Reconfinement en Allemagne : comment l'abattoir Tönnies a "pris en otage toute une région"

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Mardi 23 juin 2020, les autorités du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie ont annoncé le confinement de deux arrondissements (subdivision du Land, équivalent du canton) de cette région, qui est la plus industrialisée et la plus peuplée d’Allemagne. C’est la première fois que cette mesure est appliquée depuis l’assouplissement des mesures de restriction des déplacements, décidé à la fin du mois d’avril en raison du recul de l’épidémie de coronavirus. Elle est en effet prévue dès qu’un arrondissement enregistre plus de 50 nouveaux cas infectieux pour 100.000 habitants sur une période de 7 jours.

Confinement et quarantaine

Les arrondissements de Gütersloh et de Warendorf comptent respectivement 370.000 et 280.000 habitants. Tous sont désormais confinés pour une semaine, ce qui implique une restriction des contacts extérieurs au foyer et la fermeture d’un certain nombre de commerces (les cafés, les cinémas et les musées, mais ni les magasins ni les restaurants). Ces mesures répondent à la nécessité d’endiguer la flambée épidémique qui a récemment été constatée au sein de l’entreprise Tönnies, leader allemand de l’industrie de la viande, dont le siège se situe à Rheda-Wiedenbrück. Tönnies y possède en effet le plus grand abattoir européen, qui, selon le Spiegel, emploie plus de 6.000 personnes, et représente « la quintessence de l’entreprise de production de viande entièrement industrialisée grâce à une optimisation des processus« . Ce site peut préparer jusqu’à 3,5 millions de kilos de poids vif chaque jour, ce qui correspond à une capacité d’abattage de 30.000 porcs par jour ; le volume réel atteint dernièrement, de l’ordre de 20.000 animaux par jour, représente environ 1/8e du marché global du pays.

Alors que de nombreux foyers sont apparus au cours du mois de mai au sein de plusieurs abattoirs allemands, le gouvernement du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie a ordonné que soient régulièrement testés l’ensemble des employés de la filière viande, soit environ 20.000 personnes.

Le site stratégique de Rheda-Wiedenbrück a été mis à l’arrêt le 17 juin car, à cette date, deux tiers des 1.050 salariés testés étaient positifs au coronavirus SARS-CoV-2. En guise de comparaison, l’Institut Robert Koch (RKI) recensait la veille 345 nouvelles infections pour tout le pays.

Tous les ouvriers infectés, de même que leurs familles et l’ensemble des employés de l’entreprise, soit environ 7.000 personnes, ont aussitôt été placés en quarantaine, avec interdiction de quitter leur domicile pendant 14 jours. Comme ces familles comptent un grand nombre d’enfants, le sous-préfet du Land, Sven-Georg Adenauer (CDU), a pris la décision supplémentaire de fermer toutes les écoles et les jardins d’enfants de l’arrondissement de Gütersloh jusqu’au 29 juin, date à laquelle débutent les vacances scolaires. Le but primordial pour les représentants du Land est en effet d’empêcher la propagation du virus au sein de la population, alors que les résultats définitifs des tests réalisés au sein du siège de Tönnies sont désormais connus. L’entreprise les communique sur la page d’accueil de son site internet : « Jusqu’à présent, 6.650 échantillons ont été prélevés. 1.553 employés ont été testés positifs à la présence du coronavirus. Le résultat est négatif pour les 5.097 autres cas ».  

L’atelier de découpe désigné comme foyer infectieux

Les tests indiquent également que ce sont très majoritairement les ouvriers de l’atelier de découpe qui sont touchés, puisqu’ils représentent les deux tiers de ces infections. Pour les syndicats, qui dénoncent depuis des années les conditions de travail dans la filière viande, ce constat n’est pas une surprise. Armin Wiese, représentant régional du Syndicat de l’alimentation et de la restauration (NGG), confie ainsi à la Süddeutsche Zeitung : « Cela fait des années que nous avertissons que ces postes sont dangereux« , en particulier parce qu’il est impossible d’y garantir la distance minimale d’un mètre et demi.

