Voici comment vous imaginez votre vie professionnelle après la crise

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plus d'autonomie, moins de pression, une reconversion… Voici comment vous imaginez votre vie professionnelle après la crise du coronavirus

Pour ouvrir le débat sur la période qui succédera au confinement, franceinfo vous donne la parole. Dans ce premier appel à témoignages, nous abordons avec vous la question du travail, de son sens, de son organisation.

Des écrans qui se connectent simultanément. Des visages qui apparaissent. Un « bonjour à toutes et tous » qui surgit de presque nulle part… jusqu’à ce qu’un problème technique vienne tout interrompre : « Rhoooo, je vous vois, mais je ne vous entends pas. » Depuis le 17 mars, et la mise en place des mesures de confinement, beaucoup de Français ont découvert les fameuses « conf call » en se mettant au télétravail, d’autres font l’expérience du chômage partiel, quand certains ont carrément perdu leur emploi.

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De fait, la crise du coronavirus perturbe notre rapport au travail. Des habitudes à revoir, des réflexes à oublier. Parenthèse douloureuse pour les uns, nouveau point de départ pour les autres. Qu’en restera-t-il « après » ? En quelques jours, vous êtes près de 400 à avoir répondu à l’appel à témoignages que franceinfo a lancé. Salariés, patrons, indépendants, jeunes, moins jeunes, demandeurs d’emploi… Voici quelques-unes de vos contributions. Bonne lecture !

Julien, 42 ans : « Le télétravail change la vie »

« Je me réveille le matin et je prends ton temps. Et déjà, ça, c’est formidable. Je ne me dis pas : ‘Mince, je suis déjà en retard, il faut que je me dépêche, j’ai une heure de transport pour aller au travail !’ Là, je fais quelques mètres chez moi et je suis à mon poste. Moins stressé, moins fatigué. Cela change la vie.

Je suis consultant en région parisienne, mon entreprise était déjà avancée sur ces questions-là. Mais la crise du coronavirus aura au moins eu le mérite, je pense, d’avoir brisé le tabou du télétravail. Certaines entreprises ne voulaient surtout pas en entendre parler jusque-là. Pas de ça chez nous ! Elles ont été forcées de s’y mettre, il en restera forcément quelque chose.

En télétravail, certaines barrières managériales tombent. Il est moins question de N+1, de N+2. Il y a un rapport plus direct.Julienà franceinfo

On a tous besoin de confiance professionnellement, moi le premier. J’ai le sentiment que ça fonctionne mieux en télétravail. Comme si on était moins fliqués. Il faut continuer dans ce sens. Au moins essayer. Je ne crois pas au ‘Grand soir’, mais quand tout ça sera fini, il faut que des discussions s’engagent pour tenter de conserver ce qui a été testé pendant cette période. Le télétravail doit être en haut de la pile. »

Tahar, 41 ans : « Vous allez me trouver fou, mais les bouchons me manquent »

« Avant que ce fichu virus vienne mettre le bazar, le groupe qui m’emploie près de Lyon proposait un jour de télétravail par semaine. Depuis le mois dernier, pas le choix, c’est la maison pour tout le monde. Alors oui, il y a plein de côtés positifs : le temps gagné dans les transports, le stress… OK, génial ! Mais je me rends compte que ça ne suffit pas. Une réunion Skype, même avec la meilleure connexion internet possible, ça ne remplace pas la pause café à la machine, ça ne remplace pas le rendez-vous physique. J’ai besoin de contacts humains, j’ai besoin de voir mes collègues, de les sentir, de les toucher. Vous allez peut-être me trouver fou, mais les bouchons dans lesquels je m’engouffre normalement le matin me manquent.

