Théories du complot, réseaux sociaux… comment les anti-confinement s’organisent

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Théories du complot, réseaux sociaux... comment les anti-confinement s'organisent

Depuis le 17 mars dernier, les Français sont soumis à un examen de patience. Ce jour-là, dans l’espoir de ralentir la pandémie de coronavirus, le gouvernement avait décidé de confiner une très large majorité de sa population. Pour deux semaines dans un premier temps, puis jusqu’au 11 mai au moins, selon la dernière prise de parole d’Emmanuel Macron. 

Pourtant, malgré l’efficacité démontrée du confinement en France mais également dans le reste de pays concernés par le Covid-19, de plus en plus de Français semblent vouloir faire preuve d’impatience. Des premiers signes avaient été notés début avril, avec ce qui avait alors été appelé un « relâchement. » Mais depuis plusieurs jours, une nouvelle tendance semble se dessiner, en particulier sur les réseaux sociaux: celle de l’anti-confinement. 

« Pas de mouvement à la gilets jaunes »

C’est sur Facebook que les mouvements les plus radicaux se développent et s’organisent. Suivis par plusieurs milliers de personnes, ces groupes se multiplient. Y sont diffusés, en plus d’articles liés à l’évolution de la quarantaine, de nombreuses attaques et critiques envers le gouvernement et les médias, selon eux accusés de mentir et de manipuler les Français. 

En allant plus loin sur le réseau social, un événement censé se dérouler le 30 avril prochain est également en ligne. Ici, les participants sont appelés à se « réunir dans la plus grande place de votre ville », et à ne plus avoir peur. 

« Il est grand temps d’agir face a un tel mensonge et une telle manipulation envers le peuple! Mais je veux également prouver que tous les Français sont bel et bien moutonisés! Ceci est une première tentative le temps que le message fasse le tour! », peut-on lire. 

Contacté par BFMTV, l’organisateur de l’événement détaille comment devrait, à ses yeux, se dérouler ce rendez-vous, pourtant illégal au regard de la politique de confinement. 

« Il n’y aura pas de mouvement à la gilets jaunes. C’est juste une sortie définitive  du confinement, on sortira avec nos masques et nos gants. On est en train de s’équiper de gants, j’ai mis en ligne un lien pour se procurer des masques FFP2, par rapport à des connaissances sur YouTube. Tout le monde va sortir couvert, et on va reprendre notre activité », explique-t-il. 

Les théories du complot de plus en plus partagées

Pourtant, au-delà de cette volonté de reprendre en main sa destinée, et au passage de se retrouver hors-la-loi, plusieurs détails, qui accompagnent cette invitation, attirent l’œil. En conclusion de la description de l’événement se trouve un lien vidéo, renvoyant directement au compte YouTube d’un certain Jean-Jacques Crevecoeur.

Dans une vidéo visionnée à près de 800.000 reprises depuis sa mise en ligne le 7 avril passé, ce Belge qui, selon son propre site, est un auteur, formateur, conférencier et « accoucheur du potentiel humain et catalyseur de changements durables », expose ses théories pendant près de 40 minutes.

Pour lui, la « pseudo-pandémie » actuelle est un mensonge des gouvernements, les chiffres de personnes victimes du Covid-19 sont faux, et servent, toujours selon ses propos, à installer une « dictature mondiale. » Il estime que les vaccins promis pour les mois à venir seraient en réalité un moyen d’inoculer à la population « une micro-puce RFID » censée pister les vaccinés et que le confinement actuel est semblable à « un camp de concentration. »

Des propos qui piochent dans la théorie du complot, et font des émules y compris chez les potentiels participants à l’événement du 30 avril. 

« Nous sommes un paquet à penser que le gouvernement nous ment, à le savoir, et à l’avoir démontré. Il n’y a aucuns vaccins possibles contre le coronavirus et tout les médecins qui ne sont pas encore embobinés le disent clairement. Et il n’y aura encore moins de vaccins possibles pour stopper sa mutation. […] Il n’y a pas tant de morts que ça, les chiffres sont falsifiés, on le sait très bien. Mélanger des gens qui sont entrain de mourir du cancer et qui ont chopé en même temps le coronavirus, et incruster ça dedans, il faut arrêter », explique encore l’organisateur auprès de BFMTV. 