Wiese ajoute que même si les employés sont obligés de porter un masque complet qui recouvre la tête et le cou, cette mesure vise surtout à protéger la viande d’éventuels postillons, tandis que le virus peut, lui, passer à travers les porosités de ce dispositif. Pour Gereon Schulze Althoff, responsable qualité, hygiène et sécurité et directeur du cabinet de crise de l’entreprise Tönnies (mis en place dès la fin du mois de mars pour répondre à la situation exceptionnelle engendrée par l’épidémie de coronavirus), l’obligation du port du masque facial a dernièrement été ajoutée aux mesures préventives. Il admet également que les basses températures requises dans l’entrepôt peuvent conduire à la formation accrue d’aérosols qui facilitent la transmission du virus. Pour les syndicats, il s’agit cependant d’un problème structurel, car les exhalations des ouvriers en sueur représenteraient un problème infectieux dans les entreprises d’abattage à l’échelle mondiale.

La Frankfurter Allgemeine Zeitung fournit une explication supplémentaire : dans cet entrepôt frigorifique, où les employés détaillent en morceaux les demi-carcasses de porcs et où il fait particulièrement froid et humide, le travail est en outre « extrêmement fatigant physiquement, ce qui implique que les hommes y inspirent et expirent particulièrement profondément et que les nuages de leurs aérosols peuvent se propager sur une distance particulièrement grande« . Une grande distance entre ouvriers y serait donc d’autant plus nécessaire.

Les conditions d’hébergement favorisent également la propagation

Même si les conditions de travail représentent désormais la principale cause retenue pour expliquer la propagation du virus, d’autres motifs ont également été avancés. Les représentants de Tönnies ont tout d’abord prétendu que le virus avait été rapporté de leur pays d’origine par ces ouvriers, pour la plupart roumains, bulgares et polonais, de retour de congés. Thèse reprise par Armin Laschet, le ministre-président du Land, qui a cependant dû s’excuser, étant donné l’absence de preuve pour conforter cette allégation, mais surtout face à l’indignation générale suscitée par cette incrimination des victimes.

Sciences - Reconfinement en Allemagne : comment l'abattoir Tönnies a "pris en otage toute une région"

Armin Laschet, le ministre-président du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Crédit ROLF VENNENBERND / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP

L’hebdomadaire Die Zeit dénonce ainsi la démarche de l’entreprise, qui ne se contente pas d’exploiter ces ouvriers mais les rend en outre responsables de la flambée épidémique. Cette argumentation sert en réalité à faire diversion par rapport à ce que l’on sait depuis longtemps : les déplorables conditions d’hébergement des employés intérimaires étrangers de la filière viande. En l’occurrence, les autorités du Land ont dernièrement relevé 1.900 infractions dans les 650 appartements communs où étaient logées 5.300 personnes, relevant leur insalubrité et la surpopulation qui y règne. Ces révélations représentent un coup dur pour l’entreprise, qui bien qu’elle « se présente comme le Monsieur Propre de l’industrie de la viande » selon les termes de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, « n’a pu se résoudre à une complète transparence » puisqu’elle a cherché à dissimuler les adresses d’un tiers de ses employés.

Cette absence de coopération a en particulier déterminé les autorités du Land à prendre définitivement la situation en main, et à mettre un terme à ce que le Handelsblatt nomme des « mesures chirurgicales« . Les politiques promettent en outre, à plus longue échéance, de « cesser de fermer les yeux » sur les conditions de travail dans la filière.

La sécurité sanitaire prime sur les intérêts économiques 

Jusqu’au 23 juin, date à laquelle ont été connus les résultats des tests de l’ensemble du personnel du siège de Tönnies, le gouvernement du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie a en effet hésité et évité de prendre des mesures trop coercitives. Invoquant la stricte délimitation du foyer d’infection à ce groupe d’employés et l’absence de transmission vers le reste de la population, Armin Laschet a reculé le moment de prendre la décision de la fermeture générale. Le quotidien conservateur Die Welt relève l’ironie de la situation, puisque pendant la crise sanitaire le ministre président réclamait très activement un rapide retour à la normale, lorsque d’autres responsables politiques étaient encore sceptiques, la chancelière Angela Merkel la première. Sa gestion de la crise est à présent remise en question, en particulier par l’épidémiologiste et député SPD, Karl Lauterbach, qui reproche à Laschet son inconséquence. Il appelait quant à lui depuis plus d’une semaine à ce confinement local, dans la mesure où « la probabilité que le virus ne se propage pas de manière significative au reste de la population de l’arrondissement est minime« . Le plus important à présent est d’éviter à tout prix une dissémination du virus dans le pays à l’occasion des vacances qui s’annoncent.

