Tests sérologiques sont-ils fiables ?

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Les tests sérologiques sont-ils fiables ?

Les tests sérologiques sur lesquels vous nous interrogez permettent de rechercher dans le sang des anticorps chez d’anciennes personnes infectées par le Covid-19 qui pourraient donc être immunisées.

Le prélèvement s’effectue soit par une prise de sang soit en prélevant une goutte de sang au bout du doigt.Alors que des recherches sont en cours, plusieurs tests répondant aux normes européennes sont déjà proposés sans ordonnance (et non remboursés) par des entreprises et laboratoires privés.

Invité sur RTL le 14 avril, le ministre de la Santé, Olivier Véran, s’était montré optimiste quant à l’arrivée très prochaine de ces tests: «Ces tests sérologiques, nous en achetons, nous en développons, y compris d’ailleurs en France.

Nous lançons cette semaine une campagne de dépistage sérologique qui est montée par l’Institut Pasteur et l’Inserm en population réelle pour pouvoir déterminer montrer déjà quelle serait la proportion de Français immunisé dans certains territoires», avait-il annoncé tout en précisant que «c’est un élément important que nous fournirons aux Français le premier étant le dépistage des personnes en cours de maladie par prélèvement nasopharyngé, ndlr. Ça fait partie du deuxième axe de notre politique de test».

Des recherches en cours et un appel à la prudence

Une semaine plus tard, le discours des autorités a été un peu nuancé. Lors de la conférence de presse de dimanche, Olivier Véran a d’abord rappelé les incertitudes concernant la mémoire immunitaire après l’exposition au virus.

De fait, il n’existe pas à ce jour de preuves scientifiques établissant une immunité de longue durée pour les personnes ayant été en contact avec le virus. Le ministre a donc appelé à la «prudence».«Tant qu’on n’a pas répondu à ces questions, considérer qu’il faille s’appuyer massivement sur les tests sérologiques serait anticiper une situation qui risque de ne pas coller à la réalité», a-t-il estimé.

Olivier Véran a par ailleurs alerté sur des «tests, fabriqués dans d’autres pays, [qui] circulent et ne sont pas validés par les laboratoires français». «Non seulement on n’est pas sûr qu’ils soient utiles, mais on n’est pas sûr qu’ils soient efficaces.

Certains d’entre eux ont 40% de faux négatifs, donc près d’une chance sur deux de ne pas être détectés, quand bien même vous feriez ce test sérologique», a-t-il indiqué.

Le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, a aussi fait comprendre dans son point de lundi que les tests sérologiques ne faisaient pour l’heure pas partie de la stratégie principale du gouvernement: «Il y a encore un des enjeux de qualité de ces tests. […] Il y a encore du temps nécessaire pour qualifier ces tests […] et surtout ce n’est pas l’urgence.

L’urgence c’est de gérer l’épidémie, c’est de connaître tous les porteurs du virus et donc ce sont les tests virologiques qu’il faut privilégier aujourd’hui. Viendra le temps des tests sérologiques», a-t-il déclaré.

Contacté, le ministère de la Santé réfute toute marche arrière. «Le ministère des Solidarités et de la Santé, via son ministre et le DGS, a toujours insisté sur le fait que les tests sérologiques n’étaient pas validés, et que leur utilisation avec le simple marquage CE sans la validation « CNR/Pasteur » n’était pas recommandée», a-t-il répondu à CheckNews.

Qu’en est-il de la campagne de test annoncée par Olivier Véran? «La campagne lancée par Pasteur et l’INSERM dans certaines régions concernait justement la validation des tests qui arrivaient sur le marché, ainsi que des études de prévalence en lien avec Santé Publique France.

Ce jour, les tests continuent de ne pas être recommandés par le Ministère, de surcroît secondairement aux travaux de l’Institut Pasteur qui semblent montrer que ces tests ne sont pas suffisamment fiables pour renseigner sur une éventuelle contamination ou sur une immunité vis-à-vis du virus», nous indique le ministère de la Santé.

D’après l’Institut Pasteur, contacté par CheckNews, le résultat des évaluations de ces tests sera «mis en ligne par le ministère des Solidarités et de la Santé, ainsi que par la Société de microbiologie».

