Six choses à savoir sur la rentrée littéraire d’automne post Covid-19

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Six choses à savoir sur la rentrée littéraire d'automne post Covid-19

511 nouveaux romans, français et étrangers paraîtront en librairie dans la rentrée littéraire d’automne, selon le décompte Livres Hebdo/Electre Data Service.

Dans un contexte lié àla crise sanitaire du coronavirus, qui a touché de plein fouet la filière du livre, la rentrée littéraire de l’automne 2020, qui démarre autour du 19 août cette année, prend une couleur particulière. Une rentrée frileuse, même si le volume de parutions -511 romans français et étrangers paraîtront de la mi-août à octobre- est à peu de choses près le même que l’an dernier. Cette année les éditeurs avancent main dans la main avec leurs auteurs et les libraires, redoublant d’imagination pour dynamiser cet événement majeur de la vie littéraire française. Voici sixchoses à savoir sur cette rentrée 2020 un peu particulière.

1Une rentrée moins resserrée qu’on aurait pu l’imaginer

511 romans pour la rentrée littéraire d’automne. C’est à peine moins que le chiffre de la rentrée 2019, qui affichait 524 nouveautés. Les éditeurs avaient annoncé qu’ils réduiraient la voilure en raison de la crise sanitaire, pour éviter une surproduction, mais peu d’entre eux sont passés à l’acte, et surtout la rentrée absorbe une partie des livres qui devaient paraître entre mars et juillet. La plupart des « grandes » maisons d’édition n’ont pas touché à leur programme de rentrée, tout en ajoutant pour certaines d’entre elles des romans repêchés du printemps confiné, comme chez Actes Sud avec les romans de Christian Garcin, Magyd Cherfi et Ilan Duran Cohen. Quelques éditeurs cependant, Grasset ou Flammarion notamment, ont décidé de réduire le nombre des publications de la rentrée. Grasset se limite à 10 romans, tandis que Flammarion a décidé de reporter trois ouvrages pour concentrer sa rentrée sur 6 romans. Du côté des petites maisons, certaines ont carrément renoncé à publier des titres français en août, comme les éditions Autrement ou Serge Safran. Très légèrement resserrée donc, cette rentrée littéraire d’automne 2020 est en revanche marquée par un nombre plus important de romans français (366 contre 336 en 2019).

2Beaucoup moins de premiers romans, mais une majorité de primo-romancières

Le nombre de premiers romans dégringole, passant de 82 l’an dernier à 65 cette année. Maigre en premiers romans, cette rentrée fait néanmoins la part belle aux primo-romancières, qui sont désormais plus nombreuses que les hommes : 37 femmes contre 28 hommes. Ces « jeunes » romanciers et romancières abordent des questions qui rejoignent les grands thèmes de cette rentrée, avec une coloration plutôt sombre. On retrouve aussi les seconds romans des primo-romanciers des années précédentes, et notamment de l’année dernière, comme Hector Mathis, qui nous offre avec Carnaval une suite à son premier roman K.O.

3Carrère, Mauvignier, Khadra, Delacourt… Les éditeurs misent sur les valeurs sûres

L’incontournable Amélie Nothomb qui a raté de peu le Goncourt 2019 avec Soif (Albin Michel) revient comme chaque année depuis 29 ans avec un nouveau roman, Les aerostats (Albin Michel). L’auteure du best-seller L’élégance du hérisson (Gallimard, 2006, plus d’un million d’exemplaires vendus) publie Une rose seule chez Actes Sud. On retrouve également dans cette rentrée Grégoire Delacourt (Un jour viendra couleur d’orage, Grasset), Serge Joncour (Nature humaine, Flammarion), Camille Laurens (Une fille, Gallimard), Faïza Guène (La discrétion, Plon), Sarah Chiche (Saturne, Seuil), Marie-Hélène Lafon (Histoire du fils, Buchet-Chastel). Emmanuel Carrère, absent depuis la publication en 2014 de son roman LeRoyaume, publie le 10 septembre aux éditions P.O.L. un roman sobrement titré Yoga. Laurent Mauvignier qui n’avait rien publié depuis l’excellent Continuer il y a quatre ans est lui aussi de retour dans cette rentrée, avec Histoires de la nuit(Minuit) un roman de plus de 640 pages. A noter aussi un nouveau roman de Yasmina Khadra,Le sel de tous les oublis, chez Julliard et un autre de Lola Lafon, Chavirer, chez Actes Sud, ou encore parl’auteure de Bakhita, Véronique Olmi Les évasions particulières, chez Albin Michel. Éric Reinhardt publie Comédies françaises, chez Gallimard et Simon Liberati Les démons (Stock).