Le ministre-président, qui envisage de se porter candidat à la chancellerie, et vise donc la succession d’Angela Merkel, a donc dû se plier à cette évidence sanitaire, et mettre de côté ses arguments anti-confinement : l’atteinte aux droits fondamentaux – dont l’article 11 garantit la liberté de circulation pour tous les Allemands, droit qui ne peut être restreint que par voie législative –, et surtout les dommages sociaux et économiques pour sa région.

Une mission de contrôle sans équivalent

Pour la Frankfurter Allgemeine Zeitung, Armin Laschet a en effet fait l’erreur de croire que le foyer Tönnies était purement local et donc maîtrisable. Or la structure imbriquée et l’ampleur de l’entreprise impliquent une situation différente par rapport aux irruptions qui se sont produites au mois de mai dans d’autres abattoirs (comme celui de Coesfeld par exemple), car les employés de Tönnies sont répartis dans de nombreux logements et immeubles, et ce, dans plusieurs villes et même plusieurs arrondissements du Land.

Pour le sous-préfet Adenauer, il s’agit d’une « situation d’exception absolue« , puisqu’il faut mettre en place la surveillance de la quarantaine, l’approvisionnement et le suivi des contacts de 7.000 personnes. L’armée et la police ont été appelées en renfort ; une centaine d’équipes mobiles vont parcourir le Land pour rendre visite aux familles des employés de Tönnies et effectuer les tests. Elles seront accompagnées d’interprètes, car leur première mission est également d’expliquer les conditions de la quarantaine à ces ouvriers affolés dont certains ne parlent pas l’allemand.

Lors d’une conférence de presse mardi 23 juin, Armin Laschet a donc motivé le confinement par la nécessité de « mettre au repos » pendant une semaine ces deux arrondissements afin de recenser les cas positifs au sein du reste de la population, qui peut bénéficier gratuitement de tests sur la base du volontariat. Les experts analyseront ensuite les chiffres afin de déterminer si le confinement devra se poursuivre. « Le but est de stabiliser la situation, d’amplifier les tests pour vérifier si le virus s’est déjà répandu au sein de la population extérieure aux salariés de Tönnies. Car pour le moment, personne n’est en mesure de le dire. Mais grâce à des tests intensifs, nous obtiendrons un meilleur aperçu de la situation actuelle et nous pourrons dans sept jours avoir des données chiffrées précises ».

L’explosion du taux de reproduction est-elle le signe précurseur d’une deuxième vague ?

Le foyer de Gütersloh annonce-t-il une deuxième vague ? C’est désormais la principale préoccupation de la presse et de la population allemandes, qui se reportent aux explications détaillées d’Angela Merkel et du RKI quant à la nécessité de maintenir le taux de reproduction R (qui correspond au nombre de personnes contaminées par une personne infectée) sous le chiffre 1, afin de juguler l’épidémie. Le samedi 20 juin, ce taux a grimpé à 1,79 ; même lissé sur 7 jours, à 1,55, il dépasse encore le seuil requis. L’incidence hebdomadaire (soit le taux de nouvelles infections pour 10.0000 habitants sur les sept derniers jours) est passée dans l’arrondissement concerné à 263,7 alors que le seuil d’alerte est fixé à 50. Comme le rapporte la Süddeutsche Zeitung, dimanche 22 juin, en raison des infections de l’entreprise Tönnies, le taux de reproduction du virus a finalement atteint 2,88 pour tout le territoire allemand ; en revanche 137 arrondissements, soit plus du tiers de l’ensemble des arrondissements allemands, ne signalent plus aucun cas. Trois clusters sont particulièrement importants : Gütersloh, mais aussi deux foyers à Göttingen et Berlin-Neukölln, dans des immeubles « où la pauvreté et les conditions de logement précaires ont fortement accéléré la propagation« .

