Covid-19 réveille le virus

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La doctorante Émilie Boutet répond à des questions fréquentes sur le coronavirus

Par Abdou Cissé, Groupe Cisco Consulting


Le Coronavirus réveille et révèle le virus ‘Valeur de la Monnaie’ qui infecte l’économie mondiale, par le véhicule des bourses, des banques et des institutions financières. Après une base or négative, après des taux d’intérêt négatifs, place aujourd’hui aux prix négatifs de matières premières sur certains compartiments des marchés. Avant la fin des accords Bretton Woods, le cœur réacteur de l’économie mondiale était représenté par le couple des banques centrales et des banques commerciales. Depuis 1971, les marchés financiers internationaux constituent un nouvel acteur et la corrélation entre les trois entités est assurée par les places boursières, avec des transactions financières beaucoup plus importantes qu’avant.

La construction financière de notre monde d’aujourd’hui ne reflète plus de sens ; le produit intérieur brut mondial (PIB au sens de l’ensemble des échanges commerciaux) s’estimait en 2019 à quatre- vingt-dix mille milliards de dollars, alors que les échanges financiers représentaient au moins un million de milliards de dollars (David contre Goliath). Dans un tel contexte, l’interprétation des agrégats économiques nécessite une compréhension fine des mécanismes de marché financier car l’économie mondiale est complètement financiarisée ; dans ce cœur réacteur de l’économie, l’absence de maîtrise des produits dérivés complexes et des contraintes de liquidité correspondantes, explique les interventions massives des banques centrales pour stopper la crise financière qui se profilait en ce début d’année 2020.

Dans le temps, les acteurs des marchés financiers, à leur insu, obéissaient à une loi qui les domine : la loi des probabilités. Le processus brownien comme objet central en représentation de l’évolution des cours de bourse, associé à l’outil de calcul différentiel d’Itô, donnent naissance à l’innovation financière vers des produits dérivés très complexes, dont les excès sont apparus en 2007. Mais le contexte économique actuel démontre que les marchés financiers sont plutôt dominés par un phénomène humain et géopolitique : les puissances d’argent.

L’économie est globalement marquée par une procédure (la valeur de marché) et par une unité de compte (la valeur de la monnaie) ; la procédure diffuse une valeur de marché non corrélée à la valeur intrinsèque ; l’unité de compte relève de contreparties non tangibles et d’indicateurs manipulés via la procédure de la valeur de marché ; d’où la réflexivité (le virus ‘Valeur de la Monnaie’ peut se manifester à travers la valeur de marché). Une pandémie économique relative au virus ‘Valeur de la Monnaie’ est présente depuis 2007-2008 et nous rappelle que le hasard ne peut être maîtrisé mais qu’il est possible de contrôler ses conséquences. L’étincelle des Subprimes avait fait sauter les excès de la titrisation ; le Covid-19 a mis en lumière le virus ‘Valeur de la Monnaie’ et son cortège de banques occidentales virtuelles (en 2020).

Les Faits marquants de ce début 2020 :

Nous avons assisté à une série de trois Krachs boursiers en moins d’un mois, des baisses soutenues de plus de 25%, concentrées en temps, brutales, et fortes, suite à de très fortes volatilités et l’absence de prix à l’équilibre. Ce qui explique pourquoi les marchés n’arrivent pas à donner une valeur aux actifs financiers cotés. Des suspensions de séances de cotation à Wall Street ; la bourse des Philippines fermée le 17 mars 2020 comme en 2001 et en 1914 au début de la première guerre ; l’indice Dow Jones qui perd près de 25% depuis le 1er janvier 2020, le pire premier trimestre de son histoire, et son pire trimestre depuis 1987.

Perdant 38% de sa valeur en un mois pour regagner 20% en une semaine, l’indice CAC 40 est tombé à 3700 points par moment, en faisant reculer la bourse de Paris de 17 années. 20 000 Milliards de valeurs boursières perdues en moins de quatre semaines, comparable au produit intérieur brut (PIB) des Etats Unis. Des atteintes de pics de volatilité à 80 sur des indices américains pour égaler celle de 2008 à la tombée de Lehmann Brothers, donne la preuve que les problèmes de la crise de 2007-2008 n’ont toujours pas été réglés ; toutes les opérations financières opaques, interdites aux banques en bilan et hors bilan depuis 2008, ont été reprises par les fonds spéculatifs (Hedge Funds) qui échappent au contrôle des autorités de marché et financent notamment l’exploitation du pétrole de schiste aux Etats Unis.