Médias, politiques et scientifiques, cibles de choix

Sur YouTube toujours, les vidéos du même acabit se multiplient. « Macron: une manipulation bien orchestrée! », « Covid-19: Macron et manipulation d’Etat », ces séquences, vues pas des dizaines de milliers de personnes, assurent détenir « l’autre » vérité, celle que l’on nous cache, et reprennent en choeur ces mêmes thèses les plus complotistes.

Une situation loin d’être étonnante pour Marie Peltier, enseignante en histoire à l’institut supérieur de pédagogie Galilée de Bruxelles et autrice de plusieurs essais dont L’ère du complotisme, la maladie d’une société fracturée. Pour cette dernière, contactée par BFMTV, ‘il y a un énorme problème de complotisme depuis 20 ans », et cet événement marquant n’arrange pas la situation. 

« Chaque événement devient un prétexte, et plus un événement est chargé symboliquement plus le complotisme est fort, cela a été le cas pour les attentats, il y a une forte charge traumatique et un contre-discours s’installe. Ici il y a la même scénarisation, car le confinement est inattendu. Il y a les acteurs de propagande qui offrent leur propre récit, qui  profitent du désarroi et de la grande défiance des gens. Ils profitent de ce climat pour proposer un contre-récit », détaille-t-elle. 

Pour l’essayiste, il existe en réalité trois grandes cibles pour les complotistes: les médias, les politiques, et les scientifiques, « et ici tous les ingrédients sont réunis. » 

En ce qui concerne la fameuse puce RFID, le sujet n’est pas nouveau. Dans un article de 2017, Numerama évoquait déjà l’outil et les débats qu’il pouvait susciter. 

« C’est un problème de fond depuis des années. Cela aura des conséquences dans le réel, comme ce qui a pu se passer avec les gilets jaunes et les violences contre certains médias, cela peut basculer dans la réalité. Il peut également y avoir un risque sanitaire si ces personnes refusent de se faire vacciner. Le discours anti-vaccin a déjà eu des impacts comme le retour de certaines maladies. Il ne faut pas sous-estimer son impact réel », complète Marie Peltier. 

#StopConfinement

Cette volonté d’en finir avec le confinement s’est, ces derniers jours, très largement répandue sur les autres réseaux sociaux. Sur Twitter, depuis début avril, le hashtag #StopConfinement a été utilisé dans près de 64.000 messages, apprend-on sur le site Keyhole. Parmi les plus assidus, plusieurs cadres d’un parti d’extrême-droite, le Parti de la France, fondé en 2009 par d’anciens membres du Front national dont Carl Lang. A plusieurs reprises, leur président, Thomas Joly, a d’ailleurs utilisé le terme « séquestration ».

Ce ressentiment certain vis-à-vis du confinement n’est toutefois pas propre à la France. Ces derniers jours, la situation s’est également dégradée outre-Atlantique, où plusieurs manifestations se sont organisées aux États-Unis. 

Dans plusieurs points du pays, plusieurs dizaines d’opposants aux mesures de quarantaine se sont réunis. Ce fut par exemple le cas jeudi dernier devant le Capitole de Richmond, siège du gouvernement de l’Etat de Virginie. Ils protestaient contre la prolongation jusqu’au 8 mai d’un décret d’urgence sanitaire qui a fermé de nombreux commerces et interdit les rassemblements de plus de dix personnes, pour freiner l’épidémie de coronavirus.

Au Brésil, c’est le président Jair Bolsonaro qui s’est même rendu à une manifestation contre le confinement, dimanche dernier. « J’espère que ce sera la dernière semaine de quarantaine », avait indiqué le chef de l’Etat, jugeant « excessives » les mesures prises par les maires et gouverneurs du pays en faveur du confinement pour lutter contre l’épidémie. 

Source de cet article

Marino Stozza
Marino Stozza
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