Septième épisode de «Mortal Derby X», le nouveau roman-feuilleton de Rocambole pour 20 Minutes

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Actualités - Septième épisode de «Mortal Derby X», le nouveau roman-feuilleton de Rocambole pour 20 Minutes

« Enfin, elle passe les quads. Ils sont à sa taille, identiques à ceux du Cocon, malgré l’usure et le frein avant qui n’est pas en gomme, mais en fer. » — Pixabay

Chaque jour à 17 h, retrouvez sur 20 Minutes un nouvel épisode deMortal Derby X, le roman-feuilleton de
Rocambole, l’appli pour lire autrement. Cette série de SF nous projette dans un monde post-effondrement, dont le sport roi est le Quad Derby, confrontation à mi-chemin entre Roller derby et Rollerball. Son auteur,
Michael Roch, n’est pas un inconnu. Il a déjà publié des
romans de science-fiction et animela chaîne Youtube
La brigade du livre.

Résumé des épisodes précédents:Au cours d’un accident match de Quad Derby, Molly Pop, star de ce sport, se fait violemment éjecter de la piste par une autre concurrente. Elle se réveille à l’hôpital avec des prothèses à la place des jambes et de la haine au fond du cœur. Ce qui n’est pas toléré dans le Cocon, seul protecteur de l’espèce humaine depuis le Grand Effondrement de 2030… Molly est condamnée à l’exil. A peine sortie du Cocon, elle tombe sur Tob qui lui fait découvrirAlthen, la plus grande ville du Monde Libre et l’enrôle dans son équipe pour participer au Mortal Derby X.

EPISODE VII -Premiers galons dans Althen

Dans l’étagère délabrée qui sert de vestiaire, Molly s’empare d’un casque de pivot. Celui rayé d’une unique et large bande blanche. Il lui colle au crâne. Enfile coudières et genouillères. Retire les genouillères, inutiles. Se concentre sur les pieds, les chevilles, les orteils, par mouvements de flexion et d’extension. Tout fonctionne sur commande, mais toujours aucune sensation. Des membres fantômes, sans âme, qui lui obéissent sans qu’elle s’en rende compte. Enfin, elle passe les quads. Ils sont à sa taille, identiques à ceux du Cocon, malgré l’usure et le frein avant qui n’est pas en gomme, mais en fer.

Quand Molly Pop se redresse, c’est un déclic. Elle retrouve sa taille habituelle et ses repères au sol. Ils sont plus précis, affinés par les neurotransmissions et la puissance biotonique de ses prothèses:stabilité, gravité, inversion des pieds. La mécanique roule puissance quatre.

En deux poussées, l’ancienne championne rejoint une croix de vieux plots dessinée au sol. Appuie du centre, vers l’Est à trois mètres. Retourne au centre, braque, pousse vers le Sud. Tourne autour de la croix. Molly Pop retrouve son agilité.

Sur le Track, une pivot a deux rôles:celui d’être aux commandes stratégiques du pack pour bloquer la progression des jammeuses adverses, et celui de remplacer sa jammeuse si celle-ci se fait éjecter du Track. Son entraînement est double.

Sur le rink, Molly Pop ne compte pas les tours. Axe ses épaules. Patine en avant, se jette en arrière, passe d’une position à l’autre en écartant les quads comme on ouvre un livre. Elle enchaîne sur les rampes, retrouve sa balance, sa traction, ses points de pivot, sa propulsion. Sur la rampe, comme sur la gouttière, il faut savoir garder sa vitesse, remonter la pente et s’en servir d’accélérateur sans jamais forcer, sous peine d’éjection.

Et dans le Monde Libre, les Tracks n’ont pas de filet.

Lorsqu’elle termine sa mise au point, Molly Pop est en nage. Elle a défait le haut de sa thérabinaison, bouclée sur sa taille. Sa poitrine se soulève au rythme de son souffle brûlant. Au niveau supérieur, sur les passerelles et les balustrades, la meute des Ravine Skulls la mate. Parmi les visages, il n’y a qu’un seul sourire qui ne paraît ni moqueur ni jaloux, mais presque sincère. Broody est la dernière à regagner sa piaule.

Au matin, la meneuse la retrouve sur le rink.

— Bien dormi?

— Tob m’a montré la chambrée de Kinky Doll.

— Elle était un bon élément… Je pensais que tu te serais barrée dans la nuit.

— Je crois que je vais rester. Il m’a dit de taper dans ses affaires. Pour me changer.

Broody lâche un soupir.

— Écoute, j’ai pas été très accueillante. J’étais surprise de vous voir tous les deux au retour du trekday. Mais en te regardant rouler hier soir…

Elle pince ses lèvres, retenant la fin de sa phrase.

— Et en discutant avec Tobie, je pense que tu devrais rester aussi.

— J’te piquerai pas ton mec. Je ne suis pas comme ça.

