Un an après l’incendie de Notre-Dame, où en est le plan de sécurité des cathédrales ?

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Un an après l'incendie de Notre-Dame, où en est le plan de sécurité des cathédrales ?

Après l’incendie de Notre-Dame, pour éviter qu’il se reproduise dans un autre édifice religieux, un « plan de sécurité cathédrales » a été lancé. Bilan un an plus tard.

Les cathédrales de France sont-elles à l’abri d’un incendie ? Un « plan sécurité cathédrales » a été lancé après celui de Notre-Dame, pour empêcher que le sinistre se reproduise ailleurs. Salué positivement, il risque d’être insuffisant, s’accordent les experts.

Quelques jours après l’incendie de Notre-Dame, le ministre de la Culture Franck Riester avait ordonné un état des lieux « très précis » des systèmes de sécurité des 86 cathédrales, deux basiliques et une église dont l’Etat est propriétaire. Un plan « sécurité cathédrales » a depuis été adopté, doté de 2 millions d’euros en 2020, s’ajoutant aux 40 à 45 millions d’euros affectés annuellement aux cathédrales.

On y retrouve les problématiques apparues à Notre-Dame. La première consigne est de « porter une attention toute particulière aux installations électriques et aux procédures mises en oeuvre à l’occasion de travaux ». Mais aussi « réduire les risques de propagation » du feu, « faciliter l’action des sapeurs-pompiers », « mettre en place un plan de sauvegarde des biens culturels », et « renforcer la formation des acteurs sur la sécurité incendie ».

La plupart des incendies qui se déclarent chaque année dans les églises et cathédrales ne sont pas la conséquence d’actes criminels. Les installations électriques défectueuses sont à l’origine de quelque 30% des sinistres. Les départs de feu surviennent assez souvent lors de chantiers : une soudure mal réalisée, une combustion lente non détectée, un projecteur trop près de la charpente. Mais aussi des cartons de cierges sous un présentoir à bougies, des appareils au gaz derrière de simple rideaux…

Des missions sécurité-sûreté composées de pompiers et policiers détachés au ministère de la Culture, font tous les cinq ans depuis 1996 des audits. Début 2020, les commissions de sécurité qui vérifient les conditions de l’accueil du public, n’ont pas donné d’avis favorables pour sept cathédrales. A Grenoble et à Sées (dans l’Orne), les problèmes sont liés à l’environnement immédiat. Pour Saint-Etienne de Toulouse, une sortie de secours passe par la sacristie, où se trouve le trésor. A Evreux, Bourges, Tulle et Saint-Brieuc, à l’intérieur des édifices, des mises aux normes étaient en cours quand le coronavirus est arrivé.

La situation varie beaucoup d’un site à l’autre. A Rennes, une restauration a été conduite récemment. Un système dernier cri, avec des détecteurs de fumée à laser, est désormais en place. Quel que soit leur état de départ, toutes les cathédrales doivent respecter des seuils règlementaires, et s’efforcer d’aller au delà. Mais parfois le « clochemerle » complique tout : bisbilles entre mairie, diocèse, architectes, entrepreneurs, commerçants… Le plus grand retard concerne les plans de sauvegarde des oeuvres (tableaux, statues, tapisseries, etc;) sous les mots-clé : sécuriser, protéger, évacuer. Une vingtaine de plans seulement ont été achevés, indique-t-on au ministère.

Dans la concertation entre conservateurs régionaux et SDIS (Services départementaux d’incendie et de secours), les priorités tendent à diverger : les conservateurs s’attachent à la fidélité au patrimoine, les pompiers demandent où sont les oeuvres prioritaires, comment les enlever.

Un bilan des travaux devrait être effectué fin 2020.

Pour Henry Masson, président du « collège des monuments historiques », le groupe d’experts des professions concernées, la connaissance de ces édifices très complexe, avec des relevés qui sont les « outils de base », requiert beaucoup de « travail, temps et argent ». « Mais la question de fond est la présence humaine : quelqu’un qui connaisse très bien l’édifice » et puisse veiller sur lui. Or, le ministère ne prévoit pas d’embaucher des gardiens.

« Où ça sonne ? Chez qui ? Qui intervient ? Quel délai entre alarme et intervention » : seule cette présence humaine peut le savoir et l’assurer, observe-t-il. Selon Henry Masson, ce sont les dysfonctionnements humains qui ont aggravé le sinistre de Notre-Dame. Maxime Cumunel de l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR) salue le plan de Franck Riester mais déplore « le manque d’un état des lieux réel ». « 2 millions d’euros, j’ai un gros doute que cela suffise. Et qu’en est-il des autres cathédrales, du Panthéon, de la Sainte-Chapelle ? Il faudrait un plan d’action, un objectif, un état des lieux, une feuille de route, un budget, un calendrier. Et les grandes institutions publiques sont-elles à la hauteur ? L’Etat doit être régulateur et bon gendarme », plaide-t-il.

Pour le ministère, la politique d’entretien de ses cathédrales ne doit pas que préserver le passé mais être tournée vers l’avenir, avec des restaurations audacieuses et l’adjonction de projets contemporains, comme dans la restauration du portail polychrome de Saint-Maurice d’Angers.

Source : Franceinfo

Marino Stozza
Marino Stozza
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