompagné. L’esport est un secteur qui a ses propres spécificités. Si on essaie de reproduire les mêmes choses que dans le sport sans les adapter, on peut être déçu »,met en garde Nicolas Besombes. « Le modèle qui a le mieux marché à mon sens est celui d’Astralis, qui est allé récupérer tout le staff de l’équipe de handball danoiseet tous leurs psychologues autour. »

A l’inverse, l’arrivée d’un sportif renommé peut fragiliser la structure dans un futur proche si aucun suivi n’est réalisé derrière. « Le risque, quand un investisseur du monde du sport arrive, c’est qu’il utilise l’esport comme un outil communicationnel ou marketing. Il capitalise sur le buzz en investissant dedans mais en ne créant pas un environnement pérenne et durable pour les staffs et les joueurs », anticipe le chercheur.

Loin d’être les seuls athlètes à s’investir dans un secteur toujours plus florissant en France (l’anciennageur Yannick Agnel est très investi chez MCES, Tony Parker s’est allié à LDLC), les footballeurs ont un avantage sur tous les autres sportifs : bien culturel le plus vendu en France, le jeu FIFA est parmi les jeux qui comptent dans l’esport, même s’il est encore bien loin de League of Legends, Counter-Strike, Fortnite ou Dota 2. Son exposition, mondiale mais surtout régionalisée à l’Europe,est une porte d’entrée inestimable pour eux, avant de possiblement se diversifier.« Le rapprochements entre sport et esport qui fonctionne bien, c’est lorsque le monde du sport considère l’esport a sa juste valeur, en développant une stratégie globale autour de l’esport en le prenant comme un vecteur d’éducation, de valeurs, pour faire la promotion de la santé et favoriser les bonnes pratiques », conclut Nicolas Besombes.

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Source : France Info

Maria Rodriguez
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