Encore une fois, tout n’est pas à jeter dans le télétravail, évidemment. Mais les rapports humains restent nécessaires. Je ressens de la solitude par moments depuis quelque temps. Je n’ai pas de sas de décompression. Mon bureau est là, coincé entre la cuisine et le salon. En temps normal, je suis dans un open space avec quatre acheteurs. Si j’ai une question, je me retourne et j’ai la réponse. Là, si je me retourne, il y a un mur. Je ne suis pas le seul à ressentir cette usure psychologique. Avant que vous m’appeliez, j’étais avec un collègue au téléphone qui me disait : ‘Rolàlà, vivement le 11 mai qu’on se retrouve tous pour de vrai.’ La crise nous a fait passer de rien à tout. Au retour, j’irai voir mon DRH pour lui dire que c’est génial le télétravail, mais juste un jour par semaine pour moi, pas plus. »

Christel, 48 ans : « Je veux changer de métier »

« Avant le coronavirus, j’avais déjà d’énormes interrogations sur mon métier. Agent de voyages en 2020, bon… Proposer des billets d’avion low cost pour que des gens traversent la planète pour profiter des Antilles, bon… La crise qu’on traverse n’a fait que confirmer mes doutes : je ne veux plus faire ça, je ne veux plus entendre les mots ‘business’, ‘rentabilité’… Bref, je veux changer de métier.

Une fois qu’on a dit ça, rien n’est réglé. L’avantage de la période actuelle, c’est qu’elle peut donner du temps pour réfléchir, se poser. Je vais donc créer ma propre activité et faire ce qui me plaît vraiment. Je suis issue d’une famille de petits commerçants, mes parents vendaient des fruits et légumes, ici, en Guadeloupe où je vis. Eh bien je vais faire comme eux, je vais faire travailler les petits agriculteurs autour de moi, en mode circuit court… Ça marchera ou ça ne marchera pas, je ne sais pas. Mais au moins, j’aurai essayé. »

Florent, 28 ans : « En fait, mon travail ne sert strictement à rien »

« C’est horrible de le dire comme ça mais, en fait, mon travail ne sert strictement à rien. Je bosse dans le service informatique d’une société internationale de conseil en industrie. On est dans huit pays différents, on est 1 700 salariés, moi je suis basé près de Marseille. En fait, si j’ouvre grand les yeux, je contribue indirectement à construire des missiles et des engins militaires. Voilà. Et tout ça pendant que les soignants cravachent pour sauver des vies.

Je ne dirais pas que je fais ce qu’on appelle un ‘bullshit job’, un ‘job à la con’ en français. Mais parfois, on n’en est pas loin. Je n’ai pas l’impression d’apporter quoi que ce soit pour faire avancer l’humanité. La perte de sens est totale. Je me sens déconnecté, inutile. Je tourne en rond, je perds confiance en moi. Je me lève le matin et je me dis : ‘Mais pourquoi je fais encore ça ?’ La crise actuelle sonne comme un rappel : c’est que les métiers les moins bien payés sont pourtant les plus utiles à la société.

Le coronavirus m’aura permis de me rendre compte que le temps libre était bien plus important que la somme en euros qui apparaît en bas de la feuille de paie.Florentà franceinfo

L’entreprise m’a mis en chômage partiel. Donc je réfléchis à l’après. J’ai plusieurs pistes : passer au 4/5e, démissionner, travailler à l’étranger, faire un tour du monde… On verra. Mais en tout cas, il faut que ça change. »

Lilian, 29 ans : « La notion de temps de travail est complètement rebattue »

« Je vais être exprès provocateur : quel est l’intérêt de chauffer une chaise ou de scroller sur Facebook parce que votre journée de travail est terminée et qu’il n’est pas socialement acceptable de partir tôt ? La crise a contraint beaucoup de Français à travailler de chez eux et donc de modifier leurs habitudes pour mener à bien des missions. Sont-elles moins bien menées ? Non, la plupart du temps.

Je suis consultant en région parisienne. On m’oblige parfois à me déplacer, à faire 240 km de route, parce que c’est comme ça, parce que ça a toujours été comme ça. On arrive donc à opérer des malades avec des robots en 2020 mais on ne pourrait pas se passer d’un rendez-vous physique. Il faut m’expliquer. Il y a souvent possibilité de faire les choses aussi bien à distance. Il faut arrêter avec cette notion de présentéisme, de chaise occupée. Si quelqu’un a fini son travail à 16 heures, pourquoi devrait-il rester jusqu’à 19 heures ? Laissons-le rentrer chez lui, profiter des siens, se reposer. Tout le monde sera gagnant. Ce que je veux dire, c’est que la notion de temps de travail est rebattue avec cette crise. Il va falloir que les entreprises acceptent de dire que certains postes nécessitent d’être sur site mais que d’autres ne le nécessitent pas. »

Juliette, 42 ans : « On a enfin compris l’intérêt de mon travail »

« Je suis institutrice près de Cannes. Avant, lorsque je me permettais de faire une remarque à un parent d’élève sur le comportement de son enfant, la plupart du temps, il y avait une fin de non-recevoir. Ce n’était pas possible que leur ‘trésor’ soit trop comme ci, pas assez comme ça. En clair, le problème, c’était le prof et rien d’autre.

