les doutes des refuges indépendants

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les doutes des refuges indépendants face aux conditions d'adoption pendant le confinement

Alors que les adoptions d’animaux abandonnés sont à nouveau autorisées, avec une procédure simplifiée, les associations de protection animale sont divisées sur la conduite à suivre, malgré les énormes difficultés financières auxquelles elles font face.

« Nous sommes deux à travailler 18 heures par jour pour nous occuper de 700 animaux qui sont pour la plupart à l’adoption. »Verena Fiegl est résignée. En charge de La ferme des rescapés, la gérante de ce grand domaine de 29 hectares situé dans le Lot héberge « les animaux que les autres refuges ne prennent pas ». Des chiens errants de Roumanie ayant passé plusieurs années à la rue, des moutons ou des chèvres handicapés, mais aussi des chats sauvages et une soixantaine de chevaux qui ne peuvent plus être montés.

Ici, comme pour de nombreuses autres associations de protection animale, la situation est devenue périlleuse depuis le début de la période de confinement liée à l’épidémie de coronavirus.

Notre capacité d’accueil pour les chiens est de 50 bêtes, mais nous l’avons dépassée et la situation est aujourd’hui critique.Verena Fiegl, La ferme des rescapés à franceinfo

A 500 kilomètres de là, au sud du Mans (Sarthe), dans La petite maison des animaux, on partage la même philosophie. La même détresse aussi. En charge d’une soixantaine d’animaux en liberté sur un hectare, Bernard et Marie-Christine Bousmaha ont respecté à la lettre les recommandations du gouvernement depuis le début du confinement imposé pour faire face à l’épidémie de Covid-19. « Plus personne ne rentre ou ne sort du refuge depuis, car notre priorité, ce sont les animaux », raconte Bernard Bousmaha. Mais sans aucune adoption depuis plus d’un mois, la situation financière du refuge est aujourd’hui dans le rouge.

« C’est la première fois que c’est aussi compliqué pour nous financièrement. Nous n’avons pas eu un seul don d’argent depuis le début d’année. Et nous ne sommes pas les seuls. Trop endettée, une association tenue par des amis vient de mettre la clé sous la porte, et tous les animaux ont dû partir en familles d’accueil », constate son gérant, dépité.

A La ferme des rescapés aussi, les temps sont durs. Même si l’association est subventionnée, en particulier par la Fondation Brigitte Bardot et la Fondation 30 Millions d’amis, toutes les collectes de nourriture sont annulées depuis la mi-mars. En grande difficulté financière, ces associations indépendantes de la SPA nationale (elles seraient plus de 400 sur tout le territoire) devraient être soulagées par la récente décision prise par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Depuis le 16 avril et sous certaines conditions, il est désormais possible de se déplacer dans des refuges pour pouvoir adopter un animal pendant le confinement généralisé.

Yoschi est un chien mâle rescapé de Roumanie. Il est à La ferme des rescapés depuis trois ans et est désormais à l’adoption. (DR)

Mais tandis qu’à la SPA, on se réjouit de l’afflux de demandes d’adoption (plus de 7000 reçues en trois jours, pour dix fois moins d’animaux à adopter, selon son président interrogé par franceinfo), la réaction est plus mitigée dans de nombreux refuges indépendants. « On reçoit une vingtaine d’appels par jour, et tout le monde veut un chien. Mais même s’il y a urgence à adopter nos animaux car nous sommes à saturation, on demande aux gens qui nous appellent d’attendre la fin du confinement », explique Verena Fiegl, qui justifie aisément sa décision.

« Nos chiens sont pour la plupart hyper craintifs. Ce sont des animaux compliqués qui vont demander beaucoup d’investissement, que vous ne pourrez pas promener du jour au lendemain, par exemple, précise la gérante de La ferme des rescapés. Si vous voulez un chien pour faire votre jogging le soir, ça ne sera donc pas possible tout de suite, il faut en avoir conscience ».

A La petite maison des animaux, on n’est pas non plus pour la reprise des adoptions tant que l’on est confiné. « Quand on fait adopter un animal, on doit voir où il va vivre, avec quelles personnes, et on doit pouvoir faire un contrôle au bout de 15 jours pour s’assurer que tout se passe bien, explique Bernard Bousmaha. Il est impératif qu’il y ait un contact physique entre l’animal et celui qui l’adopte ».