La fermeture du marché des futurs américains au cours des trois premières semaines du mois de mars, avec des places financières qui perdent le quart de leur capitalisation boursière en 10 minutes propulsent les bourses occidentales d’aujourd’hui au-delà de celles de 1929. Il suffit de regarder de près les cours de bourses du début de 2020 pour comprendre que la valeur d’un actif financier n’est plus représentative de la valeur d’une entreprise (il n’est pas possible de mesurer la valeur d’un bien par des photographies instantanées de transaction sur ce bien). Il faut bien se rappeler qu’au cours de l’histoire, nous avons assisté à des krachs boursiers à chaque fois que les marchés ont été sur des prix erronés de titres financiers. Le monde d’hier s’est disloqué et nous entrons dans un nouveau monde.

La crise de 2008 continue encore d’empoisonner les marchés financiers et l’économie mondiale : le film réel

Pour mieux comprendre le scénario des Krachs boursiers de 2020 (début de crise), il est nécessaire de remonter le temps jusqu’au début des années 2000. Entre le 30 janvier 2001 et le 25 Juin 2003, le taux directeur de la FED (Réserve Fédérale des Etats Unis) passe de 6% à 1%, offrant à des ménages américains qui empruntent à taux variable, une occasion de devenir propriétaires de leur logement. En décembre 2004 ce taux directeur passe à 2.25% et les crédits immobiliers à taux variables furent affectés légèrement par cette hausse ; en 2005 la FED relève trois fois son taux directeur qui atteint 4.25% ; la hausse des montants de remboursement des prêts ne fut alors plus supportable par le niveau de revenu de certains ménages ; comme la valeur des biens immobiliers était aussi en hausse, les banques avaient suggéré aux emprunteurs de contracter de nouveaux prêts basés sur la valeur actuelle de leur bien ; cela permettait de faire face aux nouveaux montants de remboursements, en attendant des baisses du taux directeurs de la FED qui ne pourraient pas manquer d’arriver. Dans ce contexte, il ne faut pas oublier la conception qui marque la culture financière d’un anglo-saxon : la valeur de marché des actifs détenus restera toujours supérieure au total des crédits en portefeuille. En février 2006 la FED arrête de publier les chiffres de l’agrégat monétaire M3 (-M2), masquant ainsi la bulle monétaire qui cachait les ratios d’endettement sur fonds propres des banques américaines émettrices des crédits ‘Subprime’; après trois hausses successives la même année, le taux directeur de la FED atteint 5.25% et les ménages qui ne pouvaient plus supporter le poids financier de leurs remboursements de crédit, voient leurs maisons saisies par les banques.

Le marché immobilier s’était effondré car la valeur des maisons étaient en dessous de la valeur des crédits qu’elles devaient garantir. Plus précisément, une opacité sur la valeur des produits structurés de crédit ABS (Assets Backed Securities) sur lesquels étaient adossés les crédits Immobiliers, avait affolé les investisseurs qui ne maîtrisaient plus la liquidité de ces titres ; le marché avait ainsi valorisé ces produits structurés progressivement vers zéro, et la diffusion de cette valeur de marché à toute la sphère financière avait entrainé un problème de cessibilité, donc de liquidité et de solvabilité ; d’où le Krach de 2008, qui détruisait ainsi la conception anglo-saxonne d’une valeur de marché d’actif toujours supérieure aux crédits en portefeuille.

Le taux de non remboursement des crédits Subprimes était juste de 15% (contre 5% pour le total des crédits hypothécaires aux Etats Unis), avec un coût financier strictement inférieur à 200 milliards de dollars ; les Etats Unis avaient une réelle capacité d’éteindre cette étincelle des crédits Subprimes, mais avaient préféré laisser se déclencher la crise de la titrisation et des swaps pour défaut de crédit (CDS) à la suite de montages financiers déraisonnables des traders. Juste avec des dettes à 32 multiples de ses fonds propres, Lehman Brothers fut lâchée (et n’aurait certainement pas dû tomber seule) au prix d’un règlement de compte entre banques de confessions religieuses différentes (1). Il s’en suivit une crise bancaire, financière et économique. Le 2 décembre 2008, pour la première fois de l’histoire monétaire, la base de l’or devient négative.