Avec la crise et la fermeture des écoles, les parents ont dû, de fait, s’impliquer beaucoup plus dans les cours de leurs enfants. Certains endossent le rôle de prof. Ce que je constate, c’est qu’ils ont pris conscience de la difficulté de mon travail. Ils ont enfin compris l’intérêt. Ils ont compris que j’agissais toujours pour le bien de leur enfant. En ce moment, ils m’envoient des e-mails, m’appellent pour me remercier. Auparavant, c’était inimaginable, ou en tout cas rare.

Une maman m’a appelé il y a quelques jours pour s’excuser de ne pas avoir voulu comprendre quand je lui disais que sa fille en CE2 avait des difficultés.Julietteà franceinfo

C’est fou de devoir en passer par une crise pareille pour ouvrir les yeux sur ce genre de choses. Si ça va durer après ? J’espère ! Cette relation de confiance retrouvée, cette nouvelle bienveillance me rassure sur la suite. Elle me donne envie de continuer, de m’investir toujours plus pour le bien des élèves. »

Eric, 53 ans : « Nous plaindre, pourquoi pas. Nous aider, c’est mieux »

« Bon, c’est très bien le télétravail. Mais tout le monde ne peut pas en faire. Je suis agriculteur en Corrèze, et je me vois mal m’occuper de ma production de fruits rouges avec Skype. Pour moi et pour mes collègues, tout ça est un peu ‘gadget’. Je le dis avec un brin de provocation car on a sûrement des choses à prendre aussi là-dedans. Nous aussi, on doit s’adapter au monde qui nous attend. Produire mieux, écouter davantage la terre… Nous, agriculteurs, nous ne sommes pas irréprochables. Moi, je milite pour que l’agriculture soit remise au centre.

En attendant, et c’est un point positif, j’ai l’impression que certains redécouvrent notre existence. Voilà la profession d’agriculteur de nouveau citée dans la liste des métiers essentiels à la société : les soignants soignent, les transporteurs livrent, les éboueurs nettoient et les agriculteurs nourrissent. Vous ne voyez pas un point commun entre tous ces métiers ? On les a souvent pris de haut. Pas par tout le monde, non. Mais beaucoup quand même. Avec la crise, les gens ouvrent les yeux sur l’importance de notre travail. Super, pourvu que ça dure ! Pour rappel, c’est nous qui gagnons peu d’argent à la fin. Nous plaindre, pourquoi pas. Nous aider, c’est mieux. »

Emilie, 44 ans : « Je crains que les choses ne bougent pas »

« Avec mon mari, on a une entreprise de traiteur à Aix-en-Provence. Avec le coronavirus, on a perdu énormément de chiffre d’affaires. On n’est pas les seuls, on n’est pas une exception. On tente de rouvrir un peu depuis mardi, mais c’est dur. Je le vois dans les discussions des clients qui viennent nous voir. La plupart sont assez fatalistes sur ce que vous appelez ‘l’après’. Il y a la jeune génération, celle de mes enfants, la vingtaine, qui est idéaliste et c’est chouette. Et il y a notre génération, qui courbe le dos.

Vous allez dire que je suis pessimiste. Mais je crains que les choses ne bougent pas. J’aimerais que ça change, mais je n’y crois pas. Chassez le naturel, il revient toujours au galop, comme on dit. Quand la vie va reprendre, les vieux réflexes vont revenir. Aussi parce qu’ils ont un côté rassurant. On les connaît donc on recommence. Il y a un principe de réalité, c’est comme ça, c’est humain. Rappelez-moi dans un an, on fera le point si vous voulez. »

Source : Franceinfo

Marino Stozza
Marino Stozza
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