Tout comme le contact de la peau entre humains est important, l’animal doit sentir la personne qui va l’adopter. Bernard Bousmaha, La petite maison des animaux à franceinfo

Un impératif quasiment impossible à respecter puisque l’adoption solidaire permise par le gouvernement n’autorise le déplacement que d’une seule personne pour aller récupérer l’animal, préalablement choisi en ligne, sur photos et descriptif. Un dispositif qui pose problème pour Verena Fiegl. « Même avec la meilleure volonté du monde, certaines personnes sont parfaites pour un chien et nulles pour un autre. Mais surtout, il arrive parfois que l’animal s’entende bien avec le monsieur et pas bien avec sa femme, ou inversement, et ces situations peuvent créer par la suite des conflits dans les familles », précise ainsi la gérante de La ferme des rescapés.

Sans compter que l’annonce de ce nouveau dispositif a engendré des appels téléphoniques par dizaines. Dans ces petites structures souvent familiales qui fonctionnent avec seulement quelques personnes, devoir répondre à des sollicitations plusieurs dizaines de fois par jour peut se révéler très contraignant. Mais pour les refuges qui ont choisi de permettre ces adoptions, c’est une étape essentielle dans le processus.

Depuis l’annonce de la reprise possible des adoptions, Alice Tabut, elle, ne cache pas son soulagement. « On a eu beaucoup d’arrivées et aucun départ depuis le confinement, donc forcément, même si les services vétérinaires autorisent quelques animaux en plus de ce qui est normalement autorisé, ça devient très compliqué », confie cette responsable de l’association La tribu de Sapeur située à Varaville (Calvados), qui croule aujourd’hui sous les appels.

« On reçoit 120 coups de téléphone par jour, contre une trentaine habituellement », constate la jeune femme. Des demandes qu’il faut traiter avec le plus grand sérieux. « On discute beaucoup pour connaître les attentes des adoptants. Evidemment, si vous êtes en studio et que vous voulez un gros chien, ou que vous êtes une dame de 80 ans qui souhaite un chiot, ce sera non », commente Alice Tabut. Un refus catégorique qui suscite parfois des incompréhensions, voire des insultes.

Les gens ne comprennent pas forcément que ce n’est pas le premier arrivé qui est le premier servi. Alice Tabut, La tribu de Sapeurà franceinfo

Et si la jeune femme redouble de vigilance pour rendre ces adoptions possibles dans les meilleures conditions, elle pointe tout de même un gros problème. En sous-effectif, les vétérinaires de sa région refusent de pucer et de vacciner des animaux. Des actes qui ne sont pas considérés comme des urgences vitales, et pourtant indispensables pour qu’elle puisse se séparer d’un animal. « Tout le monde veut adopter un chaton car c’est la période des naissances, mais cela n’est pas possible tant que les vétérinaires n’acceptent pas de les identifier et de les vacciner », commente avec dépit Alice Tabut.

Au Refuge de l’espoir de Pierrelatte (Drôme), on a aussi fait le choix de permettre ces adoptions. Une décision surtout motivée par les difficultés financières que rencontre l’association, bien que le refuge ne soit pas du tout à saturation. « On privilégie le bien-être de nos animaux, donc on permet les adoptions en ayant des critères ultra sélectifs, rassure Sabrina De grange, secrétaire de l’association. Et finalement, cette période de confinement va permettre aux nouveaux maîtres de passer du temps avec leur nouvel animal. C’est même idéal pour un chat, puisque l’on recommande habituellement de ne pas laisser sortir l’animal les trois premières semaines qui suivent l’adoption, afin qu’il s’habitue à son nouvel environnement »

Et si tous les refuges ne sont pas sur la même ligne au sujet des adoptions en confinement, ils s’accordent sur une chose. Coupés du public, les soigneurs ont désormais davantage de temps pour se consacrer aux animaux. « Finalement, c’est mieux que cela soit désormais sur rendez-vous, constate Alice Tabut. On n’a plus les familles qui viennent en visite le dimanche après-midi comme si on était un zoo. Donc on se pose la question de continuer à fonctionner comme cela, après le déconfinement ».

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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