Plus précisément, au COMEX de New York, le prix futur de l’or (livrable au 31 Décembre 2008) était inférieur au prix spot (cours du jour ou encore au comptant). Ainsi, le prix de l’or s’était retrouvé en déport ‘Backwardation’ dans le contrat de décembre, et avait même débordé sur le contrat de février (2). A la grande surprise de très peu d’initiés, aucune source officielle ou média n’avait détaillé les raisons de ce déport (le métal or n’était plus à vendre). Cet événement est fortement corrélé avec les dysfonctionnements du système monétaire international de 2008 et la convergence vers les taux d’intérêt bas (voire négatifs) : le virus ‘Valeur de la Monnaie’ avait ainsi montré sa tête, car le dollar avait chassé l’or, confirmant ainsi la loi de Gresham qui voudrait que la mauvaise monnaie chasse la bonne. En 2009 la pandémie de la grippe A (H1N1) est venue accompagner la crise financière. Quelle coïncidence !

En 2012 la crise des dettes souveraines en zone euro éclate, suite à des spéculations sur la dette grecque ; les Etats Unis démarrent leur assouplissement monétaire quantitatif (QE) et la baisse du taux directeur de la FED ; Les banques américaines en avaient profité pour renflouer leurs fonds propres alors que les banques européennes démarraient leur descente vers l’enfer.

En 2015 la banque centrale européenne (BCE) prend la même direction (QE et taux bas) dans le but de soutenir les marchés financiers, de sauver les Etats, lesquels ont sauvé les banques en faillite depuis 2008. Des milliards de liquidité sont déversés par la BCE sur les marchés européens pour racheter des dettes d’Etats et d’entreprises au bénéfice des places boursières (et non de l’économie réelle) ; la BCE maintient aussi les taux d’intérêts très bas pour faciliter les emprunts d’Etats. La crise de 2008 n’a toujours pas fini de faire des dégâts et les banques européennes en payent encore le prix.

En effet, avant la chute de Lehman Brothers, la capitalisation boursière d’une des trois plus grandes banques françaises était de 67 milliards de dollars ; en 2012, elle n’était que de 7 milliards de dollars et aucun trader n’est capable de nous expliquer comment les 60 milliards d’écart se sont volatilisés ou comment cet écart était légitime avant. Toujours dans le registre des trois plus grandes banques françaises, une évaluation en moyenne des états financiers entre 2012 et 2015 révèle ce qui suit : un total bilan de 2000 milliards d’euros, des fonds propres entre 70 et 100 milliards d’euros et des positions sur les marchés financiers entre 40 et 45 000 milliards d’euros, qui nécessitent des ‘déposit’ entre 2.5% et 3% des positions ; moralité, les milliards d’euros encaissés par les banques européennes suite à l’assouplissement monétaire quantitatif (QE) passent directement dans leur ‘déposit’ pour mieux spéculer dans les casinos de la bourse, au détriment de l’économie réelle.

C’est aussi en 2015 que la première banque allemande (Deutsche Bank) a commencé sa descente dans le rouge, avec un programme de licenciement de 18 000 salariés en 2019 ; elle a essuyé des pertes d’environ 14 milliards d’Euros en cinq ans, avec une valeur boursière divisée par dix sur dix ans (16 mars 2020). Commerzbank (deuxième banque allemande) a vu son cours de bourse (190 € en 2008) chuté à 4.30 € ; sans oublier qu’elle avait même subi l’affront d’être éjectée du DAX (indice de référence de la bourse de Francfort). En quelques mots les plus grandes banques de la locomotive de l’Europe donnaient déjà des signes de faillites en 2019 ; une conséquence logique du fonctionnement de l’institution européenne (taux bas et QE).

