Pourquoi ne peut-on pas connaître le nombre de décès à domicile liés au covid-19 ?

Share on email
Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Coronavirus: les reports de paiement atteignent déjà un milliard d'euros

Question posée par Michel L. le 08/04/2020

Bonjour,

Depuis le début de la crise sanitaire, chaque soir ou presque vers 19 h 15, le directeur général de la santé (DGS), Jérôme Salomon, rend public le nombre de décès liés au Covid-19 au sein des établissements hospitaliers, et depuis le 3 avril, le nombre de morts «rattachés» à cette maladie au sein des Ehpad (et autres institutions du même type). Samedi soir, lors de son dernier point de situation, le DGS a ainsi fait état de 8 943 morts en milieu hospitalier depuis le 1er mars, et de 4 889 morts dans les Ehpad. Mais rien sur les décès à domicile ou sur la voie publique. 

Pour la première fois vendredi, l’Insee a pourtant donné des premiers éléments sur cet angle mort.

Première information : le nombre de morts à domicile est loin d’être négligeable sur un plan statistique : sur la période allant du 1er au 30 mars 2020, les décès à domicile (environ 13 000) représentaient 23 % de l’ensemble des décès en France, contre 53 % pour ceux intervenus à l’hôpital (30 000), 13 % dans un établissement pour personnes âgées (7 000), et 11 % dans un lieu indéterminé (6 000).

Deuxième enseignement de l’Insee, ces décès à domicile sont en augmentation de 9,8 % en mars 2020 par rapport à la même période en 2019 (hors Bouches-du-Rhône), contre 10,8 % pour l’hôpital, 11,8 % pour les maisons de retraite, et 10,4 % en général (tous lieux confondus). Dans certaines régions partiuclièrement touchées par l’épidémie, comme l’Ile-de-France et le Grand Est, cette hausse des décès à domicile s’élève respectivement à 43,5 % et 31,8 %, et atteint même, dans le Haut-Rhin, 97 %. 

Attention, cependant : cette surmortalité constatée sur les décès à domicile est bien toutes causes confondues, l’Insee n’ayant pas connaissance des causes des morts. Donc si la hausse traduit potentiellement l’impact du virus en 2020 par rapport à 2019, cela ne signifie pas qu’il en soit l’unique raison.

Dans le détail, c’est l’Inserm qui livrera les causes réelles de cette surmortalité. En effet, lorsqu’un médecin rédige un certificat de décès, la «partie haute», non confidentielle, et qui ne renseigne pas la cause de la mort, est envoyé à l’état civil, puis à l’Insee. L’autre partie, cachetée, comprend les causes du décès, et est envoyée aux ARS (agences régionales de santé), qui font ensuite suivre à l’Inserm. C’est donc cet organisme qui disposera d’une photographie assez précise des décès liés au Covid, et notamment ceux intervenus à domicile.  

Car, encore une fois, si le nombre de ces morts supplémentaires d’une année sur l’autre, et notamment à domicile, sont sans doute liés au virus, d’autres pourraient n’avoir aucun rapport, ou n’y être qu’indirectement liés. «Certains décès pourraient apparaître dans la surmortalité, mais découler en réalité d’un effet collatéral du virus, explique ainsi Grégoire Rey, de l’Inserm. Il en est ainsi des personnes dont les pathologies n’ont pu être traitées à temps parce que les malades, au vu de la situation, n’auraient pas osé se rendre à l’hôpital». A l’inverse, mais dans une moindre mesure, cette surmortalité est peut-être sous-estimée, en raison, par exemple, de la baisse éventuelle des décès routiers, consécutive au confinement, indique l’Insee.

Reste que ces précisions sur les causes réelles des décès, et particulièrement ceux à domicile, ne seront pas connues avant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, indique Grégoire Rey.

Ecoutez le podcast hebdo des coulisses de CheckNews. Cette semaine : Guerre des masques : l’Etat se sert-il dans les commandes des régions ?


Luc Peillon

Source du post: Liberation.fr

Pascal Guy
Pascal Guy
Inscrivez-vous à notre newsletter

Sign In QUÉBEC 89

Account details will be confirmed via email.

Reset Your Password