si Toulouse et Amiens tombent en Ligue 2, « ils risquent de perdre des sponsors » et leurs droits TV baisseront, selon un économiste du sport

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si Toulouse et Amiens tombent en Ligue 2, "ils risquent de perdre des sponsors" et leurs droits TV baisseront, selon un économiste du sport

Une rélégation d’Amiens et de Toulouse aurait un impact sur l’attractivité des clubs et de leurs joueurs, selon Virgile Caillet, économiste du sport invité sur franceinfo mercredi 10 juin.

Si Toulouse et Amiens descendent en Ligue 2, « ils risquent de perdre des sponsors, des partenariats » et leurs droits TV baisseront, a expliqué mercredi 10 juin sur franceinfo, Virgile Caillet, spécialiste de l’économie du sport. Le Conseil d’Etat a suspendu mardi la relégation de ces deux clubs. Ils ont terminé avant-dernier et dernier au moment de l’arrêt de la saison de Ligue 1, à cause de l’épidémie de coronavirus.

Cela tombe mal pour ces deux équipes qui comptaient bénéficier l’année prochaine d’un doublement de leurs droits télé avec l’arrivée de Mediapro. « Toulouse et Amiens touchaient 21 et 23 millions respectivement de droits télé. L’an prochain en Ligue 1, ça va doubler, c’est-à-dire qu’ils vont passer à 40 millions d’euros, c’est-à-dire plus que leur budget de fonctionnement actuel », a précisé Virgile Caillet.

franceinfo : Pourquoi y-a-t-il autant de tension sur ce sujet de la fin du championnat avec Lyon qui veut aller en Coupe d’Europe, avec Amiens et Toulouse qui font tout pour éviter la relégation ? Est-ce que ça veut dire que l’enjeu est sportif mais qu’il est surtout économique ?

Virgile Caillet : Il est bien entendu sportif, mais il est surtout économique. Ce n’est jamais la bonne année pour descendre, pour être relégué. Mais on peut dire que là c’est vraiment l’année de tous les dangers. Parce que, d’une part, il y a effectivement cette incertitude liée à la crise, incertitude qui va avoir un impact direct sur les revenus des clubs, revenus en termes de billetterie, d’hospitalité, mais aussiau niveau des partenariats.

C’est l’année où la Ligue1 va effectivement changer de diffuseur TV avec un contrat historique inédit avec Mediapro, qui va permettre à tous les clubs de Ligue 1 de faire une culbute, un véritable jackpot.Virgile Caillet, économiste du sportsur franceinfo

Chacun des clubs va pouvoir quasiment doubler ou en tout cas avoir une grosse augmentation sur les droits TV. Vous le voyez, en descendant Toulouse et Amiens non seulement ne vont pas pouvoir bénéficier de cette plus-value du contrat TV, mais en plus, ils risquent de perdre des sponsors. Et puis, une grosse incertitude sur la billetterie, ça fait beaucoup.

Justement, est-ce qu’on peut avoir une idée de ce que représente le passage de la Ligue 1 à la Ligue 2 ?

En Ligue 2, on va dire qu’en moyenne, les clubs touchent entre 5 et 10 millions d’euros de droits TV. Pour ce qui concerne la Ligue 1, Toulouse et Amiens touchaient 21 et 23 millions respectivement de droits TV. L’an prochain en Ligue 1, ça va doubler, c’est-à-dire qu’ils vont passer à 40 millions d’euros rien qu’en droits TV, c’est-à-dire plus que leur budget de fonctionnement actuel.

Il y a un enjeu important pour les clubs. Il y a un enjeu aussi de façon plus globale, pour le territoire. C’est toute une ville, tout un département parfois, qui est derrière son club, en espérant ne pas avoir à vivre la relégation ?

Absolument. Souvent, on s’attache effectivement aux pertes générées pour les clubs ou le manque à gagner direct. Mais il faut penser à tous les prestataires de rang 1, de rang 2, c’est-à-dire toutes ces petites entreprises qui travaillent les jours de matchs ou autour du club. Et puis toute la vie locale. Vous avez absolument raison, les hébergeurs, la restauration, toute la partie patrimoine également. C’est un coup dur, en particulier pour des villes comme Amiens ou Toulouse. Il y a peut-être d’autres contreparties, d’autres activités, mais c’est un vrai coup dur pour toute une région.

Est-ce que la relégation change quelque chose pour les joueurs ?

Ça change l’attractivité du club. Pour prendre un exemple, l’an dernier, Toulouse avait un budget de fonctionnement qui était de 35 millions d’euros hors mutations, c’est-à-dire hors transferts de joueurs. Les transferts de joueurs ont représenté 34 millions d’euros. Ça veut dire que, si on additionne le budget de fonctionnement et ces transferts de joueurs, on atteint un budget de 70 millions d’euros.

Il est évident que quand vous descendez en Ligue 2, les joueurs n’ont plus la même valeur.Virgile Caillet, économiste du sportsur franceinfo

Vous avez moins de capacités d’attraction pour aller chercher des jeunes joueurs à forte valeur ajoutée que vous allez pouvoir revendre dans un ou deux ans après, ce qu’on appelle le « trading » de joueurs. Donc, oui, de ce point de vue là, ça a un véritable impact. C’est plus de l’investissement, c’est un petit peu particulier de parler comme ça de joueurs de football, mais ça aura un impact sur les deux clubs qui vont être relégués.

On a parfois le sentiment qu’on est face à une forme de bulle spéculative. Il y a beaucoup de joueurs qui ont de la valeur. Et puis, tout d’un coup, on descend en Ligue 2 et ils ne valent plus grand chose. Est-ce qu’il n’y a pas un problème aussi dans le modèle ?

C’est une certitude. Et puis, je crois que la crise a accéléré la réflexion. Je crois que le monde du football et ce n’est pas propre à la France, c’est l’ensemble du foot mondial qui vit dans cette sorte de bulle spéculative, l’ensemble de ces acteurs vont devoir un peu se poser et réfléchir à leur modèle. Un modèle qui, aujourd’hui, est archi dépendant des droits TV pour les clubs d’Amiens et de Toulouse, par exemple, c’est plus de 65% du budget qui dépend de ces droits. Donc, vous imaginez si demain le contrat venait à être rabaissé. Là, on va vivre une progression de près du double. Le contrat va quasiment doubler. Imaginons dans quatre ans, au terme de ce contrat, si finalement le montant est divisé par deux. Comment on fait ? Effectivement, les clubs ont quatre ans pour avoir une vraie réflexion de fond sur leur modèle économique

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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