La crise du Covid-19 a été le détonateur des trois Krachs boursiers de mars 2020, en corrélation avec les conflits pétroliers entre la Russie, l’Arabie Saoudite et les Etats Unis ; sans oublier les guerres commerciales qui ont précipité le cours du pétrole en dessous de 30 $ le baril. Avec un certain niveau d’expertise et de vécu dans l’environnement des marchés financiers, il était possible de parier que même sans la pandémie du Covid-19, les places boursières allaient exploser. Pour preuve, la fragilité des banques européennes et la secousse monétaire de septembre 2019 : le marché du refinancement américain (‘Repo’) a vécu une hausse surprise des taux en opérations, passés de 2 à 10% en deux jours, entrainant une injection de liquidité par la FED de près de 300 milliards de dollars sur 6 séances.

La panique a démarré le 4 mars 2020, lorsque l’indice bancaire des valeurs européennes s’est effondré en dessous de son niveau d’alerte maximal qui est de 80 ; le 12 mars il était à 60, niveau jamais atteint sur les 20 dernières années ; ceci prouve que les marchés financiers occidentaux avaient déjà anticipé une faillite des banques européennes. En rapportant la volatilité des marchés à l’opacité créée par l’ampleur du choc de l’épidémie Covid-19 et sa diffusion, on comprend la peur des investisseurs (comme expliqué ci-dessus avec la crise de 2008). Selon leur tolérance à l’égard de la volatilité (Value At Risk) certains sont dans l’obligation de vendre des titres quels qu’ils soient ; or les marchés valorisent plutôt l’ampleur de la future récession (en lieu et place de la valeur intrinsèque de moyen terme) et poussent les banques centrales occidentales à courir après les évènements. Le 20 avril 2020, le marché des matières premières a vécu l’expérience de prix futur du pétrole négatif (jamais vu depuis l’ère de la cotation).

Le baril de pétrole américain sur un contrat particulier (à échéance 21 avril pour une livraison en mai), est passé en territoire négatif (avec une baisse de 300% du prix) ; en effet, les spéculateurs, ne trouvant pas d’endroit où stocker ce pétrole aux Etats Unis, ont préféré perdre de l’argent au-delà de leur mise pour s’en débarrasser (preuve qu’ils ne souhaitaient pas devenir propriétaires physique de ce pétrole). Cet évènement est très riche en enseignement, car il révèle (pour les non-initiés) que 99% des échanges sur le pétrole ne sont pas destinés à arriver à leurs termes ; donc la spéculation sur le pétrole (comme sur d’autres matières premières) est exponentielle ; plus précisément, la majeure partie des acteurs de marchés financiers ne souhaitent pas devenir propriétaires du pétrole physique à l’issue des échanges. C’est aussi la preuve qu’entre le producteur et l’utilisateur du pétrole, se dresse une multitude d’acteurs de marché qui gagnent de l’argent sans participer au développement de l’économie réelle. Regardons brièvement un petit épisode, parmi des centaines possibles sur ces transactions.

En effet, cet échéance d’avril 2020 a confronté moins de vendeurs que d’acheteurs de contrats sur le pétrole américain de schiste, avec beaucoup d’ETF (3) acheteurs ; à l’échéance, les vendeurs se sont présentés aux acheteurs, mais ces derniers souhaitaient rouler leur position jusqu’à la prochaine échéance de juin (4) ; ce qui a mis les vendeurs en position de force ; sauf que les acheteurs (en particuliers des ETF) ont annulé leur contrat ; les vendeurs ont ainsi réclamé une pénalité qui représente le négatif sur les cours. Des exemples de ce type illustrent que, très souvent, la valeur de marché ne valorise pas réellement la matière qu’elle est sensée mesurer, mais plutôt un bug de spéculation. Le virus ‘Valeur de la Monnaie’ s’est encore manifesté à travers la valeur de marché.

Cet événement du 20 avril 2020 devrait pousser les occidentaux à revoir leur croyance idéologique à la valeur de marché, inscrite au Panthéon de leur conception de l’économie. Bienvenus au casino des bourses occidentales, théâtre du virus ‘Valeur de la Monnaie’. Un marché conçu comme outil de pilotage le plus efficace pour gérer les entreprises, comme la meilleure façon d’allouer les ressources et comme guide ultime d’une économie florissante. Cette conception du marché, issue du modèle anglo-saxon, a été imposée à l’Europe continentale, à l’heure où la conception financière a basculé vers le régime de la quantité à la place de la qualité (mettre un chiffre sur tout objet).