Elle rit.

— C’est pas mon mec. Et si tu veux courir pour les Ravines, il faut que je te briefe.

— Toute cette histoire – si je reste – c’est qu’un échange de bon procédé.

— Ne me dis rien, je veux pas savoir. On a toutes notre histoire, ici. Mais le but reste le même:remporter le championnat, empocher le pognon, et se payer assez de drogue pour oublier la merde dans laquelle on vit. Tu pourras discuter avec les filles, tu feras très vite la différence entre celles qui sont nées libres, et celles qui ont été réclusionnées. Nos différences s’entendent, on a toutes notre accent, mais au fond, on s’en tape. On est là pour le Derby X. On est là pour rouler. Il n’y a que deux manches de championnat. La première course est dans deux jours. Ça nous laisse tout juste le temps pour te familiariser avec le terrain.

Quand Broody ouvre la porte du local, la lumière du jour les frappe de plein fouet. La naturelle, Molly Pop ne l’a jamais vue, encore moins les montagnes qui encerclent Althen et le Cocon.

— Ouais, ça fait un choc la première fois. Pas un seul livre ni un seul écran ne pourra refiler ce frisson qui froisse le dos quand tu les regardes de tes propres yeux.

Le vent sec de la vallée vient claquer son pardessus. Broody l’ausculte de bas en haut, dépoussiérant le loden acheté la veille.

— Comment t’es fringuée?Skinneur, loden et contrevent?Tu passeras inaperçue. Range tes patins sous tes bras. On y va.

Elle la traîne sur la route abrupte qui borde le ravin. On a trouvé le béton nécessaire pour la construire, pas pour l’entretenir. De l’autre côté du gouffre s’étend la nature sauvage, rocailleuse, oubliée. Le Cocon surplombe le paysage. Après quelques minutes de grimpe, les deux jammeuses plongent dans la fièvre d’Althen. Hommes et femmes marchandent sans arrêt, disputent la valeur de ferrailles, de rats crevés, de canettes siglées Bluediver, l’alcool libre. Tous tentent de s’entendre pour survivre. Tous se calfeutrent sous d’épais vêtements, des lodens rapiécés sous lesquels sont planqués sacs et poches, à l’abri des voleurs. Certains exhibent de petites armes à leur ceinture ou leur poignet, à projectiles ou impulsions électriques, d’autres protègent leur visage d’un contrevent, d’un masque respiratoire ou d’une paire d’oculus à réalité augmentée, même si leur usage semble plus pour se préserver du froid que pour se connecter à un réseau. Au détour d’une baraque, des marmots crasseux sont nus dans une flaque rouille.

— Fais pas gaffe. Personne ne fait gaffe. Les bordels, les esclaves, y’en a partout ici. Ceux-là seront vendus, emmenés dans d’autres quartiers ou derrière les Montagnes, s’ils ne sont pas violés par le peuple. Tout ce que le Cocon expulse, le Monde Libre ne l’interdit pas. Viens par ici.

Althen n’est pas libre. Elle est sauvage. Quand on regarde au-delà de la masse compacte qui becte et qui jacte, au-delà des murs et des tôles qui masquent à peine l’intérieur des bâtisses, on découvre la névrose et la folie de ce peuple. Les rires sont avares et égoïstes, les pleurs douloureux, et les cris résonnent de milles émotions différentes. On se défait de sa civilité comme on racle sa crasse à la lame d’un couteau. Dans l’ombre des bâtiments, dans les ruelles délaissées, là où les hélices incandescentes ne tournent pas, Molly Pop renifle l’odeur du sang des oubliés d’Althen, ceux qui n’ont plus la force pour y survivre, ou qui ne l’ont jamais eue. Ça pue la débauche et l’excès, ça rampe, ça gratte, ça se perce et ça s’injecte. Dans un recoin sombre, à l’écart des regards, un homme, assis sur une cagette, se branle.

— Restons pas là, lui lance Broody à quelques mètres d’elle.

Elle la guide jusque dans la Zone, labyrinthe de béton armé. À l’entrée, la meneuse active un taseur de poche et emmène Molly Pop sur le toit d’un bâtiment désaffecté.

— On est sur l’ancien site ouvrier du chantier de construction du Cocon, avant le Grand Effondrement. Il ceinture la tour. Selon les anciens des nés-libres, le Cocon avait huit entrées. Huit ascenseurs pour permettre l’accès aux ouvriers, le chargement des matériaux puis l’accueil des premiers occupants. Lorsque le Cocon s’est rempli, les Réquisiteurs en ont détruit sept, et ont transformé le dernier pour en faire le Réclusionneur. Les ouvriers logeaient dans les bâtiments sur lesquels on se trouve, mais les quartiers n’ont jamais pu être réoccupés à cause des tireurs qui ont nettoyé la zone depuis la tour.

