L’art peut faciliter les soins aux Inuits à Montréal

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Et si la création artistique pouvait faciliter les échanges entre autochtones et allochtones dans le milieu de la santé? C’est la question qui est à la base de la thèse de doctorat que Mélissa Sokoloff a soutenue le 12 novembre à l’Université de Montréal. «Après avoir vécu un an et demi dans le Grand Nord, je suis demeurée attachée aux Inuits, a-t-elle dit à Forum quelques jours avant sa présentation devant jury au Carrefour des arts et des sciences. Sachant que plusieurs d’entre eux viennent à Montréal pour recevoir des soins hospitaliers, j’ai eu envie d’observer la façon dont se déroulent leurs séjours compte tenu de l’historique colonial, des préjugés, du racisme et de la discrimination qui ont longtemps marqué les rapports entre Inuits et Qallunaat [Blancs en inuktitut].»

Sa thèse, qui est l’une des premières en «recherche-création» au programme de sciences humaines appliquées de l’UdeM, comprenait également un volet intervention, puisque la doctorante a fait participer une douzaine d’Inuits et autant de non-Inuits à une série d’activités artistiques.

Pendant six mois, elle a animé des ateliers non dirigés de dessin, de peinture, d’estampe et de crochet au centre montréalais qui héberge les patients du Nunavik, le Module du Nord québécois, rebaptisé depuis Centre Ullivik. «J’ai aussi développé une installation participative sur un an et demi […] afin d’identifier des habitudes systémiques culturelles dans les rencontres, mentionne-t-elle dans sa thèse. L’installation a pris la forme de deux panneaux d’acier suspendus, sur lesquels des tissus et des ficelles ont été aimantés. Les notes terrain et les œuvres effectuées au cours du projet doctoral ont servi de matériel d’analyse.»

Interdisciplinarité

Menée sous la codirection de Sarah Fraser, professeure à l’École de psychoéducation de l’UdeM, et d’Erin Manning, professeure à la Faculté des beaux-arts de l’Université Concordia, la recherche de Mélissa Sokoloff est essentiellement interdisciplinaire. Elle met de l’avant le concept de «sécurité culturelle» qui «renvoie à un processus de prestation de services de santé dans lequel le pouvoir est partagé et dont seuls les Autochtones peuvent juger du résultat, en termes de confiance dans les services reçus». L’auteure a appliqué le principe de l’autoethnographie, qui consiste à «utiliser l’expérience personnelle pour examiner ou pour critiquer l’expérience culturelle». L’autoethnographie, poursuit-elle, encourage un «retour critique sur soi, mais aussi sur la voix des participants à travers un esprit de réciprocité recherché avec l’audience, par exemple avec une performance».

Le jury et les observateurs présents à la soutenance ont pu voir sur une table des dessins faits pendant les ateliers non dirigés qu’elle a donnés au centre hospitalier où les patients passent de quelques jours à quelques mois selon la gravité de leur maladie.

Le travail de Mélissa Sokoloff s’appuie bien entendu sur une solide base théorique. Mais à titre d’artiste, elle-même a participé activement à la recherche à travers cinq activités réalisées à l’Université et au Module du Nord québécois. D’ailleurs, la soutenance incluait une performance in situ à partir de son travail. Sur une pierre rectangulaire, elle a déposé une de ses œuvres, une sculpture de deux mains sur un cadre en bois. Elle a ensuite caché une main avec un drap blanc, puis caché l’autre en dévoilant la première. Elle a finalement recouvert le montage du drap. Ce drap, a-t-elle expliqué en réponse à une question du jury, pourrait symboliser «les pouvoirs de la personne blanche» qu’il faut transférer aux Autochtones, mais aussi des possibilités inconnues propres à chaque rencontre.

Deuil et création

Alors que Mélissa Sokoloff rédigeait sa thèse, sa tante, Béatrice Sokoloff, professeure honoraire à la Faculté de l’aménagement de l’UdeM, est décédée. Elle s’est éteinte le 24 février 2019. «J’étais très proche d’elle. Béatrice m’a beaucoup encouragée à poursuivre mes recherches de doctorat. J’ai même rédigé une partie de ma thèse chez elle», relate la chercheuse, qui a reçu le titre de docteure à l’issue de la soutenance.

Son travail, financé par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et par Migration et ethnicité dans les interventions en santé et en services sociaux, est dédié à sa fille.

Source : UDEM

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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