Trois questions sur le risque de sécheresse qui menace une large moitié est de la France cet été

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Trois questions sur le risque de sécheresse qui menace une large moitié est de la France cet été

Plus de la moitié des départements français sont exposés à des degrés divers à un risque de sécheresse estivale. Le ministère de la Transition écologique a diffusé une carte qui classe les zones en fonction de leur exposition.

Le Grand-Est, la Bourgogne-Franche-Comté, l’Auvergne-Rhône-Alpes… Cet été, de nombreuses régions pourraient à nouveau basculer dans le rouge. Cette fois, pas question de virus. Le mal qui menace, c’est la sécheresse. Alors que le ministère de la Transition écologique a publié jeudi 14 mai, pour la première fois, une carte visant àanticiper ce risque, les températures estivales qui frappent la France, ainsi que les prévisions pour les prochains mois, laissent craindre une situation dramatique dans certaines zones de l’Hexagone.

A l’été 2019,88 départements avaient été placés en alerteou soumis à des restrictions.Treize d’entre aux avaient subi des ruptures d’approvisionnement de longue durée − jusqu’à 100 jours en Ariège ou en Haute-Saône −, sur des portions étendues de leur territoire, comme en Creuse, où« on a même réussi à faire crever des topinambours », se souvient un maraîcher interrogé par France 3 Nouvelle-Aquitaine, à l’heure où la profession s’apprête seulement à demander réparation pour les pertes de l’été dernier. A l’été 2020, faut-il s’attendre à des difficultés similaires ? Pour les prévisionnistes, rien n’est moins sûr.

Quels départementssont concernés par les risques de sécheresse ?

Selon la prévision rendue publique jeudi 14 mai par le ministère de la Transition écologique, plus de la moitié des départements français, 53 au total, sont exposés à des degrés divers à un risque de sécheresse estivale. Le risque est « très probable » pour 11 départements, situés dans le Massif central ainsi que la Haute-Saône et le Haut-Rhin. Il est « probable » pour 24 autres et « possible » pour 18. « Les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Grand-Est, Centre-Val de Loire et Nouvelle-Aquitaine pourraient plus particulièrement connaître des épisodes de sécheresse », résume le ministère dans le communiqué qui accompagne cette carte.

Cette carte publiée jeudi 14 mai par le ministère de la Transition écologique indique les régions où des pénuries d’eau sont à craindre. (MINISTERE DE LA TRANSITION ECOLOGIQUE)

Outre-mers, les départements de Martinique et Guadeloupe connaissent d’ores et déjà une tension hydrique, avec des coupures d’eau notamment en Guadeloupe.

Au 20 mai,le site gouvernementalPropluviarelève que quelques zones, notamment dans l’Ain, la Saône-et-Loire et l’Ardêche, sont en état d’alerte.

Pourquoi cette menace?

Jusqu’au mois d’avril environ, les pluies permettent d’alimenter les nappes phréatiques. Mais au printemps et en été, la végétation absorbe une partie de l’eau des pluies qui ne peut donc pas rejoindre les nappes en sous-sol. Pour savoir si des régions sont menacées, il convient donc de regarder l’état de ces réserves. Selon leBureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le service chargé d’observer l’état de ces nappes d’eaux souterraines, elles sont, à la date du 13 mai, tout à fait satisfaisantes, voire « supérieures à la moyenne, du fait de pluies efficaces précoces et conséquentes. »

Problème : la situation varie grandement d’un département à l’autre, et même jusqu’au sein d’un département. Aussi, les données de Météo Francemontrent que l’est de la France a reçu moins d’eau cet hiver que les autres régions et se retrouve beaucoup moins prêt à affronter l’été.Dans le département de l’Ain, le secteur de Dombes est en alerte sécheresse depuis la fin du mois de mars.

« La recharge n’a pas suffi sur certaines nappes qui sont en déficit depuis trois ans, particulièrement en Auvergne-Rhône-Alpes, en Bourgogne et dans le Haut-Rhin, explique à Reporterre l’hydrogéologue Violaine Bault, du BRGM. Les nappes ne se rechargent plus depuis début mars, et celles qui sont ditesréactives’car situées dans des sols poreux, se vident très vite. C’est le cas par exemple des alluvions du couloir du Rhône et de la Saône ou des calcaires du jurassique dans le Jura.« C’est ainsi que les précipitations survenues au printemps, comme celles enregistrées à la mi-mai sur une grande partie du territoire, n’ont pas profité à ces nappes phréatiques : elles ont été directement pompées par la végétation, déjà abondante après un mois d’avril particulièrement ensoleillé.

A cela viennent s’ajouter des prévisions peu encourageantes du côté des pluies. « On se rend bien compte depuis plusieurs années que l’on a des déficits pluviométriques de plus en plus marqués durant l’été », explique l’hydrologueEmma Haziza, invitée de RTL. Si, en avril déjà, les spécialistes relevaient« un taux d’humidité des sols qui correspondaient à un 15 août », l’été pourrait apporter son lot de défis aux agriculteurs, à en croire le météorologue Serge Taboulot, sur Twitter. « Au nord d’une ligne Saint-Malo-Valence », il estime que les « cultures [seront]rapidement en besoin d’eau avec la chaleur qui s’annonce ! »

Comment se préparer ?

Le ministère de la Transition écologique a établi cette carte des risques en sollicitantles différents établissements publicsliés la gestion de l’eau, ainsi que des organismes tels que Météo France, les Directions régionales de l’environnement (Dreal) − pour mesurer les débits des rivières −, ou encore l’Office français de la biodiversité. A partir de ces données, il reviendra auxpréfets de mettre en place les mesures d’économie« et surtout qu’ils fassent se rencontrer les différents utilisateurs de l’eau », pointeScience et avenir. « Les conflits deviennent en effet récurrents. L’irrigation des cultures– notamment du maïs dont les besoins sont les plus importants en juillet – va à l’encontre des autres utilisateurs comme le pompage pour l’eau potable des communes, les besoins industriels, le tourisme et surtout provoque des dommages environnementaux considérables », explique le site.

« Il est demandé aux préfets de mieux harmoniser les mesures de restriction des usages de l’eau à l’échelle des bassins hydrographiques, en veillant à utiliser des seuils cohérents de déclenchement des mesures », abonde le ministère. Les autorités escomptent ainsi une remontée plus rapide des problèmes, permettant de « mieux coordonner tous les acteurs et prendre plus vite les décisions pour que le partage de l’eau se fasse dans les meilleures conditions possibles » en cas de pénuries, avec priorité donnée à l’alimentation en eau potable, a déjà prévenu la secrétaire d’Etat Emmanuelle Wargon, citée le 14 mai par l’AFP.

Source : France Info

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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