— Des tireurs?

— Ils se montrent que lors des gros rassemblements dans la Zone, comme le pour Derby X, par exemple.

— C’est à cause d’eux qu’est morte Kinky Doll?

— Non. Elle s’est fait pousser hors du Track par une blockeuse adverse. Le gouffre autour du Cocon, taillé dans la montagne, est profond de plusieurs centaines de mètres. Il y a une centrale, là-dessous. C’est de là que provient toute l’énergie du Cocon, et toute l’énergie consommée par Althen aussi. Si tu tombes, c’est la mort assurée:pas même certaine d’être encore en vie à l’impact à cause des températures qui s’en dégagent, tu grilles durant la chute. Le Track est situé sur les anciens réseaux de fret du chantier. Ils font le tour du gouffre, dix mètres sous le niveau de la passerelle. Le matos de construction était acheminé sur le site par des wagons à propulsion électrique logés dans les Gouttières et les Tubes situés dans la roche. Ça ne te dépaysera pas de l’intérieur.

— On va faire un tour?

— C’était le but.

Elles descendent dans les ruelles où quelques rats les attendent. Broody les crame d’un coup de taseur assuré. Entre les entrepôts, elles zigzaguent jusqu’à une entrée souterraine. Une pente douce mène à d’immenses portes coulissantes restées entrouvertes. Au sol, avant la pente, une ligne blanche est peinte sur le revêtement.

— Il y a six points d’entrée sur le Track. Ce qui fait six départs de course tout autour du circuit. Un pour chacune des équipes. En tant que jammeuse, je pars de cette ligne et je fonce dans le Rail. Vous, pivot et blockeuses, démarrez au centre, dans le Tube qui fait l’extérieur du Track. Ensuite tout le monde tourne en rond. Suis-moi.

Elles s’élancent de la ligne, dévalent la pente et s’engouffrent dans le couloir souterrain. Le plafond du Rail est ajouré à intervalles réguliers, rythmant la course. Le sol, lissé par la circulation intense des wagons ouvriers, est parfait pour leurs roues. Au bout du couloir, un léger virage les propulse vers la droite, dans le Tube.

— Le Tube est encombré d’obstacles, lui crie Broody, des wagons en rade, des flaques, des éboulements, des chaînes, de la tôle qui traîne. Il faut faire gaffe, les blockeuses sont des pouffes et n’hésitent pas à s’en servir.

Les deux femmes, pliées en deux sur leurs quads, se poursuivent l’une et l’autre. En volte-face, esquives et ruades, elles sautent, contournent et franchissent les obstacles qui se dressent devant elles. Des trouées sur leur gauche donnent sur l’autre partie du Track, la Gouttière surplombant le gouffre. D’une foulée rapide, elles l’empruntent.

— Là, si tu ne vas pas assez vite, les tireurs du Cocon peuvent t’avoir. Pour marquer des points, la jammeuse doit passer une blockeuse adverse ou franchir les lignes de départ des autres équipes en roulant dans la Gouttière.

— Qui compte les points?

— Des arbitres sont planqués aux lignes de départ du Tube. Ils ne sont pas malhonnêtes, même s’ils sont payés par Trevor Rigball, l’organisateur du Derby et patron des Wicked D. La première équipe qui atteint les cinquante points remporte la manche. On a droit à vingt et une coureuses maximum sur le Track. Les Ravine Skulls sont quinze.

Sur la Gouttière, pas d’obstacle. Les parois incurvées sont plus basses que celles du Cocon. Il est beaucoup plus facile de se faire éjecter. Les deux jammeuses, déportées vers l’extérieur, foncent à une vitesse folle. Aux trois quarts du tour, Broody lui fait signe de se coller à son cul. Elles resserrent leur droite et passent au-dessus d’une partie effondrée de la Gouttière. Une vague de chaleur remontant du gouffre chope Molly Pop en pleine face.

— Qu’est-ce que c’était que ça?

— Une jammeuse des Wicked D s’est faite exploser y’a un mois, ici même. Elle portait une bombe. On n’a jamais compris les raisons de son suicide, même si on a des doutes. C’est là que Kinky Doll est tombée, durant le dernier derby. C’est le seul piège de la Gouttière. On remonte, c’est fini pour aujourd’hui.

Elles ressortent du Track. L’image du vide infernal plongeant dans les réacteurs du Cocon se fixe dans la rétine de Molly Pop. À l’entrée du Rail, alors qu’elles délacent leurs quads en silence, une pierre roule à leurs pieds. Des hologrammes d’invisibilité se désactivent un à un. Un groupe de ratigeurs les entoure.

A suivre…

Découvrez le prochain épisode sur notre site le 4maià 17 hou sur l’appli Rocambole pour iOS ou Android.

La source officielle de cet article : 20minutes.fr

Roberta Flores
Roberta Flores
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