Tom Fontana, créateur de la série carcérale “Oz”, savoure un New York rendu aux oiseaux

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Tom Fontana, le créateur de la série Borgia.

Le confinement l’a surpris en plein tournage de la saison 2 de “City On the Hill”. Dans son appartement new-yorkais, le producteur et scénariste, habitué à la solitude, n’est pas désœuvré. Il écrit, corrige des scripts, étonné par le silence de la ville. Mais celui qui met si bien en scène la noirceur de l’âme a peu d’espoir que l’on tire quelque leçon de cette crise.

Il n’a pas changé sa routine. Il saute du lit à 5 heures du matin, fonce à sa table de travail, et se prive de petit déjeuner tant qu’il n’a pas épuisé toutes les idées que la nuit lui a apportées. Tom Fontana, créateur de la série carcérale Oz (1997-2003), figure majeure du dernier âge d’or des séries américaines, est confiné dans son grand appartement de Greenwich Village, à New York, depuis un mois. L’État de New York, où il est né il y a soixante-huit ans, est durement touché par la crise du coronavirus, avec plus de deux cent mille cas et plus de dix mille décès, dont sept mille pour la seule Grosse Pomme. « Je fais attention, je respecte les recommandations des experts, commente-t-il. Hier, j’ai eu au téléphone Norman Lloyd, le doyen des acteurs américains, qui jouait dans St. Elsewhere [série médicale diffusée entre 1982 et 1988, dont Tom Fontana a été producteur et scénariste, ndlr]. Il a 105 ans, et c’est sa deuxième pandémie. Je m’inspire de son courage et de sa vivacité d’esprit. » Deux acteurs de sa connaissance ont succombé au Covid-19. Son frère cadet et quelques uns de ses amis ont déclaré des symptômes, mais tout le monde se porte mieux, assure-t-il, avant de glisser un « je n’ai pas peur ».

Contraint d’arrêter, après seulement deux épisodes, le tournage de la saison 2 du polar avec Kevin Bacon City on a Hill (Canal+ Séries), dont il est scénariste et producteur, Tom Fontana n’est pas pour autant au chômage technique. Il continue de corriger les futurs scénarios de la série, son diffuseur américain Showtime s’étant engagé à reprendre le tournage aussitôt la crise terminée. « Les chaînes et les plateformes auront besoin de contenus, je ne pense pas que l’industrie télé américaine sera durablement handicapée par ce que nous traversons, analyse-t-il. En revanche, il lui faudra un moment pour retrouver l’équilibre d’avant. » Pour compenser ce ralentissement, il parcourt les scripts de scénaristes susceptibles de l’accompagner dans ses projets, prépare pas moins de deux pilotes pour les prochaines saisons, et lit une autobiographie qu’on lui propose d’adapter en minisérie (on ne saura pas de qui…). « Et puis je passe énormément de temps, trop de temps, à envoyer des textos et des emails », s’agace-t-il, avant d’avouer que lui aussi enchaîne les « cocktails Zoom », les « soirées Facetime » et les concours de GIF…

“J’entends les oiseaux. C’est étrangement merveilleux.”

Habitué à travailler dans son grand appartement – une ancienne bibliothèque réaménagée – il confie néanmoins savourer l’étrange silence qui règne sur l’habituellement bourdonnante mégalopole. « J’ai la chance de ne pas être à l’étroit et d’avoir une terrasse pour prendre l’air, explique-t-il. Les rues tout autour sont calmes, je vois des gens masqués promener leurs chiens, quelques voitures, une poignée de vélos. Sans le vacarme du trafic routier et des travaux, j’entends les oiseaux. C’est étrangement merveilleux. » Tom Fontana vit seul – « j’aime la solitude, précise-t-il. Les écrivains sont, par nature, souvent seuls ». Une fois par an, depuis le décès de sa femme, l’actrice Sagan Lewis, en 2016, il effectue une retraite d’un mois, sur une plage, dans une forêt, « sans wifi, ni téléphone, ni télé ». Un parfait entraînement pour le confinement. « J’ai réalisé que si je me fixe un emploi du temps strict, les heures filent. Je ne ressens ni solitude, ni ennui. Le matin, j’écris, et le reste de la journée je lis, je marche, je médite, je prépare mes repas – malheureusement, je suis un piètre cuisinier. L’essentiel, c’est le silence. C’est lui qui me permet de me recentrer. »

Tom Fontana, le créateur de la série Borgia.

© Atlantique Production / CANAL+

Le 11 septembre 2001, Tom Fontana a vu de ses propres yeux les tours du World Trade Center s’effondrer. Il a perdu sept de ses amis dans les attentats. Presque vingt ans plus tard, il n’arrive toujours pas à écrire sur la catastrophe. Il lui faudra sans doute moins de temps pour que la crise actuelle s’invite dans ses scénarios, « mais j’ai besoin qu’elle soit derrière nous pour savoir ce que je peux en faire », analyse-t-il, confiant son admiration pour les soignants, la police, les pompiers, les livreurs, les facteurs… « qui permettent à ma ville et à ce pays de ne pas perdre complètement la tête ». Au début de la crise, il suivait les conférences de presse quotidiennes de la Maison-Blanche, mais il a vite jeté l’éponge. « Elles sont… irritantes, lâche-t-il. L’administration Trump ne change pas ses habitudes, elle ne fait que mentir et démentir. Des vies ont été perdues parce que des agences fédérales de santé ont été fermées, qui auraient pu nous préparer à une telle catastrophe. Il y a dans son comité scientifique quelques honnêtes personnes, comme le docteur Anthony Fauci, mais la plupart sont des flatteurs qui ne font que cirer les pompe du président. » Désormais, il se contente des interventions du gouverneur démocrate de l’État de New York, Andrew Cuomo.

“Je crains que nous nous remettions illico à n’en faire qu’à notre tête et à détruire la planète.”

Oz, œuvre puissamment métaphorique sur les divisions raciales, religieuses et sociales de l’Amérique, est un drame d’une grande noirceur. Tom Fontana n’est guère plus optimiste sur les lendemains du Covid-19. « Je ne veux surtout pas donner l’impression d’être cynique, mais je crains que la nature humaine soit telle qu’une fois que tout cela sera terminé, rien ne change, regrette-t-il. Relisez les grands tragédiens grecs, Shakespeare ou Molière, qui tous examinent les conséquences de l’auto-complaisance systématique de nos sociétés. Nous n’avons pas été capable de retenir les leçons de ces auteurs, de deux guerres mondiales, de l’épidémie du sida… Je crains que nous nous remettions illico à n’en faire qu’à notre tête et à détruire la planète. Et puis, de temps en temps, nous repenserons avec un peu de nostalgie à ce confinement et à toutes les pensées et les envies de changement qui nous ont agités pendant ces semaines… »​​​​

Source officielle de cet article : telerama

Marino Stozza
Marino Stozza
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