4De moins en moins de romans étrangers

La production de littérature étrangère est de 145 titres cette année, contre 188 l’an passé. Selon le magazine spécialisé Livres Hebdo, sur les 79 maisons d’édition proposant des romans étrangers dans la rentrée, 44 ont choisi de se concentrer sur un seul roman. Côté romans étrangers, les éditeurs misent avant tout sur des poids lourds : Erri de Luca (Impossible, Gallimard), Jonathan Franzen (Et si on arrêtait de faire semblant, L’Olivier), Jessie Burton (Les secrets de ma mère, Gallimard), Colum McCann (Apeirogon, Belfond), Julian Barnes (L’homme en rouge, Mercure de France), Ken Follett (Le crépuscule et l’aube, Robert Laffont), Salman Rushdie (Quichotte, Actes Sud) ou encore Jon Kalman Stefansson (Lumière d’été, puis vient la vie,Grasset). Quelques nouvelles plumes quand même à découvrir, avec entre autres Marieke Lucas Rijneveld, une jeune autricenéerlandaise qui publie chez Buchet-Chastel Qui sème le vent, un romanayant fait sensation aux Pays-Bas, ou encore Eduardo Fernando Varela, un primo-auteur dont « le manuscrit a fait vibrer tout le monde » confie Anne-Marie Métailié, son éditrice. Route 203 raconte l’histoire d’un road trip en Patagonie. Un livre « bienvenu » dans le contexte de la crise sanitaire, qui plonge le lecteur « dans l’immensité du monde, où tous nos critères n’ont aucune valeur », s’enthousiasme l’éditrice.Au programme également de cette rentrée côté étranger, un nouveau roman de l’AméricainColson Whitehead Nickel Boys (Albin Michel), qui nous avait transportés en 2017 avec Underground Railroad (Albin Michel), dans l’histoire de l’esclavage aux Etats-Unis à bord d’un chemin de fer clandestin conduisantles esclaves du Sud versle Nord.

5Une rentrée où la fiction rejoint parfois la réalité

Certains romans de la rentrée résonnent étrangement avec l’actualité, comme Des jours sauvages, de Xabi Molia, qui imagine un monde ravagé par une grippe foudroyante. La centaine de personnes qui a pris place à bord d’un ferry pour fuir la catastrophe fait naufrage sur une île inconnue. Alors que certains s’attèlent à construire un radeau pour repartir, d’autres prennent goût à cette vie nouvelle. De son côté, Sébastien Spitzer raconte dans La fièvre (Albin Michel) l’épidémie de fièvre jaune qui décima un tiers de la population de la ville de Memphis en 1878. Ce roman aborde aussi la question noire et celle du racisme, comme d’autres romans étrangers de cette rentrée et notamment Africville de Jeffrey Colvin, l’un des trois romans que la maison HarperCollins publie dans cette première rentrée littéraire. L’auteur, âgé de 60 ans aujourd’hui, a mis 20 ans à écrire cette saga familiale qui s’étend sur trois générations dans une famille noire. « Un livre qui résonne très fort par rapport à l’actualité de ces dernières semaines », souligne Sabrina Arab, l’éditrice. « On a parfois l’impression que les auteurs sont des médiums », soulignait Vanessa Springora, éditrice de Julliard, ajoutant que« pas mal d’auteurs avaient anticipé des éléments de cette crise. »

6Des éditeurs main dans la main avec les libraires et avec leurs auteurs

La crise du Covid a particulièrement affecté la filière du livre et l’organisation de cette rentrée littéraire. Là où habituellement les maisons présentent leurs livres très en amont aux libraires, organisent des présentations avec les auteurs, envoient dans les librairies les représentants, il a fallu cette année s’adapter aux conditions imposées par la crise sanitaire. Véronique Cardi, éditrice des éditions JC Lattès, expliquait dans un « webminaire » organisé par Livres Hebdo le 24 juin que sa maison souhaitait « vitaliser la rentrée littéraire » en organisant des Facebook live pour les libraires, des réunions instagram avec les auteurs de la rentrée. « On aimerait quand même bien pouvoir aller voir les libraires ‘en vrai’ au mois de juillet » espérait-elle. Même volonté chez Julliard, qui a organisé des sessions de présentation de ses livres de la rentrée sur YouTube. « Nous avons enregistré des vidéos des auteurs pour qu’ils présentent leurs romans, et nous les publions sur les réseaux », confiait de son côté lors de ce même webinaire Sophie Charnavel, éditrice des éditions Plon. « Ce moment nous oblige à choisir nos textes et à nous interroger sur le pourquoi de ces choix. Et nous avons plus que jamais un engagement moral vis-à-vis des auteurs. Nous leur devons de défendre les textes que nous avons choisi de publier », estime Marie Leroy, La Martinière.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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