Le président du RKI, Lothar Wieler, reste cependant optimiste : il ne pense pas que les nouveaux foyers soient le signe d’un échec des mesures d’assouplissement, car ce sont avant tout les conditions de logement et/ou de travail dans les abattoirs qui jouent le plus grand rôle dans ces nouveaux cas. En faisant en sorte de limiter le nombre de décès et de restreindre les éruptions au niveau local, il est à ses yeux tout à fait possible d’éviter une deuxième vague, même sans vaccin et sans médicament spécifique, car les mesures pour lutter contre la contamination sont désormais connues, rappelant qu’il faut avant tout éviter les rassemblements de masse en lieu clos.

Même s’il évoque la même nécessité de rester vigilant, Christian Drosten, virologue de l’Hôpital de la Charité de Berlin, en arrive cependant à une conclusion différente. Dans le dernier podcast qu’il vient d’enregistrer pour la station de radio NDR, il confie : « Je ne crois pas que dans un mois nous serons dans une situation aussi paisible qu’aujourd’hui du point de vue de l’activité épidémique. Je pense au contraire que d’ici deux mois nous aurons un problème si nous ne réactivons pas dès à présent tous les systèmes d’alarme« .

Ce confinement local in extremis sera-t-il suffisamment efficace ? Les mesures drastiques d’enfermement des ouvriers de l’entreprise Tönnies, assignés à résidence sous bonne garde, visent également à les empêcher de retourner dans leur pays d’origine. Un grand nombre d’hommes politiques en appellent désormais à la responsabilité civile de cette entreprise milliardaire, dont l’inaction a entraîné la « prise en otage de toute une région« .

Mardi 23 juin 2020, les autorités du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie ont annoncé le confinement de deux arrondissements (subdivision du Land, équivalent du canton) de cette région, qui est la plus industrialisée et la plus peuplée d’Allemagne. C’est la première fois que cette mesure est appliquée depuis l’assouplissement des mesures de restriction des déplacements, décidé à la fin du mois d’avril en raison du recul de l’épidémie de coronavirus. Elle est en effet prévue dès qu’un arrondissement enregistre plus de 50 nouveau cas infectieux pour 100.000 habitants sur une période de 7 jours.

Confinement et quarantaine

Les arrondissements de Gütersloh et de Warendorf comptent respectivement 370.000 et 280.000 habitants. Tous sont désormais confinés pour une semaine, ce qui implique une restriction des contacts extérieurs au foyer et la fermeture d’un certain nombre de commerces (les cafés, les cinémas et les musées, mais ni les magasins ni les restaurants). Ces mesures répondent à la nécessité d’endiguer la flambée épidémique qui a récemment été constatée au sein de l’entreprise Tönnies, leader allemand de l’industrie de la viande, dont le siège se situe à Rheda-Wiedenbrück. Tönnies y possède en effet le plus grand abattoir européen, qui, selon le Spiegel, emploie plus de 6.000 personnes, et représente « la quintessence de l’entreprise de production de viande entièrement industrialisée grâce à une optimisation des processus« . Ce site peut préparer jusqu’à 3,5 millions de kilos de poids vif chaque jour, ce qui correspond à une capacité d’abattage de 30.000 porcs par jour ; le volume réel atteint dernièrement, de l’ordre de 20.000 animaux par jour, représente environ 1/8e du marché global du pays.

Alors que de nombreux foyers sont apparus au cours du mois de mai au sein de plusieurs abattoirs allemands, le gouvernement du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie a ordonné que soient régulièrement testés l’ensemble des employés de la filière viande, soit environ 20.000 personnes.

Le site stratégique de Rheda-Wiedenbrück a été mis à l’arrêt le 17 juin car, à cette date, deux tiers des 1.050 salariés testés étaient positifs au coronavirus SARS-CoV-2. En guise de comparaison, l’Institut Robert Koch (RKI) recensait la veille 345 nouvelles infections pour tout le pays.

Tous les ouvriers infectés, de même que leurs familles et l’ensemble des employés de l’entreprise, soit environ 7.000 personnes, ont aussitôt été placés en quarantaine, avec interdiction de quitter leur domicile pendant 14 jours. Comme ces familles comptent un grand nombre d’enfants, le sous-préfet du Land, Sven-Georg Adenauer (CDU), a pris la décision supplémentaire de fermer toutes les écoles et les jardins d’enfants de l’arrondissement de Gütersloh jusqu’au 29 juin, date à laquelle débutent les vacances scolaires. Le but primordial pour les représentants du Land est en effet d’empêcher la propagation du virus au sein de la population, alors que les résultats définitifs des tests réalisés au sein du siège de Tönnies sont désormais connus. L’entreprise les communique sur la page d’accueil de son site internet : « Jusqu’à présent, 6.650 échantillons ont été prélevés. 1.553 employés ont été testés positifs à la présence du coronavirus. Le résultat est négatif pour les 5.097 autres cas ».  