La notion de solvabilité (qui est caractérisée par la qualité) a ainsi été remplacée par une quantité, à savoir la valeur boursière et les valorisations d’entreprises ont été transformées pour fluctuer en corrélation avec la valeur boursière ; ce qui pose problème car valoriser une entreprise au sens économique, c’est mesurer au plus juste sa capacité à créer de la richesse future ; voir ainsi le cours de bourse d’une entreprise comme Air France fluctuer toutes les heures de séance alors qu’elle a stoppé complètement toute activité depuis mars, relève d’un non-sens.

En ce mois de mars 2020, le capitalisme sans prix de marché a été révélé au grand jour ; en effet, pour mettre en marche le capitalisme et son économie de marché, il est nécessaire de disposer de prix qui reflètent la réalité de l’environnement en question. Or les deux prix de marché de l’argent, qui sont à la base de tous les autres prix utilisés dans une économie, sont faux :

le taux d’intérêt (prix du loyer de l’argent) comme vecteur qui régit notre relation avec le temps, tout en reflétant le risque économique et le risque de défaut ;

le taux de change de la monnaie comme vecteur d’orientation de la production et de la consommation (vendre là où il est plus élevé et acheter là où c’est moins cher). Ces deux taux de marché de l’argent sont faux pour les raisons suivantes :

– Depuis la crise de 2008, les occidentaux vivent avec des taux directeurs de banques centrales et des taux moyens d’emprunts d’Etats très bas, nuls voire négatifs. Ils ont ainsi réussi à annuler le prix du risque et le prix du temps ; donc tous les taux d’emprunts d’Etats de l’occident sont faux, à l’image de la France qui emprunte sur 10 ans avec des taux négatifs ou nuls en 2019 et début 2020.

– Le dollar, monnaie mondiale, affiche depuis 1971 un taux de change faux par rapport aux autres monnaies, car la quantité de dollars en circulation ne représente pas la richesse des Etats Unis.

– Depuis le début de la monnaie unique européenne, le taux de change de l’euro est faux par construction, car l’Allemagne et les autres pays de l’Union ne peuvent pas disposer du même taux de change fixe alors qu’elles n’ont pas la même compétitivité.

Ainsi, depuis la fin des accords de Bretton Woods (1971), tous les prix qui régissent l’économie réelle sont faux, puisqu’ils dérivent des taux d’intérêt et des taux de change faux. C’est la conséquence directe d’une économie financiarisée, qui avait démarré la manipulation des taux interbancaires Libor et Pibor (5) après 2008 ; les traders se mettaient en accord avec leurs banques sur les taux d’intérêt d’emprunts afin d’ajuster leur position en bourse (ce qui faussait certains prix des titres affichés en cotation).

Par des injections de liquidité et des politiques de taux bas, les banques centrales occidentales ont convaincu les marchés financiers qu’elles pouvaient toujours les empêcher de baisser. Seulement, elles ont parallèlement créé des acteurs de bourse ‘zombis’, qui empruntent à taux négatif ou nul pour investir sur des actifs risqués. Avec la panique sur les marchés en ce début de 2020, tous les acteurs financiers qui avaient emprunté pour investir sur les anciens faux prix de marché, se sont retrouvés en vente forcée sans avoir en face des acheteurs potentiels (souvent suite à des appels de marge) ; c’est ainsi que le marché s’est écroulé en chute libre, car il va falloir retrouver les prix là où aurait dû être les marchés dans un fonctionnement normal (sans QE et sans taux bas). C’est juste une forme de rappel à l’ordre. La preuve que les manipulations des prix comme les taux d’intérêts et les taux de change ne peuvent déboucher que sur des Krachs boursiers.

