Des surcoûts de 10 à 20% liés aux mesures de protection sanitaire sur les chantiers

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immersion dans un hôpital parisien à l'heure du Covid-19

Le moral n’est pas très bon car un artisan qui ne travaille pas, c’est catastrophique pour lui.

La sanction est immédiate. Concernant les chantiers en cours, quelques particuliers annulent leurs projets de rénovation car ils ne veulent pas recevoir de personnes chez eux, et des industriels et commerçants repoussent leurs investissements car ils sont dans l’inconnu quant à l’avenir.

Les chantiers sont-ils à l’arrêt ?

Au total, 85 à 90% des salariés de nos entreprises adhérentes sont au chômage partiel. On ne peut pas faire beaucoup de télétravail dans nos métiers !

La grande majorité des chantiers de construction sont à l’arrêt, mais ils reprennent petit à petit, notamment lorsqu’il s’agit de travaux un peu isolés.

C’est le cas par exemple d’un peintre qui travaille tout seul dans une pièce.

Comment expliquez-vous votre désaccord avec le gouvernement au début du confinement ?

Nous avons refusé de reprendre les chantiers en cours tant que l’on ne connaissait pas dans quelles conditions de sécurité sanitaire nous allions pouvoir travailler.

D’où notre échange avec Muriel Pénicaud [la ministre du Travail a notamment déclaré que le BTP faisait preuve de « défaitisme » en raison de l’arrêt des chantiers, ndlr]… Ses propos nous accusant de manquer de courage étaient totalement décalés, elle l’a reconnue.

J’ai reçu un flot de messages d’entrepreneurs meurtris, qui avaient peur que l’État ne prenne pas en compte le chômage partiel de leurs salariés. Sans cela, une entreprise du BTP met la clé sous la porte en trois semaines ou un mois.

Le travail de notre Fédération a été d’imposer que notre secteur avait droit à un choix : reprendre si les conditions sanitaires sont remplies ou, si ce n’est pas le cas, bénéficier du chômage partiel.

Les conditions de protection des salariés sont-elles réunies aujourd’hui ?

Oui, elles le sont grâce à l’élaboration d’un guide de bonnes pratiques destiné au BTP, que nous réclamions au gouvernement depuis le premier jour du confinement.

Il permet d’avoir une base. Sur chaque chantier, un référent Covid-19 est chargé de faire appliquer les mesures de sécurité et de former les salariés à ces gestes de protection.

C’est indispensable. Les surcoûts liés à ces précautions sanitaires sont très importants, de l’ordre de 10 à 20% : en raison des équipements de protection nécessaires, au niveau des installations car il faut par exemple doubler les bungalows de chantier pour permettre la distanciation sociale lors des déjeuners, en termes de déplacement avec pas plus de deux personnes par véhicule… Avec des gants, vous mettez plus de temps pour effectuer une tâche.

Cela induit donc des pertes de productivité fortes. Même sur des chantiers qui redémarrent ou à redémarrer, nous savons que nous allons perdre de l’argent.

Demain, dans nos prochains devis, nous allons devoir répercuter cette perte de productivité. Ces surcoûts doivent être partagés entre les maîtres d’ouvrage et l’État.

Il pourrait prendre en charge un certain nombre de charges et taxes que le BTP doit payer. Une période d’accompagnement est vitale si l’on veut conserver un tissu d’entreprises dans notre secteur.

Sinon, ce n’est plus de l’inquiétude qui va s’installer chez nos entrepreneurs mais du désespoir.

En répercutant ces surcoûts, le risque n’est-il pas d’augmenter le coût des logements ?

Oui, mais le coût du logement ne peut de toute manière pas augmenter de 10% car les gens ne pourront plus le financer. Le problème se trouve au niveau du foncier dont les prix sont beaucoup trop chers.

La part du coût de la construction dans le coût global du logement baisse d’années en années, tandis que la part du coût des terrains et des taxes grimpe… Il y a quelque chose à faire à ce niveau-là.

Espérez-vous un redémarrage rapide de l’activité du BTP ces prochains jours ?

Certains chantiers peuvent donc reprendre mais il faut aussi que les industriels fabriquent à nouveau de l’acier, que les distributeurs soient approvisionnés en matériaux pour fournir les artisans…

La machine ne redémarre pas comme ça. Il va falloir des semaines pour retrouver un rythme normal, l’activité va être perturbée. Mais elle ne va pas disparaître, les besoins sont toujours là.

Il manque un million de logements et 30 millions de logements en France ont besoin d’être rénovés dans le cadre des économies d’énergie. Ces facteurs de fond ne vont pas changer mais il nous faut les moyens de passer ce cap-là pour recommencer à répondre aux besoins du pays.

L’ordonnance du 25 mars, qui prolonge et suspend certains délais administratifs, ne va-t-elle pas compliquer les choses pour le BTP ?

Une nouvelle ordonnance datant du 15 avril 2020, et publiée le 16 avril au Journal officiel, revient sur le gel des délais administratifs dans le domaine de la construction notamment.

Les délais ne repartent à zéro. Par exemple, au 12 mars, s’il vous restait 15 jours pour obtenir votre permis de construire, au 24 juin, vous retrouverez ce délai de 15 jours. Par ailleurs, les délais de pénalités en cas de retard sur un chantier sont gelés par l’ordonnance.

Savez-vous combien d’entreprises pourraient fermer à cause de la crise sanitaire ou combien d’emplois sont menacés ?

Je suis incapable de le dire, mais en raison des surcoûts immédiats pour elles, une hécatombe peut se produire dans les six mois à un an quand les bilans sortiront. Le secteur du BTP représente environ 2 millions d’emplois, et entre 8 et 10% du PIB en France, ce n’est pas rien !

Le décalage de charges, c’est bien, mais il faudra les rembourser dans quelques mois. Nous demandons leur abandon. Une des pistes sera de travailler plus quand on redémarrera.

Beaucoup de nos salariés sont d’accord, pour ainsi récupérer le pouvoir d’achat qu’ils auront perdu pendant cette période. J’espère qu’ils en auront la possibilité, soit par un accord d’entreprise, soit par la loi.

Ce sera peut-être moins difficile de se relever pour un grand groupe du BTP ?

Oui, les grands groupes ont l’avantage d’être diversifiés par rapport à un artisan. Ils travaillent dans la construction mais ont aussi des concessions, de grands ouvrages à l’étranger…

Vous allez quitter vos fonctions de président de la FFB au bout de six années d’exercice. Quels mots avez-vous pour votre successeur, Olivier Salleron, qui reprend votre suite à la mi-juin dans ce contexte particulier ?

Mon successeur est prêt ! Je ne suis pas inquiet pour la Fédération. Il est présent dans toutes les réunions que nous avons avec les ministères, les élus, les professionnels, grâce à la visioconférence et au téléphone.

Nous recevons plus de 10 000 demandes par semaine de nos adhérents, à qui nous répondons. Ils ont besoin d’aide, de conseils, par exemple pour déclarer un chômage partiel.

Source de ce contenu : site web

Marino Stozza
Marino Stozza
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