Récits d’étudiants confinés : "Miss Corona", par Reine Mizelet

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Le corona bat Arnaud Montebourg à son propre jeu
Journaliste, photographe, mais aussi professeur de culture générale en BTS, j’ai proposé aux étudiants de raconter leur confinement. Inspirés, ils se dévoilent avec gravité, humour, angoisse, imagination, poésie… Cet espace est le leur le temps du confinement. Flore d’ArfeuilleAu départ,
c’était drôle. Sans cynisme, et je le jure sans manquer de respect à tous ces gens
qui ont perdu un être cher. L’épidémie nous faisait rire. Tant qu’elle n’avait
pas franchi le seuil de nos frontières, on s’en moquait. On l’appelait Miss
Corona. Je ne compte pas le nombre de mèmes que nous nous sommes partagés entre
amis.

Comment
m’imaginer cloitrée dans ma chambre durant plus d’une année ? Ils disaient
que la situation était sous contrôle. Mais les semaines sont devenues des mois.
Les supermarchés se sont vidés jusqu’à ce que le gouvernement fournisse ce dont
chaque famille avait besoin. Les écoles, les universités, les bars, les boites
de nuit, les hôtels… Tout a fermé. Tout. La population du pays a chuté et l’armée envahi les rues. Ce fut moins
drôle.

Le monde
entier est confiné et moi, je ne peux sortir Vincent de ma tête. Ce garçon que
j’aime depuis le lycée. Je lui étais indifférent. C’est ce que je pensais
jusqu’à ce qu’il m’ajoute comme amie sur Facebook . Je ne savais même pas qu’il
connaissait mon nom. Il aura fallu un confinement pour que nos destins se
croisent. Nous nous parlions désormais
tous les jours, nous découvrant tant de points communs.

Vincent m’a
avoué m’aimer lui aussi depuis le lycée. J’en ai pleuré tant les circonstances
de cette déclaration semblaient injustes.
Nous sommes devenus un couple. Ma famille n’en pouvait plus : Je passais
mes journées les yeux rivés sur l’écran. Je pensais Vincent, voyais Vincent,
respirais Vincent. La pandémie était devenue transparente, je ne m’y
intéressais même plus.

Cette
distance imposée par le virus ne pouvait plus durer. Jusqu’à ce que Vincent me
convainc que nous devions nous voir. Nous avons choisi d’ignorer toute consigne
de prévention de la pandémie. Il est venu chez moi, évitant les patrouilles de
surveillance. J’ignore comment il a réussi mais je l’ai vu. Il m’a prise dans
ses bras, il m’a embrassée.

Vincent
est mort peu de temps après notre nuit d’amour. Il a contracté le virus par ma
faute. Son frère m’a envoyé la lettre qu’il m’a écrite avant son départ : «C’est fou ce qu’un homme ferait pour
revoir la femme qui l’aime. Ne t’arrête pas de vivre.»
Une semaine
après son départ, le Président a annoncé la fin définitive du confinement. Le
peuple est en fête, Paris est une fête, nous avons gagné la guerre. Je n’y
prête pas attention, mon cœur est ailleurs, loin. Je reste prisonnière du
souvenir d’un homme que je ne peux plus toucher.

Source du post: liberation.fr

Marino Stozza
Marino Stozza
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