Traçage de la population : dans la majorité, le doute qui fait déborder le vase

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Le fleuve du Mekong, avec d

Le tracking ne soulève pas, c’est peu de le dire, une franche allégresse au sein de la majorité. Avant même l’annonce officielle du développement d’une application pour «identifier les chaînes de contamination» du coronavirus mercredi, plusieurs députés LREM se sont démenés pour tenter de refermer les portes entrouvertes par le gouvernement. Depuis deux semaines, celui-ci avance à tâtons sur l’idée d’applications de traçage numérique, tout en cherchant la ligne de crête entre stratégie efficace de déconfinement et préservation des libertés.

Pincettes

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, après avoir assuré fin mars qu’un tel outil n’était «pas dans la culture française», a viré de bord dimanche. Edouard Philippe avait semblé mal à l’aise, la semaine dernière, devant les députés de la mission d’information, évoquant avec des pincettes «une question encore ouverte» autour d’un dispositif sur la base du volontariat. Les précautions prises par le ministre de la Santé, Olivier Véran, et le secrétaire d’Etat au Numérique, Cédric O, dans le Monde, traduisent le même embarras : le tandem parle d’«une brique optionnelle dans une stratégie globale» et promet de «ne décider que plus tard de l’opportunité de déployer ou non» l’application nommée Stop-Covid.

Mais le débat a déjà été convoqué au bureau exécutif de LREM, lundi, et une réunion de groupe consacrée au sujet doit se tenir jeudi soir. La commission des lois de l’Assemblée nationale qui a voulu, tous bords confondus, creuser la question, a auditionné la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) mercredi et doit entendre Cédric O ce jeudi. «On ne va pas faire croire qu’on est tous le doigt sur la couture du pantalon sur une telle question», glisse un député LREM. Le délégué général du parti, Stanislas Guerini, est partant alors que son numéro 2, Pierre Person, y est hostile. Dans un rapport, l’ex-secrétaire d’Etat au numérique Mounir Mahjoubi recommande de distinguer des usages très divers : «Certaines méthodes de tracking proposent un équilibre», estime-t-il. D’autres sont montés au créneau contre le principe même d’une mesure qui «percute nos libertés fondamentales». «C’est une rupture avec notre Etat de droit, on ne doit pas prendre le risque de basculer vers ça», dénonce Guillaume Chiche. «Il n’y a pas de tracking vertueux», renchérit Sacha Houlié, qui réfute l’argument du consentement à être tracé : «La servitude peut être volontaire et c’est un contrôle social qui risque de s’exercer.» Et pour quelle efficacité, demande-t-il, alors que tous les Français, en particulier les personnes âgées, les plus exposées, n’ont pas de smartphone ? Dans une tribune publiée dans le Figaro, quinze députés, membres de LREM ou l’ayant quitté, estiment que la sortie du confinement passera par «un dépistage massif et non un pistage massif».

«Intrusifs»

Les réticences ne se cantonnent pas à l’aile gauche de la majorité présidentielle. Roland Lescure se dit lui aussi «réservé, sauf si le traçage est collectif, pour suivre les mouvements globaux, et anonyme». «Attaché au libéralisme», Guillaume Kasbarian reste circonspect : «Ce n’est pas ce que dit le gouvernement mais dans le débat public, attention à ne pas ériger des régimes autoritaires qui ont mis en place des systèmes intrusifs en modèles d’efficacité. Je ne voudrais pas qu’un autre gouvernement ait, plus tard, l’idée de proposer des applications en matière de prévention sanitaire pour « mieux manger ou mieux bouger ». Attention à ce que l’on ouvre.» Mais le député se dit rassuré par les déclarations de Cédric O et d’Olivier Véran, «équilibrées, posant des bornes, et honnêtes sur les limites opérationnelles». «Les ministres s’excusent presque d’avancer», réplique un autre, qui voit le gouvernement coincé entre les sollicitations des opérateurs favorables au tracking et la pression de sa majorité.

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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