Une enfant française gravement malade dans un camp en Syrie

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L’effet papillon ou le conte de la pyrale

Si Emma (1) était en France, elle serait hospitalisée dans un service pédiatrique. Des cardiologues l’ausculteraient et tenteraient de l’opérer. Emma a une double malformation cardiaque et son état est critique. Mais la fillette française de 7 ans vit depuis plus d’un an avec sa mère dans le camp de Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, où sont regroupées des familles de jihadistes de l’Etat islamique.

Jeudi, sa mère l’a amenée dans l’hôpital géré par le Croissant rouge kurde. Le médecin a diagnostiqué une sévère hypoxémie – une diminution du taux d’oxygène dans le sang. Il craint un accident cardiovasculaire à tout moment. Il a aussi vu des taches de sang dans ses poumons. «Elle est cyanosée, elle est toute bleue, elle manque de souffle, elle a des douleurs au cœur et fait des malaises à répétition, explique sa mère, jointe par téléphone. Elle a besoin d’une opération urgente mais ici, ils me répètent qu’ils ne peuvent rien faire.»

Jeudi, son avocat, Ludovic Rivière, a demandé une nouvelle fois le rapatriement d’Emma au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et au secrétariat d’Etat chargé de la protection de l’enfance. La mère est prête à rester dans le camp et à la laisser rentrer seule. «Si elle n’est pas rapatriée urgemment, elle va mourir. C’est une question de jours. Je ne peux pas croire que les autorités françaises, qui connaissent la situation, ne feront rien», explique l’avocat à Libération

Les postes-frontières fermés

Emma vit dans une tente d’Al-Hol depuis février 2019, quand sonna la fin du territoire de l’Etat islamique en Syrie. Les derniers jihadistes, ceux qui n’avaient pas fui ou été tués, se terraient dans le village d’Al-Baghouz, entre l’Irak et l’Euphrate. Chaque jour, des centaines de familles se rendaient aux forces kurdes. La plupart ont été emmenées à Al-Hol.

L’état de santé d’Emma était déjà plus que précaire. La jeune Française est née avec une grave malformation cardiaque. Avant ses 2 ans, elle avait été opérée deux fois à cœur ouvert en France. En 2014, sa mère décide de l’emmener avec sa sœur jumelle en Syrie. Elle voulait rejoindre son mari, un jihadiste français.

Emma n’a pas été blessée dans les combats et les bombardements. Mais la fillette n’a jamais reçu en Syrie les soins appropriés, y compris à Al-Hol. L’hôpital du Croissant rouge kurde n’est pas en mesure de pratiquer des chirurgies cardiaques. Il n’y a pas de respirateur artificiel et les médicaments, même de base, commencent à manquer. Jusqu’en début d’année, l’hôpital était approvisionné via le poste-frontière d’Al-Yarubiyah, en Irak, par où transitait l’aide des agences de l’ONU. Mais lors d’une réunion du Conseil de sécurité, la Russie et la Chine ont utilisé leur droit de véto ; Al-Yarubiyah a été fermé. La pandémie a achevé de cloîtrer le camp d’Al-Hol et le Kurdistan syrien. Pour éviter que le Covid-19 ne se propage via l’Irak, l’autre poste-frontière, à Fishkhabour, a lui aussi été fermé.

La peur du Covid-19

Aucun cas du nouveau coronavirus n’a pour l’instant été détecté à Al-Hol. Un seul test a été effectué et envoyé à Damas pour analyse, selon une source humanitaire. La peur s’est, elle, déjà diffusée. «Je ne sais pas ce que c’est, mais il y a un drôle de virus qui circule, dit la mère d’Emma. Beaucoup de femmes toussent et ont de la fièvre.» Un cas de Covid-19 a été confirmé à Roj, un autre camp du Kurdistan syrien, selon la même source humanitaire.

Dans un courrier adressé à deux rapporteures spéciales de l’ONU, Agnès Callamard et Fionnuala Ni Aolain, l’ONG Right and Security International, qui suit le cas d’Emma depuis plusieurs mois, note que son rapatriement reste possible. Il suffirait par exemple que les autorités kurdes l’amènent à la frontière irakienne. «Nous pensons en particulier que le gouvernement français pourrait être disposé à agir s’il était soumis à une pression internationale», écrit la directrice de l’ONG. Contacté jeudi par Libération, le Quai d’Orsay n’a pas donné suite.

(1) Le prénom a été changé.


Luc Mathieu

Source du post: liberation.fr

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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