Le 16 avril, la Haute Autorité de santé a de son côté publié un cahier des charges à destination des industriels et du monde académique afin d’encadrer l’évaluation des tests. «Compte tenu du caractère émergent et récent de la pandémie Covid-19 et par corollaire d’un recul très faible (quelques semaines), nous ne disposons pas, à ce stade, des données […] nécessaires pour réaliser l’évaluation complète des performances diagnostiques et de l’utilité clinique des tests sérologiques détectant les anticorps anti-Sars-CoV-2», écrit-elle.

Une fiabilité qui pose question

La HAS, qui explique que le premier travail d’évaluation«sera précisé dans un prochain avis» publié d’ici deux semaines (selon  les informations communiquées à 20Minutes)a pour l’heure relevé plusieurs limites qui peuvent remettre en cause l’efficacité des tests sérologiques. Tout d’abord, se pose la question du délai à partir duquel les anticorps peuvent être détectés. Leur production est «détectable chez les patients symptomatiques à partir de la deuxième semaine suivant l’apparition des symptômes», en général.

Mais des cas de productions d’anticorps plus tardives ont aussi été rapportés, nous apprend la Haute Autorité, notamment chez les patients avec très peu ou pas de symptômes. Il y a donc un risque de faux négatifs si le test est effectué trop tôt ou mal interprété.

Par ailleurs, il peut à l’inverse exister de faux positifs, si le test n’est pas assez précis. «Certains kits montraient 10% d’igG (anticorps immunitaires) anti-Covid positif sur du sang datant de 2017», alerte Lionel Barrand président du Syndicat des jeunes biologistes médicaux, contacté par CheckNews.

«Une large part de la population est infectée par des coronavirus chaque année, rappelait Frédéric Tangy, chef du laboratoire virus et immunité de l’Institut Pasteur à Libération dans un précédent article sur le sujet. Il faut être sûr que les tests repèrent bien les anticorps contre Sars-CoV-2, et pas ceux d’autres coronavirus.»

Côté allemand, on s’interroge d’ailleurs aussi sur la capacité des tests à repérer les anticorps spécifiques au Covid-19. «Pour l’heure, concernant les tests sérologiques disponibles sur le marché international, le journal professionnel Ärzteblatt considère qu’ils ne sont pas entièrement fiables.

Ils réagiraient en effet parfois à la présence de coronavirus inoffensifs, contre lesquels 90% des individus sont porteurs d’anticorps», peut-on lire dans un article de Sciences et Avenir.
Autre problème plus général, «les tests sérologiques ne permettent pas de statuer si la personne est contagieuse ou pas», observe la HAS. Ils ne permettent pas non plus de savoir avec certitude si une personne est immunisée. Comme nous l’expliquions dans une réponse précédente, les connaissances sur l’immunité apportée par les anticorps sont encore limitées.

Tempérer les attentes

Même s’ils sont fiables, «les tests sérologiques permettent uniquement de déterminer si une personne a produit des anticorps en réponse à une infection par le virus Sars-CoV-2», résume la HAS. «Un personnel de santé peut donc penser qu’il est immunisé et retourner travailler, ou contaminer des patients ou se réexposer au virus avec une forme de la maladie plus importante», alerte François Blanchecotte, président du Syndicat national des biologistes (SNB).

Le 11avril, la Commission nationale de biologie médicale (CNBM) qui réuni à la fois la direction générale de la santé, les Ordres, les Académies et les représentants de la profession (dont le SNB) a adopté un texte rassemblant des constats et des recommandations «pour le dépistage et l’immunisation des patients par le Sars-CoV-2».

«Tout usage de tests ou examens non validés par le CNR devrait être interdit au risque de laisser se diffuser des techniques non fiables et sources d’incertitudes aux conséquences graves pour la santé publique (faux négatifs en particulier)», recommande-t-elle d’aprèsle résumé publié sur le site du SNB.

Ces deux dernières semaines, les représentants de la profession, parfois un peu inquiet par l’optimisme affiché par les autorités sanitaires sur le sujet, avaient exigé des pouvoirs publics un discours clair sur les limites actuelles des tests sérologiques, pour tempérer les attentes suscitées dans l’opinion. «Nous sommes littéralement harcelés par des particuliers exigeant des tests», déplorait ainsi Lionel Barrand, le président du Syndicat national des jeunes biologistes médicaux.

Emma Donada

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
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