L’atelier de découpe désigné comme foyer infectieux

Les tests indiquent également que ce sont très majoritairement les ouvriers de l’atelier de découpe qui sont touchés, puisqu’ils représentent les deux tiers de ces infections. Pour les syndicats, qui dénoncent depuis des années les conditions de travail dans la filière viande, ce constat n’est pas une surprise. Armin Wiese, représentant régional du Syndicat de l’alimentation et de la restauration (NGG), confie ainsi à la Süddeutsche Zeitung : « Cela fait des années que nous avertissons que ces postes sont dangereux« , en particulier parce qu’il est impossible d’y garantir la distance minimale d’un mètre et demi.

Wiese ajoute que même si les employés sont obligés de porter un masque complet qui recouvre la tête et le cou, cette mesure vise surtout à protéger la viande d’éventuels postillons, tandis que le virus peut, lui, passer à travers les porosités de ce dispositif. Pour Gereon Schulze Althoff, responsable qualité, hygiène et sécurité et directeur du cabinet de crise de l’entreprise Tönnies (mis en place dès la fin du mois de mars pour répondre à la situation exceptionnelle engendrée par l’épidémie de coronavirus), l’obligation du port du masque facial a dernièrement été ajoutée aux mesures préventives. Il admet également que les basses températures requises dans l’entrepôt peuvent conduire à la formation accrue d’aérosols qui facilitent la transmission du virus. Pour les syndicats, il s’agit cependant d’un problème structurel, car les exhalations des ouvriers en sueur représenteraient un problème infectieux dans les entreprises d’abattage à l’échelle mondiale.

La Frankfurter Allgemeine Zeitung fournit une explication supplémentaire : dans cet entrepôt frigorifique, où les employés détaillent en morceaux les demi-carcasses de porcs et où il fait particulièrement froid et humide, le travail est en outre « extrêmement fatigant physiquement, ce qui implique que les hommes y inspirent et expirent particulièrement profondément et que les nuages de leurs aérosols peuvent se propager sur une distance particulièrement grande« . Une grande distance entre ouvriers y serait donc d’autant plus nécessaire.

Les conditions d’hébergement favorisent également la propagation

Même si les conditions de travail représentent désormais la principale cause retenue pour expliquer la propagation du virus, d’autres motifs ont également été avancés. Les représentants de Tönnies ont tout d’abord prétendu que le virus avait été rapporté de leur pays d’origine par ces ouvriers, pour la plupart roumains, bulgares et polonais, de retour de congés. Thèse reprise par Armin Laschet, le ministre-président du Land, qui a cependant dû s’excuser, étant donné l’absence de preuve pour conforter cette allégation, mais surtout face à l’indignation générale suscitée par cette incrimination des victimes.

Sciences - Reconfinement en Allemagne : comment l'abattoir Tönnies a "pris en otage toute une région"

Armin Laschet, le ministre-président du Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Crédit ROLF VENNENBERND / DPA / DPA PICTURE-ALLIANCE VIA AFP

L’hebdomadaire Die Zeit dénonce ainsi la démarche de l’entreprise, qui ne se contente pas d’exploiter ces ouvriers mais les rend en outre responsables de la flambée épidémique. Cette argumentation sert en réalité à faire diversion par rapport à ce que l’on sait depuis longtemps : les déplorables conditions d’hébergement des employés intérimaires étrangers de la filière viande. En l’occurrence, les autorités du Land ont dernièrement relevé 1.900 infractions dans les 650 appartements communs où étaient logées 5.300 personnes, relevant leur insalubrité et la surpopulation qui y règne. Ces révélations représentent un coup dur pour l’entreprise, qui bien qu’elle « se présente comme le Monsieur Propre de l’industrie de la viande » selon les termes de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, « n’a pu se résoudre à une complète transparence » puisqu’elle a cherché à dissimuler les adresses d’un tiers de ses employés.

Source de cet article : Sciences

Roberta Flores
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