Solidarité : à Grenoble, vidéobatucada pour les ados

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Verdi le combattant

«La Batuka VI, c’est ma deuxième famille, j’ai grandi avec elle, insiste Ismaïl, 13 ans, confiné avec sa famille depuis mi-mars. Alors on a décidé de faire des vidéos pour rester soudés, pour garder le lien.» L’épidémie a en effet stoppé en plein vol les activités de Batuka VI, dynamique association qui regroupe chaque année une soixantaine d’enfants de deux quartiers populaires : la Villeneuve de Grenoble et la Ville-Neuve d’Echirolles. Grâce à leur batucada, orchestre de percussions brésiliennes, les enfants et ados de ces deux cités très métissées et souvent stigmatisées ont une vie sociale et culturelle intense, ne cessant de sortir de leurs quartiers : 150 à 200 prestations par an, une tournée estivale à vélo, les répétitions, les stages, les virées culturelles ou loisirs hebdomadaires…

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Ils s’apprêtaient à vivre une année exceptionnelle pour le dixième anniversaire de l’association. Après les tournées des années passées à Rio, New York ou au Burkina Faso, certains devaient aller jouer à Tokyo pour les JO, d’autres au Sénégal. Le 13 mars, ils sortaient de studio, où ils venaient d’enregistrer un album, lorsque tout s’est brutalement arrêté. Ils se sont retrouvés enfermés chez eux, chacun de son côté, privés de leurs instruments et de leur troupe. «C’est trop difficile de ne plus se voir, trop triste de voir tous les projets annulés ou reportés, témoigne Sofia, 13 ans. Alors on a eu envie de faire ensemble ces vidéos pour passer le temps, continuer à communiquer entre nous… et aussi avec tout Grenoble. Pour pas qu’on nous oublie !» Dès le premier jour, sur le modèle de TikTok, l’application vidéo dont raffolent les ados, ils reprennent chacun chez eux devant un portable une des chansons de la troupe. Willy Lavastre, le fondateur de la Batuka VI, infatigable et enthousiaste grand frère, se charge de collecter et de monter les contributions de chacun. Objectif, une vidéo par semaine, «en faisant participer la totalité des enfants confinés. Il faut que tout le monde soit là, présent, connecté au collectif», martèle Willy.

La deuxième vidéo bouclée et mise en ligne, Willy est terrassé par le Covid et la pneumopathie. Le cœur affolé, il résiste chez lui, à la Villeneuve, évitant de justesse l’hospitalisation. La maladie a circulé dans la troupe : six enfants sont touchés ; ils continuent alors de plus belle à enregistrer leurs vidéos, connectés via Snapchat et SMS, avec l’envie de relayer un double message : soutien aux travailleurs mobilisés et encouragement à rester chez soi. Une troisième chanson, rythmée au verre en plastique à défaut de surdo, puis une quatrième, écrite collectivement à destination des jeunes de la cité parfois rétifs au confinement, sont sur le point d’être mises en ligne par un Willy enfin convalescent. «On a vite pris le coup, et on va continuer. On est là !» sourit Sofia.


François Carrel correspondant à Grenoble

Source du post: Liberation.fr

Pascal Guy
Pascal Guy
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