Au final, depuis le début des politiques monétaires accommodantes (2012), nous assistons constamment au gonflement de la bulle sur les immobilisations (obligations, actions, actifs immobiliers,…). Les bourses américaines réussissent à rémunérer 20 fois les résultats des entreprises avec de faux prix ; l’Europe cumule des faux prix avec des banques pas saines ; ce cocktail a explosé ce mois de mars 2020 en trois Krachs boursiers. Ce virus ‘Valeur de la Monnaie’ est présent dans l’économie mondiale depuis 1971 ; il a infecté le système bancaire occidental par la valeur de marché (Bale 2 et 3) ; il a infecté en 2019 le marché des assurances de l’Union européenne par la valeur de marché (Solvency 2) ; il a tué l’épargne en zone euro, via la maladie des taux d’intérêt négatifs.

Préconisation

Une bourse est sensée mesurer la capacité des entreprises à créer de la richesse future (valorisation), assurer la liquidité des titres sur le marché et apporter un financement aux entreprises en cas de besoin. Elle représente ainsi une forme de thermomètre de l’économie ; il est donc nécessaire de casser ce thermomètre s’il oscille entre +45 degrés et -50 degrés en l’espace de 20 seconde. Si la nervosité du marché est exponentielle, il faut arrêter de valoriser les entreprises.

Si les activités économiques des pays sont à l’arrêt, alors il faut aussi mettre en quarantaine les marchés qui sont censés les mesurer pour non efficience, en fermant certains compartiments (surtout les transactions sur produits dérivés complexes) et laisser fonctionner les titres ayant besoin de liquidités. Il faut également arrêter les cotations à la milliseconde et le trading à haute fréquence, ne coter que les produits financiers nécessaires à l’économie réelle, préserver les marchés de toute spéculation sur faillite de certaines entreprises, arrêter complètement les ventes à découvert.

Le monde n’a plus de référentiel capable d’assurer les échanges de biens et services, seul vaccin contre ce virus ‘Valeur de la Monnaie’. C’est au trio FMI, Banque Mondiale et OMC de revoir l’organisation du commerce international, de réguler les échanges autour d’un référentiel monétaire commun à tous les pays et de réconcilier la fiction financière avec l’économie réelle.

Conclusion

Sans vaccin, le peuple n’est pas assuré contre la pandémie du Covid-19. Mais les banques centrales ont réassuré les Etats occidentaux qui ont eux-mêmes assuré les banques commerciales et les marchés financiers contre le virus ‘Valeur de la Monnaie’. Bienvenus dans le monde de 2020 où assureurs et réassureurs payent des sinistres sans recevoir de primes ; un monde où, monsieur Macron, représentant du miroir informant et déformant de l’Afrique subsaharienne, dénonce la financiarisation et la mondialisation, car il se rend compte que le mondialisme fonctionne à l’envers : puissances d’argent d’abord, marchés financiers et banques ensuite et le peuple après. Les banquiers et les riches jouent au casino depuis 1971 ; pile, ils gagnent tous et face leur probabilité de perdre est presque nulle, car les banques centrales monétisent des dettes pour les couvrir ; pendant ce temps, les Africains devront travailler à la sueur, brader leurs matières premières et vendre leur patrimoine contre une monnaie artificielle pour payer des dettes virtuelles ; une injustice injustement injuste.

Sommes-nous aux prémices d’une phase de transition vers un autre modèle économique différent de celui proposé par le dollar, l’euro, la livre, le yen ou le yuan ? Comme il n’existe pas de prix de marché avec ces monnaies, alors sommes-nous en convergence vers d’autres mesures (or, BTC, etc.) ? Le monde est-il en mutation par rapport au cycle du dollar ? Pour le moment, nous avons assisté à une base or négative, à des taux d’intérêt négatifs et à des prix futurs de pétrole négatifs ; la liste est loin d’être terminée. La bataille sanitaire sera décisive, à cause de la concomitance à effet additif entre la pandémie du virus Covid-19 et celle du virus ‘Valeur de la Monnaie’. Pour l’instant, personne ne s’inquiète de la régulation des marchés financiers mais, après avoir vaincu le Covid-19, le virus ‘Valeur de la Monnaie’ doit aussi être combattu. La vraie valeur d’une monnaie se mesure par son coup d’obtention.

Source officielle de cet article : Financialafrik.com

Marino Stozza
Marino Stozza
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