Vivre avec l’incertitude de la pandémie

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Vivre avec l’incertitude de la pandémie

Divulgation de scénarios basés sur des probabilités, données épidémiologiques embryonnaires, évolution du virus encore peu documentée : tels sont quelques exemples de flous avec lesquels la population doit composer face à la pandémie mondiale. « Pour les personnes aux prises avec des troubles d’anxiété, ce contexte peut être difficile à gérer, voire devenir une source d’incertitude et d’insécurité profonde », affirme d’emblée le professeur Frédéric Langlois du Département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR)

Ce chercheur s’intéresse de façon générale aux troubles anxieux qui, dans la population, représentent les troubles de santé mentale les plus prédominants. Selon lui, la crise de la COVID-19 touche deux émotions en particulier : l’anxiété et la tristesse, deux conditions qui vont souvent de pair. De fait, l’anxiété génère généralement un sentiment de tristesse, une humeur dépressive.

L’intolérance à l’incertitude

La fonction de l’anxiété est de protéger l’humain contre le danger, d’assurer sa survie. Cette émotion enclenche des processus mentaux permettant d’analyser une situation et de prendre une bonne décision. Les autorités demandent à la population de se laver les mains, de respecter la distanciation sociale, mais certaines personnes plus anxieuses voudraient toujours faire plus pour se protéger afin de garder le plein contrôle de la situation.

Ainsi, le contexte de la pandémie active un processus inhérent à plusieurs troubles anxieux, soit l’intolérance à l’incertitude. « Pour les personnes confrontées à l’intolérance à l’incertitude, la vie serait idéale si tout pouvait être prévisible à l’avance. Or, dans une situation d’exception comme celle que nous vivons, l’incertitude est globalement plus présente. C’est toutes les sphères de la vie qui sont chamboulées », explique Frédéric Langlois, avant de poursuivre : « Et le contexte actuel est encore pire puisqu’on fait face à un ennemi invisible, un virus dont la transmission est insidieuse et qui peut être porté par des personnes asymptomatiques. Tous les ingrédients sont réunis pour générer un sentiment extrême d’incertitude chez les personnes anxieuses de nature. »

Un discours politique rassurant, mais…

La présentation des scénarios par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, le 7 avril dernier, se voulait avant tout un exercice visant à rassurer les citoyens que les autorités sont en contrôle de la situation.

Frédéric Langlois, professeur au Département de psychologie.

« Lorsqu’on regarde les deux scénarios présentés, pessimiste et optimiste, et la situation réelle dans laquelle se trouve le Québec qui est plus proche du scénario optimiste, cela peut apparemment avoir l’effet de rassurer. Par contre, il reste encore beaucoup d’incertitude dans le message, à savoir jusqu’à quel point on peut se comparer aux pays sur lesquels sont basés les scénarios, quelles sont les données épidémiologiques réelles, etc. Et il est fort probable que les gens anxieux aient capté cette partie du message, car leur cerveau est construit de façon à détecter davantage la menace », analyse le professeur de l’UQTR.

Un autre phénomène entre également en jeu : la communication de la science. « Habituellement, les données scientifiques sont communiquées avec moins de précipitation. Dans le cas de la COVID-19, la science qui évolue rapidement, mélangée à un exercice de communication publique, génère parfois des contradictions pouvant renforcer l’incertitude. Dans ce contexte accéléré, la communauté scientifique, habituellement caractérisée par sa nuance, pourrait plus difficilement répondre au très grand besoin de rassurance et de certitudes des médias et de la population », croit le psychologue.

En parallèle, il souligne que, durant cette période difficile, la population a besoin de leaders calmes et assurés, qui savent doser l’information : « En ce sens, on peut dire que le gouvernement du Québec fait du bon travail, et particulièrement le trio que nous sommes habitués de voir quotidiennement. Les Québécois sont vraiment derrière eux et le message passe. »

Apprendre à tolérer l’incertitude

Néanmoins, malgré le message rassurant, les autorités de la santé publique parlent maintenant que le contexte de distanciation sociale pourrait perdurer plusieurs mois et amener encore son lot d’incertitude (économie, santé, etc.). Il importe donc de gérer l’anxiété que génère une telle situation sur le long terme et se rattacher aux outils concrets que nous donne la santé publique.

« Par exemple, se dire que le lavage des mains est une façon de combattre la maladie. Également, on peut miser sur des rassurances normales en parlant fréquemment avec sa famille par téléphone ou par caméra. Cela permet à la fois de maintenir le contact social et de s’informer de la santé de nos proches, explique le professeur Langlois. Enfin, bien que cela soit plus facile à dire qu’à faire, il faut se rappeler que le contexte actuel comporte beaucoup d’incertitude et qu’il faut apprendre à la tolérer plutôt que de vouloir tout prévoir. »

Et la tristesse ?

Avec la crise qui perdure et ses conséquences incertaines, on commence à percevoir au sein de la population des sentiments d’impuissance et de désespoir. La tristesse est une émotion propre à la perception de perte et elle est normale dans le contexte actuel : perte des contacts sociaux, par exemple avec les collègues de travail, perte de certaines libertés, comme d’exercer son sport préféré, de s’entraîner au gym, etc.

Pour Frédéric Langlois, il importe de reconnaître cette tristesse normale et d’utiliser cette émotion efficacement en prenant conscience de ce qu’on a perdu et de ce qu’on peut faire pour le retrouver, du moins en partie.

« Les gens doivent réfléchir à ce qu’ils ont perdu pour mieux rebondir et se demander comment le vivre autrement. Être créatif et flexible pour trouver des façons de pallier à ces pertes du quotidien, comme se faire des plans d’entraînement maison, créer ou joindre des groupes d’intérêts pour discuter de sa passion, faire des 5 à 7 virtuels, etc. », propose-t-il, avant de conclure : « Il faut impérativement chercher des sources d’espoir ou de nouveaux plaisirs pour pallier cette impression de perte, se redonner un certain sentiment de contrôle et cesser de mettre l’accent sur l’incertitude. »

Source officielle de cet article : ICI

Maria Rodriguez
Maria Rodriguez
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